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Remember your humanity and forget the rest.

le Mar 27 Avr - 0:56


Moëris la douce, Moëris la blonde. Celle la même au coeur qui saignait tous les jours, de n'avoir pas su profiter, d'avoir tout laisser couler entre ses mains. Comment en était-elle arrivée là? Comment avait-elle regardé le temps qui passe sans jamais le saisir? Elle n'avait pas vieilli, et les rides n'avaient jamais marqué son visage pour lui rappeler combien il était important de se rappeler du temps. Elle avait tout simplement oublié. Elle avait oublié le froid de l'épée, le goût du sang aussi, et la caresse du vent dans le pelage blanc. Elle avait perdu toutes les saveurs d'un monde qui lui paraissait de plus en plus triste, et ça faisait mal dans son coeur, comme une douleur interne, si lointaine, et pourtant si persistante. La nostalgie? Non. Elle ne regrettait pas ses années où elle avait guetté d'un oeil lointain la vie des autres évoluaient. Elle regardait avec ce même oeil le mariage des plus jeunes, et leur bonheur s'épanouir. Elle souriait, faisait bonne façade, prenant contre son coeur ceux qu'elle savait laissé de côté, mais à l'intérieur, ça ne faisait que plus mal. Ça lui rappelait combien elle était seule sous la lune, et combien elle ressemblait à l'astre froid. Elle le regardait de ses grands yeux bleus gris, et elle se demandait si on ne l'avait jamais aimé. Kharon, dans le passé, lui avait juré tous les dieux, mais ce n'était pas le grand amour. Elle avait lu sur son visage l'assurance de la jeunesse, mais pas la beauté des yeux qui pétillent quand il regardait Kohar l'arménienne. Elle l'avait toujours su. C'était une mascarade dont elle avait ri, et maintenant, elle y réfléchissait. Pas à Kharon, non, mais à ce monde qu'elle avait oublié de regarder derrière sa médisance. Dans le passé, elle avait été une guerrière. Elle avait grandi trop vite dans un monde d'adulte, et elle se rappelait la chaleur des yeux des hommes quand elle était jeune. Si jamais son corps n'avait été fait femme, elle n'en restait pas moins haute et belle, comme les premières dames qui marquent les esprits. Telle celle qui trancha la tête à Cyrus, telle celle qui fit chuter Hercule, Moëris était celle qui avait fait des lycanthropes ce qu'ils étaient aujourd'hui, et tous la remerciait pour ce qu'elle avait fait. Et qu'avait-elle fait qu'être ce qu'elle n'avait jamais eut?

Elle se rappelait de la Vallée de Nod, du sable chaud sur la peau et du soleil qui tape. Elle se rappelait de la main lourde et forte de Seth, de son emprise sur elle, de sa force et de la chaleur de sa peau. Elle se rappelait parfois de son odeur, forte et puissante, mais tellement attirante. Elle se rappelait de ses cheveux noirs et pourtant brillants, comme le ciel sombre d'une nuit sans étoile, et d'autres fois, quand elle se regardait dans la glace, elle revoyait son sourire d'enfant, son sourire qui dit à ce grand homme « vous avez les même yeux que moi, monsieur ». Du sein du géniteur Zeus était apparue la jeune Athéna, et glorieuse dans son armure fine d'or, elle portait vaillamment la lance. Mais Athéna avait grandi, son coeur s'était apaisé, et s'était finalement endormi sous la cendre de ses dernières victoires. Il n'y avait plus personne sur cette terre pour lui tenir tête, plus personne pour laquelle elle aurait craint le moindre mot. Moëris était la dernière du peuple du Mont Moriah. Elle était la dernière à avoir connu les tempêtes de sable qui frappent la peau et vous la marque profondément. Elle avait connu la colère des dieux, le déluge. Elle avait connu le regard des gens, et la chute de Wolfgang, de son si beau et si jeune Lacoon de Thèbes. Elle avait perdu, quelque part, cette âme de jadis qui lui disait que tout irait bien plus tard. Faux. Rien n'allait, et elle l'acceptait avec un pâle sourire, comme elle souffrait de ne pouvoir redresser tous les tords. Il aurait été si légitime d'exterminer cette race d'humain, il aurait été si facile de tous les faire disparaître... et si peu glorieux à la fois, et si peu humain. Humain? L'était-elle seulement quand ses yeux bleu gris tournait à l'ambre clair en présence de lycanthrope, et quand ils tournaient rouge vif en sentant le sang? Elle n'était pas humaine. Elle n'avait d'humain que cette fragile apparence. Elle appartenait à l'élite humaine. Belle comme une déesse d'un autre âge, avec toute la grâce des anciennes reines guerrières. Le port altier, la taille svelte. Un corps d'un mètre quatre vingt trois, de longs cheveux blonds et des yeux en amande. La peau clair, jadis tannée par le soleil cuisant. Elle était l'allégorie du soleil, de par sa clarté et sa douceur de trait. Le jeu cachait bien que jadis, elle avait croisé le fer avec les plus grands guerriers, avec son propre père, et qu'elle avait tranché les têtes une à une, sans jamais cillé en voyant son vêtement tâcher de sang. Moëris était davantage qu'une doyenne, qu'une mère ou qu'une guide. Elle était reine de ce royaume qui avait perdu de sa saveur.

Un seul nom lui revenait en tête, et ce nom était maintenant interdit. Il méritait d'être oublié. Il méritait d'être détester, ce nom si vil, si faux à son oreille, mais en regardant la lune comme ça, elle ne pouvait pas. Elle se le rappelait sans cesse, et elle riait fort en se remémorant leur moment passé, leur rire aussi. À l'époque, elle avait un caractère de chien. Elle parlait fort et gesticulait beaucoup, mais elle avait déjà le coeur assez bon. Quand elle avait pris les rennes pour aller les tuer tous, un par un, elle n'avait jamais pensé à le tuer lui. Puis finalement, quand il ne restait plus qu'eux deux, elle l'avait regardé avec des yeux si tristes. Pouvait-on penser à le tuer? … Elle avait regardé au fond de ses pupilles, et comme il ne restait sur cette terre que deux de leur espèce, Moëris ne décida non pas de s'accoupler, mais de donner aux mains rêches de l'homme le livre qu'elle avait écrit, le livre qu'ils avaient tous écrit au long de l'histoire, celui qui retraçait les âges et les temps, les événements et les tristes nouvelles. Il l'avait prit, et était partit s'enterrer, à garder les deux dieux. Un pacte était un pacte. Les Vampires avaient pris cet homme, il l'avait fait leur, et elle avait pleuré sans larme dans la nuit. Ce soir, sous la belle lune pleine, elle ne pouvait que baisser les yeux en se remémorant la chute du bel homme à l'état de bête. Elle était sans doute la seule qui n'avait pas peur de lui, qui prenait plaisir à le voir sourire alors qu'il se déboîtait la mâchoire dans une grimace burlesque. Il était beau à ses yeux, car elle l'avait aimé dans le passé, et si cet amour n'avait jamais été partagé, elle avait fini par oublier la douleur des faux sentiments. C'est comme ça qu'elle appelait ça. De faux sentiments. Elle s'en voulait, vous savez, de ne pas avoir su le rattraper, de ne pas avoir attraper sa main dans la sienne, de ne pas lui avoir jurer de mourir pour lui. De n'avoir, en somme, rien fait pour lui.

Était-il seulement le temps de s'en vouloir? Elle sortit de l'eau, troublant le reflet calme de la lune sur la surface du lac, et ramassa son vêtement sur le sol, l'enfilant sans rien. La tunique blanche lui tombant sur le haut des cuisses tremperait sans doute, mais qu'y pouvait-elle? Après tout, personne ne regardait pour elle. Elle glissa ses longues jambes dans le tissu de cuir bouillie, couleur de chêne, et le ceintura à sa taille. À sa ceinture, aucune arme. Elle avait depuis longtemps abandonné l'idée de tenir à sa ceinture la belle « Dame » qu'était son épée fétiche. Elle l'avait laissé au camp. Elle n'avait plus peur de mourir. Elle n'attendait en réalité que ça. La mort viendrait la prendre à son triste sort, et elle irait rejoindre les steppes. Là bas encore elle s'ennuierait, mais au moins, elle retrouverait les bras sûrs de son père, le baiser tendre sur la joue de son premier amoureux, qui était mort avant même qu'elle ne l'ait embrassé sur les lèvres. Ils étaient jeunes à l'époque. Elle parlait encore comme une enfant, avec un cheveux sur la langue, et regardait le monde de ses grands yeux. Il faisait si chaud, et si froid à la fois. La belle Moëris s'allongea dans l'herbe fraîche, et regarda la grande lune. Ça faisait si mal à l'intérieur, qu'une larme clair et argenté roula sur sa joue, dans un souffle trahissant sa peine, tremblant. Sa gorge serrée refoula un sanglot. Elle ferma les yeux, dans un dernier acte de noblesse. Soyons fière. Soyons digne.


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Re: Remember your humanity and forget the rest.

le Mar 27 Avr - 14:34
La peste de l'avarice et des avaricieux. On avait changé des princes en bêtes parce qu'ils étaient avaricieux. Et on avait changé des bêtes en monarques par qu'elles avaient le coeur noble. Mais lui? L'Egregor comme on disait. Il était loup. Une petit boule de poil gris de lin, les yeux or, la fourrure aux poils longs qui appelait les caresses. Oh comme sa mère avait pu passer des heures à glisser ses doigts dans cet étrange pelage aux doux fils d'argent. Certains avaient dit qu'argent n'était pas une couleur qui seyait à un fils de Seth. Mais ça avait été sa couleur à lui. Il y avait bien longtemps. Il fermait les yeux perché sur une branche de cèdre qui ployait sous son poids et se rappelait.
Il y avait eu un temps béni où enfant il courrait avec les siens dans les steppes de Nod. Il y avait eu un temps où on l'avait entouré, moqué gentiment, mais toujours admiré. Il était né pour avoir le bassin étroit et solide, les épaules larges et les membres longs et sûr. Ciselés d'un dessin de muscles plaisant à la vue mais pas excessif. Tout jeune on l'imaginait déjà. Il serait grand. Il serait beau. Et fort surtout.
Plus tard, comme du haut de son mètre quatre vingt dix sept il comblait toutes les espérances, on lui avait donné une épée et on lui avait dit de quitter les champs de fleurs pour les champs de guerre. Il en avait été chagrin. Il avait eu peur même. Lui, encore adolescent, déjà plus grand que son père et plus fort. Il était avec cette figure noble, un peu allongée qui lui donnait l'air d'un prince alors qu'il n'était qu'un rien du tout. Il avait le visage plus dur que le coeur et les femmes qui ne le connaissaient par rêvaient en secret de la force de ses bras et de celle de ses reins. Celles qui le connaissaient de plus près rêvaient ses mains d'homme effleurant leur visage avec la même délicatesse qu'elles effleuraient les pétales des coquelicots sans les abimer. Lui s'écartait poliment de ces femmes qui n'en voulait à un Egregor superficiel. Egregor aimait les coquelicots. Leur robe éphémère, toute froissée et le vif de leur rouge. Une fleur magnifique, sans noblesse pourtant. Encore aujourd'hui il arrivait à leur réserver cette infinie douceur qui était tout lui et que personne ne voyait. Il fallut donc troquer le rouge des coquelicots contre celui du sang et partir guerroyer.
Il n'y était pas allé de gaité de coeur c'est vrai mais, pour le bien de tous, et parce que tous le voulaient. Alors il avait suivi son père sur le chemin de la guerre de bon gré parce qu'il se disait que c'était aux plus forts de protéger les plus faibles. Quelque part, même malheureux d'être arraché à la simplicité de son existence et aux jeux de l'enfance, il trouvait cela juste. Objectivement. Le premier homme qu'il tua lui arracha toute les larmes de son corps et ce fut sans doute le seul coup de son éternité qui le fit tomber à genoux. Il porta lui même le corps en terre, et lui offrit tous les respects qui étaient du, et si on ne s'était pas moqué de lui, il le savait, c'était uniquement parce qu'il avait ce visage dur et noble, cette arrogance presque peinte sur son visage alors que lui n'était qu'humilité. Étrange contraste. Peut-être Egregor devait-il à jamais laisser voir de lui un visage qui se trouvait à mille miles de ce qu'il était à l'intérieur. A cette époque il n'en souffrait encore pas trop. Il avait quelques amis qui connaissaient son coeur, et il avait l'amitié de Moëris la Blanche. La plus belle de toute. Elle aurait pu détourner son attention d'un champs de coquelicot tout entier mais l'intention n'était pas là et lui n'avait pas cette prétention que de vouloir lui voler quoique ce soit. Bien moins encore son coeur. Il était trop bienveillant pour cela. Sans doute était-ce la raison pour laquelle elle l'avait épargné lui et pas les autres. Dans cet instant de doute où il ne frappait plus jamais que pour protéger, il s'était demandé si le choix de Moëris avait été juste. Il se le demandait encore, perché sur sa branche de cèdre.

Puis les temps s'étaient encore assombrit d'avantage. Les Dieux avaient besoin d'un coeur honnête et fort. Aucune femme n'avait demandé le sien, tout au plus elles avaient demandé des nuits d'amour et en avaient redemandées encore après mais lui aurait voulu qu'une femme, une seule, ose lui demander son coeur. Lui demander de porter un collier et une laisse et il les aurait prit. Il se serait mit à genoux devant-elle le grand guerrier qui n'avait ployé qu'une seule fois de toute l'éternité. Mais personne ne vint. Et Egregor donna son coeur aux Dieux et à ses frères. Il le donna en sacrifice sans savoir exactement à quel point le sacrifice serait douloureux mais il le faisait de bon coeur et de bonne intention. Caïn lui avait donné son propre sang, versé depuis sa veine carotide en signe d'amour sincère. Et Dieu s'était vengé. Il avait cru mourir Egregor quand le don obscur avait mordu a pleine dent dans son coeur de loup, et en fait, il était bel et bien mort. Tombé sur le coup. Empoisonné. Mais il s'était relevé. Plus fort, tellement plus fort. Juste pour voir la foule de ses frères qui fuyaient la queue entre les pattes devant une telle hideur et même Seth et Caïn n'avaient cacher une once de surprise, ou bien était-ce vraiment du dégoût? Mais ils étaient des Dieux et ils n'avaient pas fuit devant ce qu'ils avaient fait. Egregor était devenu le sang de leur sang. Les fils d'Adam dirent qu'il portait sur lui toutes les laideurs que Seth et Caïn cachaient derrière leur visage avenant. On dit que la bouche d'Egregor, autrefois si désirable, était devenue la vraie bouche de l'enfer. On dit qu'il était le chien de l'enfer. On dit qu'il avait dévoré Jezabel. Et qu'il avait dévoré la Perséphone trop courageuse. Et qu'il dévora femmes et enfants en terres Argolide. On dit qu'il répandait la rage dans son haleine, et qu'il dévorait tout pareil les bons et les mauvais. Mais ce n'était que des on-dit. Ils avaient la vie dure cela dit et Egregor, depuis son exil les entendait. Alors il s'était renfermé sur ce corps démesurément grand même pour lui, l'échine courbé et les mains recroquevillées, puis il avait dormi. Longtemps.

Il avait cru souffrir de la solitude mais chaque fois qu'il était revenu parmi les vivants, il s'était langui de sa thébaïde. Depuis quelques temps on pouvait le voir rôder parmi les loups. On ne faisait que l'apercevoir. Il fuyait pour ne pas être fuit. Il avait appris à préférer sa solitude.

Quelque chose le tira de ses souvenirs mélancoliques. Une silhouette blanche émergeait des eaux et comme il se demandait ce que c'était il n'en détourna d'abord pas le regard. Il était assez loin pour n'avoir pas immédiatement reconnu Moëris la blanche. Il détourna simplement le regard quand il vit que c'était une femme nue. Ce n'était pas tant qu'il était honteux ou pudique. Autrefois il aurait eu un sourire et n'aurait détourner le regard que par respect malgré la vue charmante. Mais aujourd'hui il préférait ne pas regarder par peur d'aimer. Egregor était quelqu'un de très aimant, sans même parler d'amour romantique ou charnel, mais il avait de la peine à ne plus jamais être aimé. C'était un poids attaché à son coeur. Aussi il appréciait la solitude, et la présence silencieuse de Seth et de Caïn quand il retournait à leur corps gelé pour les veiller.
Egregor sauta de sa branche, sans même un bruit. C'était le don obscur qui lui permettait d'être à ce point maître de son corps, bien que mêlé au sang de Seth, il se soit fortement altéré. Les deux sang s'étaient rongé l'un l'autre au fil des siècles pour faire ce que les gens nommaient tout bas, un égregor. Même son nom ne lui était plus propre, bien qu'il fut - et heureusement - unique en son genre.
Il approcha Moëris dont il avait reconnu l'odeur de bien loin. Silencieux et calme. Elle était lovée dans une robe toute simple. Les yeux clos, une larme sur la joue pour toute parure. Mais elle n'avait jamais eu besoin de parure. Le monstre tendit la main vers ce visage qui souffrait. Il le sentait si nettement. Mais en voyant son long doigt noueux, cette griffe noire, long comme le fil d'un rasoir, et sa peau brunie et parcheminée comme celle d'une affreuse momie, il suspendit son geste et s'écarta un peu pour tomber à genoux. Son corps était tel qu'il ne pouvait plus s'assoir sans d'abord poser les genoux au sol.

« Qu'est-ce qui te fait tant mal Moëris pour que l'on sente ta douleur en se tenant si loin? »

Il parlait comme si tous avaient senti comme lui. Pourtant ce n'était pas le cas. Ca n'avait pas d'importance.
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Re: Remember your humanity and forget the rest.

le Mar 27 Avr - 15:12


Où était le cor qui sonne dans les vallées les batailles incessantes ? Où était la terre gorgée de sang des corps mutilés ? Où étaient les pleurs des femmes effondrées, et des enfants perdus ? Moëris se rappelait de s’être battu comme un diable, avec la rage au cœur. D’avoir été un monstre dans un corps d’ange. Elle avait porté, le temps de quelques siècles, la cape de haillon qui la rendait démone quand elle n’avait jamais voulu que le bien. Quelques années avaient eut raison d’elle, et elle s’était assagie, attendant que le déluge soit fini et que les temps soient calmes pour à nouveau produire le sang des futurs enfants. Le temps fini… le temps qui passe. Et la larme qui coule, d’avoir trop longtemps attendu. Et sèche.

Elle l’a entendu et sentit, mais elle n’a pas cillé. Qu’il puisse l’approcher, alors même qu’elle se trouve si faible sur la terre mère, ça ne lui fait pas peur, car Egregor est de tous le plus beau, malgré son visage si laid. On a peur de cette bête dit-on, et on lui donne tant de mauvaises pensées, de vilains défauts, quand Moëris elle seule sait que cet Egregor fut sans doute plus sage et plus bon qu’elle, et que le sang qui marque les mains de la bête n’est pas celui d’un assassin, mais d’un homme qui souffrit de donner la mort. Alors elle le laisse approcher, et l’entends tomber à genoux. Elle, elle ne fait rien, reste un instant les yeux fermés, laissant le temps à la larme d’argent de sécher sur le rebondis de sa joue, qu’elle ne dévalera pas davantage. Il est fini le temps d’attendre. Elle ouvre les yeux, enfin.

« Qu'est-ce qui te fait tant mal Moëris pour que l'on sente ta douleur en se tenant si loin? » Elle a un pâle sourire, se redressant un peu, et chuchote, comme elle n’a plus de voix, ou n’aimerait ne plus en avoir. « Il n’y a que toi pour entendre mes sentiments, Egregor. Que toi pour t’approcher quand mon sang va doucement… »

Elle rejette d’une main nonchalante ses cheveux en arrière, encore mouillés, et se retourne doucement vers lui, assise sur le sol. Malgré qu’elle fût grande pour une femme, elle reste petite en face du géant, mais elle n’a pas peur. Cette main perchée qui aurait du essuyé la larme ne l’a pas faite, mais elle le comprend. Comme il doit être dur d’être fuit et détesté, pour une apparence qu’on n’a pas choisie, ou sans même le savoir. Alors elle le regarde, un sourire calme et neutre, quoi qu’un peu triste. Il y a quelques relents de mélancolie là dedans. Quelque chose qui la torture, la désespère, sans qu’elle ne sache quoi. Alors elle tends la main et effleure sa joue, cette joue tannée et sèche désormais, comme un vieux parchemin fané, et souffle alors, un soupire de mourant.

« Je me sens nostalgique. Il me manque le temps où je désirais avoir un champ de bataille à moi seule pour répandre mes fléaux… J’avais pourtant bien juré que de ne pas retomber dans ce pour quoi on m’a élevé, mais le cœur est faible quand le monde tourne bien sans soit. » Elle se laisse tomber sur le sol, légère et élégante. « J’ai occupé la première place trop longtemps. Je me sens seule maintenant… L’âge, sans doute. J’ai mal, Egregor. Mal depuis si longtemps, je saigne, et ça ne veut pas s’arrêter à l’intérieur de moi. Comme si je n’avais là plus aucune chance de soigner, de guérir. Quelle étrange chose m’a-t-on enfoncé dans le cœur pour que je sois condamnée à cette hémorragie ? »

Elle parlait beaucoup, car elle avait toujours parlé peu, et qu’elle avait envie de tout dire, qu’on l’écoute une fois. Au moins une fois. Elle avait toujours écouté avec soin les siens, mais eux, l’avaient-ils seulement écouté sans la juger ? Quand elle disait qu’elle avait versé le sang, tous riaient fort en croyant qu’elle riait. Une légende que la Grande Épuration… une légende. Comme si elle s’amusait à monter ce genre de mascarade, quand en réalité elle aurait aimé l’oublier. Elle tendit la main à nouveau, mais sans se relever cette fois, et du bout des doigts effleura la main d’Egregor, sa peau dur et rugueuse sous le doigt, soupirant à nouveau.

« J’en ai assez de vivre. Je veux mourir. Je veux être en paix… Mais plus personne ne le peut maintenant, car nul n’est à ma hauteur, et que je ne veux pas mourir comme un pleutre. Je veux une mort de guerrier. Je veux qu’on me tue avec bravoure, et à cela, nul n’y arrivera. » Elle renifle, comme une enfant qu’elle redevient. « Je suis condamnée à regarder ce monde sans y participer. Je suis condamnée à bénir des couples que je haïs… Je souffre le martyr, sans savoir où j’ai mal. »

Elle gronda, et finalement soupira à nouveau.


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Re: Remember your humanity and forget the rest.

le Mar 27 Avr - 20:18
« Il n’y a que toi pour entendre mes sentiments, Egregor. Que toi pour t’approcher quand mon sang va doucement… »
« C'est que les autres n'écoutent pas assez bien. Il est difficile d'écouter, cela demande... de la patience.»

Et la jeunesse n'a pas de patience. Elle est fougueuse et emportée. Elle ne voit jamais sa propre fin, surtout pas chez les immortels. Du moins pas avant longtemps. Egregor et Moëris avaient passé ce temps là depuis longtemps. Il la regarde faire, s'assoir devant lui, si petite. Mais quand il regarde les autres il s'oublie un peu lui même et il oublie combien il fut mal payé pour son sacrifice. Il ne reprochait rien à personne bien sûr. Il avait fuit son reflet dans l'eau la première fois qu'il y avait vu cet abominable monstre. Alors il comprenait. Car il était comme tous les autres. Car il aurait fuit devant un égregor si ça n'avait pas été lui. Moëris elle ne fuyait pas. Elle le regardait sans gêne, droit dans les yeux. Oh il savait bien qu'il était très laid. Mais il l'était un peu moins quand on le regardait. Elle avança la main vers lui et il la suivit du regard. Un doux grognement animal s'échappa de la gorge du monstre. Lui aussi soupirait. Plus personne ne l'avait touché depuis si longtemps. Et l'homme, fils de Seth, d'Adam ou de Caïn est un animal qui aime à ce qu'on lui porte de l'affection. Il ne différait en rien des autres là dessus. Il y eut un friselis dans les hautes herbes. Sans doute un petit rongeur apeuré par le grognement sourd d'Egregor. Il détourna le regard pour saisir l'image du minuscule fuyard au vol puis Moëris prit la parole.

« Je me sens nostalgique. Il me manque le temps où je désirais avoir un champ de bataille à moi seule pour répandre mes fléaux… J’avais pourtant bien juré que de ne pas retomber dans ce pour quoi on m’a élevé, mais le cœur est faible quand le monde tourne bien sans soit. » Il savait bien ce que c'était mais ne l'interrompit pas. Bien sûr lui ne languissait pas la guerre mais... il languissait un temps qui était passé, qui n'existait plus « J’ai occupé la première place trop longtemps. Je me sens seule maintenant… L’âge, sans doute. J’ai mal, Egregor. Mal depuis si longtemps, je saigne, et ça ne veut pas s’arrêter à l’intérieur de moi. Comme si je n’avais là plus aucune chance de soigner, de guérir. Quelle étrange chose m’a-t-on enfoncé dans le cœur pour que je sois condamnée à cette hémorragie ? »

Il sentait sa détresse et quelque part ça lui faisait mal. Moëris, si jolie. L'unique témoin de ce passé qu'Egregor avait aimé. A ses yeux tous étaient les enfants de Moëris, fils de Seth mais pas tout à fait ce qu'ils avaient été avant Moëris. Eux deux n'avaient plus aucun semblable. S'ils avaient été deux les choses auraient peut-être été différente. Mais les choses étaient si bien faite que Moëris ne trouverait plus jamais aucun reflet d'elle dans Egregor, et qu'Egregor était condamné à contempler une lointaine semblance en Moëris de son propre reflet qu'il avait perdu à jamais. Mais sans doute qu'il devait y avoir une raison à cela. Quelque chose de juste, ou de justifiable. Il ne pensait pourtant pas avoir été un mauvais homme. Mais il avait tué c'était vrai. Aussi ne languissait-il pas la guerre. Mais il comprenait la louve parce qu'elle languissait les champs de bataille comme lui languissait ces champs de coquelicots qui ne seraient plus jamais les mêmes et qu'il ne mourrait plus jamais traverser sans laisser une énorme balafre derrière lui. C'était triste. Mais son sort à lui était comme ça. Mais pour Moëris...

« La Mélancolie. Tu pleures parce qu'il ne te reste que des enfants et pas un égal pour partager tes souvenirs. Pas un pour se rappeler la petite Moëris blonde insouciante, ni Moëris la fière sur les champs de guerre.Ni Moëris la Terrible. Tout cela est fini. »

Il parlait d'un ton doux et monocorde. Il se rappelait bien lui, parce que ses souvenirs lui étaient tendre et cher. C'était ce qui l'avait occupé pendant ces siècles d'exil. Ce qui lui avait réchauffé le coeur quand on lui avait jeté des pierres. Les visages lointains d'être chers, et même les visages détestés. Ils désormais dormaient dans le sein de la terre, tous égaux en souvenir.
Il ferme sa main en voyant Moëris approcher la sienne. Il ne voudrait la griffer dans le vouloir. Il ne voudrait qu'elle s'enfuit elle aussi. Dans le fond, lui aussi est mélancolique. Mais il le découvre maintenant. C'est à peine s'il sent les doigts de fée de la louve. Sa peau est si épaisse, si abîmée. Un vieux cuir malmené. Même pour qui a la main sur le coeur, ça n'a rien de spécialement agréable quand on la touche. Il le sait lui.

« J’en ai assez de vivre. Je veux mourir. Je veux être en paix… Mais plus personne ne le peut maintenant, car nul n’est à ma hauteur, et que je ne veux pas mourir comme un pleûtre. Je veux une mort de guerrier. Je veux qu’on me tue avec bravoure, et à cela, nul n’y arrivera. » Elle renifle, comme une enfant qu’elle redevient. « Je suis condamnée à regarder ce monde sans y participer. Je suis condamnée à bénir des couples que je haïs… Je souffre le martyr, sans savoir où j’ai mal. »
« C'est l'ennui Moëris. Les choses sont simples tu sais. Elles ne demandent que des réponses simples. Te tuer en brave je ne le voudrais pas, par simple égoïsme. Tu es pour moi un souvenir vivant de la vie que j'ai aimé et qui n'existe plus. C'est bien vil de ma part, mais au moins je ne mentirai pas. Mais toi Moëris qui a été mère vingt-et-une fois sans jamais avoir été amante ni l'amoureuse, désormais tu te retrouves seule sans miroir pour te rappeler cette époque que tu as connue aussi. Tant de choses que tu n'as pas encore faites Moëris. Il n'est pas temps de quitter le monde car tu pourrais encore mettre un pied dedans et vivre...» la brise balaya ses longs cheveux noirs éteints, autrefois il avait été d'un beau brun riche, aux reflets acajou, « Si je pouvais te le prouver Moëris... »

Il semblait triste soudain. Comme assombri.
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Re: Remember your humanity and forget the rest.

le Mer 28 Avr - 0:19


« Il n’y a que toi pour entendre mes sentiments, Egregor. Que toi pour t’approcher quand mon sang va doucement… »
« C'est que les autres n'écoutent pas assez bien. Il est difficile d'écouter, cela demande... de la patience.»

De la patience... de la patience. Moëris eut un sourire calme, et tendit sa main, effleurant tout d'abord la peau dure pour finalement poser entièrement la paume de sa main sur sa joue. La douleur était telle que même Moëris aurait pu en grimacé, si seulement Egregor l'avait rejeté. Il était heureux, un peu. Moëris le sentait, et elle était heureuse qu'il ne soit pas dégoûté de ses mains que bien souvent elle avait trouvé laide. Oh, n'importe qui aurait dit que ses ongles blancs, ses longs doigts de pianiste étaient magnifiques, qu'ils étaient fait pour caresser comme le font les mères, mais elle, elle savait qu'ils étaient uniquement fait pour la guerre, et que ça serait ainsi pour bien longtemps. Mais il avait le regard des esclaves, qui fuit pour chercher autre chose. Elle relâcha la peau, doucement, un peu blessée au fond, mais n'en montra rien. Elle était trop forte pour ça, trop fière aussi, trop endurcie par toutes ses années où il fallut tenir têtes aux hommes. Elle rentre un peu la tête dans les épaules, avec ce petit air d'enfant.

« Je me sens nostalgique. Il me manque le temps où je désirais avoir un champ de bataille à moi seule pour répandre mes fléaux… J’avais pourtant bien juré que de ne pas retomber dans ce pour quoi on m’a élevé, mais le cœur est faible quand le monde tourne bien sans soit. J’ai occupé la première place trop longtemps. Je me sens seule maintenant… L’âge, sans doute. J’ai mal, Egregor. Mal depuis si longtemps, je saigne, et ça ne veut pas s’arrêter à l’intérieur de moi. Comme si je n’avais là plus aucune chance de soigner, de guérir. Quelle étrange chose m’a-t-on enfoncé dans le cœur pour que je sois condamnée à cette hémorragie ? »

Elle le regarde, elle attends une réponse, mais elle ne vient pas. Elle sent un instant son myocarde qui s'arrête de douleur, mais elle ne peut pas mourir, pas de cette façon. Fatiguée, elle se laisse tomber lentement sur le sol, épouse l'herbe. Elle a l'air d'une fleur qui vient de mourir. Elle en a toute la beauté en tout cas, quand elle laisse doucement sa tête se penchait sur le côté, et qu'elle le voit qui la regarde. Elle sourit, d'un sourire tendre. Qu'il la regarde, qu'il la veille, elle qui n'eut jamais que le noir pour seule amie, et la lune pour seule veilleur. Combien de nuit noir dans le passé? Le vent qui souffle, le vent qui détruise et la faisait trembler dans son lit de paille, et parfois à même le sol, caché sous une peau d'animal duveteuse, à parfum de sang? Elle se rappelle du froid des nuis d'hiver, et de la chaleur des journées en Nod. Elle se rappelle des grands yeux d'ambre de son père sur elle, la gardant de tout. Les yeux de Moëris aussi sont d'ambre, comme elle regarde Egregor, l'Egregor de toutes les légendes.

« La Mélancolie. Tu pleures parce qu'il ne te reste que des enfants et pas un égal pour partager tes souvenirs. Pas un pour se rappeler la petite Moëris blonde insouciante, ni Moëris la fière sur les champs de guerre. Ni Moëris la Terrible. Tout cela est fini. » Elle retient sa respiration, un instant. Elle sent que dans son coeur, ça vient de casser. Alors elle fronce les sourcils, et tire sa main de son engourdissement, la fait glisser jusqu'à la sienne, mais il sert le poing pour ne pas blesser la peau de la fragile Moëris. Fragile Moëris. Elle ferme les yeux. « Je crois que ça saigne davantage, Egregor. Comme si tu venais de tourner le couteau dans une plaie que je connaissais que trop bien... Un égal. Quelle drôle d'idée... à mon âge... »

Elle a un pâle sourire, un sourire qui sait, mais qui ne dira pas davantage. Oh, oui, elle y avait réfléchi toutes ses années. Elle aurait pu soulever ses jupons, se laissait aller, mais elle a toujours été droite, et a ses principes la triste guerrière, alors elle ne donnera jamais à personne ce fruit qu'elle garda intacte pour une seule et même personne. Elle le gardera bien contre elle, car il n'est pas question de le détruire, de le souiller de ses amours vains et sans saveurs dont aime à goûter la jeunesse fougueuse du moment. Elle a besoin de bras forts, de bras puissants pour la serrer, et contenir les colères que l'on lui ignore. Mais oui, c'est arrivé. Des colères terribles, qui firent trembler la terre de milles feux. Elle détesta ces hommes, elle les détesta bien des fois, mais jamais assez pour les tuer. Elle s'était calmée toute seule ces fois-ci. Elle avait fermé les yeux et s'était laissée choir dans une couche vide et froide, et elle s'était tue, sans mot. Elle n'avait pas besoin de quelqu'un. Elle avait su se débrouiller seule, comme un vieux loup qui n'a jamais connu l'amour. Elle aimait l'idée d'être seule parfois, mais pas ce soir. Tout, mais pas ce soir. Elle garde sa main sur celle d'Egregor. Seule, mais pas ce soir.

« J’en ai assez de vivre. Je veux mourir. Je veux être en paix… Mais plus personne ne le peut maintenant, car nul n’est à ma hauteur, et que je ne veux pas mourir comme un pleutre. Je veux une mort de guerrier. Je veux qu’on me tue avec bravoure, et à cela, nul n’y arrivera. » Elle renifle, comme une enfant qu’elle redevient. « Je suis condamnée à regarder ce monde sans y participer. Je suis condamnée à bénir des couples que je haïs… Je souffre le martyr, sans savoir où j’ai mal. »
« C'est l'ennui Moëris. Les choses sont simples tu sais. Elles ne demandent que des réponses simples. Te tuer en brave je ne le voudrais pas, par simple égoïsme. Tu es pour moi un souvenir vivant de la vie que j'ai aimé et qui n'existe plus. C'est bien vil de ma part, mais au moins je ne mentirai pas. Mais toi Moëris qui a été mère vingt-et-une fois sans jamais avoir été amante ni l'amoureuse, désormais tu te retrouves seule sans miroir pour te rappeler cette époque que tu as connue aussi. Tant de choses que tu n'as pas encore faites Moëris. Il n'est pas temps de quitter le monde car tu pourrais encore mettre un pied dedans et vivre...» Elle le regarde, et a un sourire bien pâle.
« Je ne suis pas dans ce monde, Egregor. Je ne l'ai jamais été. Qui se rappelle de moi? Tous pensent que je fabule, tous pensent que je suis folle. En admet l'existence de Seth qu'après avoir vu ta figure que l'on dit vilaine, sans jamais m'avoir regardé en pensant que j'aille pu, dans le passé, être ce que j'ai été. J'ai mal de n'être que ça, qu'une mère. Je ne veux pas être mère. Je n'en peux plus d'être mère de vingt et un loups bien heureux alors, avec des familles unies et fortes. Je n'en peux plus de me sentir seule et de les entendre gémir d'être mal d'aimer, quand moi... moi... » Elle soupir, elle en dit trop ce soir. Elle se tait alors, le regarde. Il est beau. Elle l'a toujours trouvé beau. Elle se rappelle de ses traits, de son visage aussi.
« Si je pouvais te le prouver Moëris... » Elle hausse un sourcil.
« Mais me prouver quoi, Egregor? Nul ne peut m'aimer. Je ne peux aimer un homme, j'aurais trop peur de le briser, trop peur aussi de le perdre. Je ne peux aimer un lycanthrope, car tous sont mes enfants, et que j'ai besoin quelqu'un de plus fort que moi, et s'il n'est pas plus fort, qu'il soit au moins aussi vieux. Et de tout ça, je n'ai rien. J'ai tout perdu à trop courir. J'ai perdu mon temps. J'ai perdu mon temps, et je dois maintenant le voir défiler, car il n'y a plus que ça à faire en ce monde. Regarder et se taire. »

Elle gronde violemment, de colère, d'exaspération. Elle n'en peut plus de sa condition, quand elle voit Leah si proche de son Masael, Elladora si aimante envers Kirill. N'as t-elle pas mal quand elle voit Kveld rougir devant Kohar? Il ne lui reste rien à espérer de cette vie, qu'une mort. C'est ça, qu'elle attends. La mort. Car c'est l'ennui qui la ronge depuis bien longtemps... trop longtemps... Cette nuit, il faut régler ses comptes.
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le Mer 28 Avr - 1:08
Elle semblait mourante la grande Moëris. C'était une douleur de la voir ainsi lui qui l'avait toujours connu debout, et qui avait fermer les yeux devant son épée, quand toutes les têtes étaient tombées. Lui n'avait pas levé la main. Et pourquoi? Pas par lâcheté en tout cas. On aurait fuit par lâcheté, on se serait dérobé. Peut-être Egregor était-il devenu lâche avec le temps? A fuir les figures bien faites à qui il n'inspirait que l'horreur. Non ce n'était pas de la lâcheté, c'était une profonde lassitude. Lassitude de voir les choses toujours retomber au même point. L'homme, le loup, le damné, aucun ne progressait. Peu retenaient de leurs erreurs.Lui ne prétendait pas avoir su changer, mais de là où il se trouvait, il était sans doute le mieux placé pour parler de ces choses là.
Il la regardait, non pas comme on regarde une femme, l'oeil lubrique et quelques pensées licencieuses à l'esprit, mais d'un oeil bienveillant quoique sans cesse étonné. Etait-il donné que la beauté et la laideur fussent réunies à la même table. L'ange et le démon? Le crapaud et la colombe? Non jamais. Pourtant... quelque chose lui échappait sans doute mais il la laissa garder cette main sur la sienne. Le contraste était démesure mais si l'on fermait les yeux, ou si l'on regardait avec des yeux sages, il n'y avait plus rien de gênant.

« Je crois que ça saigne davantage, Egregor. Comme si tu venais de tourner le couteau dans une plaie que je connaissais que trop bien... Un égal. Quelle drôle d'idée... à mon âge... »
« Nous en avons tous un. Même toi. Peut-être pas en âge ou en lignage c'est vrai. »

Il ne donnait pas de leçon. Il disait simplement ce qu'il pensait comme il avait toujours fait. Que cela plaise ou non. Il était doux de caractère mais ça ne l'empêchait pas d'être un caractère fort lui aussi. Peut-être que le plus difficile justement était de parler d'amour à celui qui vous voulait la guerre. Moëris ne voulait pas la guerre. Et lui ne parlait pas d'amour. Pas vraiment. Pas pour lui en tout cas. A quoi bon? Vaines paroles? Un peu de bruit... pour rien. Mais pour elle s'était encore différent.

« Je ne suis pas dans ce monde, Egregor. Je ne l'ai jamais été. Qui se rappelle de moi? Tous pensent que je fabule, tous pensent que je suis folle. En admet l'existence de Seth qu'après avoir vu ta figure que l'on dit vilaine,', il rit un peu, elle était vilaine ça figure, sans jamais m'avoir regardé en pensant que j'aille pu, dans le passé, être ce que j'ai été. J'ai mal de n'être que ça, qu'une mère. Je ne veux pas être mère. Je n'en peux plus d'être mère de vingt et un loups bien heureux alors, avec des familles unies et fortes. Je n'en peux plus de me sentir seule et de les entendre gémir d'être mal d'aimer, quand moi... moi... »
« Moëris tu n'es plus obligée maintenant. Plus depuis longtemps. Tu peux mettre un pied dans le monde, mais du n'as pas besoin de tout ce monde pour le faire. »

Un moment de silence où ils échangeaient un regard. Mais il la voyait toujours lasse et mélancolique. Et il se voyait lui échouer.

« Si je pouvais te le prouver Moëris... »
« Mais me prouver quoi, Egregor? Nul ne peut m'aimer. Je ne peux aimer un homme, j'aurais trop peur de le briser, trop peur aussi de le perdre. Je ne peux aimer un lycanthrope, car tous sont mes enfants, et que j'ai besoin quelqu'un de plus fort que moi, et s'il n'est pas plus fort, qu'il soit au moins aussi vieux. Et de tout ça, je n'ai rien. J'ai tout perdu à trop courir. J'ai perdu mon temps. J'ai perdu mon temps, et je dois maintenant le voir défiler, car il n'y a plus que ça à faire en ce monde. Regarder et se taire. »

Il laissa aller son regard sur les eaux calmes devant eux.

« Je te mets en colère, ça n'était pas mon intention. », soupira-t-il au bout d'un court instant. Il n'avait pas peur de la colère de Moëris. Il n'avait plus peur de grand chose désormais mais la colère de Moëris c'était différent. Il n'y était pas indifférent mais il n'en concevait pas de peur. On a pas peur quand on a confiance, et on a pas peur quand on a pas eu peur devant la mort, c'est ainsi,« Tu as perdu ton temps, peut-être c'est vrai. Mais le monde mourra avant toi. Profite de ce que tu as les jambes qu'il faut pour rattraper ce temps qui s'est faufiler entre tes doigts. Profite car le monde lui vieillira, et nous ne seront pas toujours là. Si rien ne te retient ici que de tristes querelles d'amoureux qui ne sont pas les tiennes alors va-t-en. Tu ne peux aimer un loup, mais le monde est rempli de murmures d'âmes plus anciennes que nous et plus fortes. Il y a des mortels qui sauraient toucher ton coeur même sans avoir la force pour te contenir dans leur bras. Il y a des vampires qui aiment d'amours sincères. Il y a un égal pour tous et si tu ne le crois pas alors au moins, va-t-en pour toi. Cours après ce temps que tu as perdu. Montres lui qu'on échappe pas à Moëris. »

Comme il parlait, on pouvait deviner quel fier jeune homme il avait pu être. Libre et capable. Il l'était toujours. Il n'avait juste plus un visage aussi avenant et les gens, au lieu de le rêver en héros, le voyait en cauchemars la nuit. Egregor se rassombrit. Son coeur était lourd. Il se laissait aussi gagner par la mélancolie. A quoi bon tout ça dans un monde qui ne respecte plus les anciennes valeurs. Les valeurs justes. Mais il gardait toujours au fond de lui ce mot qu'on pouvait mettre un pied dans le monde sans avoir besoin du monde. On pouvait être seul et le plus heureux des hommes. On pouvait n'avoir qu'un seul ami au monde et être heureux ainsi, pour peu que l'échange fut riche.

« A quoi bon tout ce que je dis. Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour te détourner de tes idées morbides... vraiment. Mais ici le geste seul ne compte pas. Il me faudrait la réussite, et je ne la touche pas même du doigt. »
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Re: Remember your humanity and forget the rest.

le Mer 28 Avr - 20:57


« Je crois que ça saigne davantage, Egregor. Comme si tu venais de tourner le couteau dans une plaie que je connaissais que trop bien... Un égal. Quelle drôle d'idée... à mon âge... »
« Nous en avons tous un. Même toi. Peut-être pas en âge ou en lignage c'est vrai. »

Elle soupire, ne répondra pas. Elle n'a pas envie de se fâcher, pas ce soir, pas avec lui. Surtout pas avec lui. Alors elle referme sa main sur la sienne, elle qui paraît pourtant si infime, si blanche, elle la sert, pas de toutes ses forces, mais assez pour se sentir proche de lui, au moins de cette façon là. Cette peau contre la sienne lui rappelait qu'elle était elle aussi une sorte de monstre aux mains tâchées de sang, et que lui avait la plus hideuse des faces, et le plus bon des cœurs. Comme ce monde lui paraissait cruel. Comme elle aurait aimé porté son fardeau une nuit, une journée, une semaine, pour apaiser son coeur et le rendre heureux. Elle s'ennuyait à mourir. Dans tous les sens du terme. Ce n'était pas si grave on la fuyait alors...

« Je ne suis pas dans ce monde, Egregor. Je ne l'ai jamais été. Qui se rappelle de moi? Tous pensent que je fabule, tous pensent que je suis folle. En admet l'existence de Seth qu'après avoir vu ta figure que l'on dit vilaine, sans jamais m'avoir regardé en pensant que j'aille pu, dans le passé, être ce que j'ai été. J'ai mal de n'être que ça, qu'une mère. Je ne veux pas être mère. Je n'en peux plus d'être mère de vingt et un loups bien heureux alors, avec des familles unies et fortes. Je n'en peux plus de me sentir seule et de les entendre gémir d'être mal d'aimer, quand moi... moi... »
« Moëris tu n'es plus obligée maintenant. Plus depuis longtemps. Tu peux mettre un pied dans le monde, mais du n'as pas besoin de tout ce monde pour le faire. Si je pouvais te le prouver Moëris... » Elle soupira, doucement.
« Mais me prouver quoi, Egregor? Nul ne peut m'aimer. Je ne peux aimer un homme, j'aurais trop peur de le briser, trop peur aussi de le perdre. Je ne peux aimer un lycanthrope, car tous sont mes enfants, et que j'ai besoin quelqu'un de plus fort que moi, et s'il n'est pas plus fort, qu'il soit au moins aussi vieux. Et de tout ça, je n'ai rien. J'ai tout perdu à trop courir. J'ai perdu mon temps. J'ai perdu mon temps, et je dois maintenant le voir défiler, car il n'y a plus que ça à faire en ce monde. Regarder et se taire. »

Silence. Elle eut un sourire doux, finalement, doux mais triste. Le petit vent dans le bois lui rappelait son enfance dans les bois, où elle courrait à la recherche des proies, où elle découpait la viande avec expertise de son petit couteau blanc. Elle se rappelait avoir construit un arc avec un nerf de cerf tressé, d'avoir fait de panses de sanglier des bourses imperméables. Elles avaient fait tant de chose, ses mains. Et maintenant, elles ne faisaient plus rien que toucher, sans même savoir manier. Avait-elle perdu son expertise à l'épée, au fléau et à la dague? Avaient-elles perdu leur aptitude à tenir des rennes avec force? À mener des batailles? … à aimer? Moëris se tu, et regarda Egregor qui regardait ailleurs. Quand bien même tous le trouvaient hideux, elle voyait encore dans son regard ce jeune homme de jadis, le muscle saillant et les cheveux longs, beau comme un Seth en armure, beau à parjurer tous ses dieux... si beau, et maintenant si laid. Elle ferma les yeux, non pas de dégoût, mais tout simplement de fatigue.

« Je te mets en colère, ça n'était pas mon intention. » Elle tapota la main, amusée.
« Je ne suis pas en colère. Juste excédée. » Infime différence. L'esprit de la louve était claire.
« Tu as perdu ton temps, peut-être c'est vrai. Mais le monde mourra avant toi. Profite de ce que tu as les jambes qu'il faut pour rattraper ce temps qui s'est faufiler entre tes doigts. Profite car le monde lui vieillira, et nous ne seront pas toujours là. Si rien ne te retient ici que de tristes querelles d'amoureux qui ne sont pas les tiennes alors va-t-en. Tu ne peux aimer un loup, mais le monde est rempli de murmures d'âmes plus anciennes que nous et plus fortes. Il y a des mortels qui sauraient toucher ton coeur même sans avoir la force pour te contenir dans leur bras. Il y a des vampires qui aiment d'amours sincères. Il y a un égal pour tous et si tu ne le crois pas alors au moins, va-t-en pour toi. Cours après ce temps que tu as perdu. Montres lui qu'on échappe pas à Moëris. » Elle soupira, puis se mit sur le côté, gardant sa main sur la sienne.
« Je ne veux pas de vampire, pas d'humain... Je veux un loup. » Elle se recroquevilla, inconsciemment. « Je veux un loup qui éprouve mes sensations. Je veux... quelqu'un qui est partit, il y a longtemps maintenant. »

Plus un mot. Elle ferma les yeux, le visage contre l'herbe alors, si paisible, si sereine ici. Sa main toujours sur celle d'Egregor. Seule personne rassurante à ses yeux.

« A quoi bon tout ce que je dis. Je voudrais pouvoir faire quelque chose pour te détourner de tes idées morbides... vraiment. Mais ici le geste seul ne compte pas. Il me faudrait la réussite, et je ne la touche pas même du doigt. » Elle souffla, les yeux fermés alors, comme elle se sentait bien ici.
« La réussite est perdue. Reste ici, garde moi cette nuit... Demain, nous partirons. » Elle ouvrit les yeux, pétillante alors, avec un sourire d'enfant, resserrant sa main sur celle du géant. « Veux-tu? Partir, tous les deux, bien loin des regards, faire le tour du monde et ne plus se fier qu'aux étoiles. Je veux voir les ruines de Bagdad, je veux porter les tissus d'Egypte et souffrir le chaud du Sahara. Je veux me perdre dans la jungle indienne, respirer l'épice et le curry. Oh, il y a si longtemps maintenant... Partons, veux-tu? Partons tous les deux. Emporte le livre. Dès demain, il fera beau! »

Elle le regarde, avec des yeux d'enfant, comme jadis. Il y a si longtemps maintenant qu'elle n'eut ses yeux qui brillent et pétilles, ses yeux d'ambre fin, de sable chaud, ce fameux sable de Nod.
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Re: Remember your humanity and forget the rest.

le Mer 28 Avr - 22:35
Elle serait sa main un peu plus fort comme consciente qu'à travers cette vieille carne il ne sentait plus grand chose. Le temps travaillait Egregor comme on travaille un bloc de marbre pur pour en faire une de ces splendides statues figées dans le temps. Peut-être qu'un jour on entourerait un egregor inoffensif en félicitant le travail de l'artiste pour son réalisme. Une créature des enfers tout droit sortie d'un de ces romans gothiques. L'horreur incarnée. Vraiment superbe. Et ce serait ridicule. Et peut-être que de l'intérieur de son corps de marbre il entendrait tout ça sans pouvoir rien dire. Quelque part le don obscur le terrifiait. Peut-être parce qu'il n'était pas né pour cela. Il sentit la pression de la main de Moëris sur la sienne et baissa le regard. Les yeux clos comme il revenait à la vie. On est mort quand on ne ressent plus rien. Mais il ne dit rien. Il était bon de savoir que quelqu'un au monde était assez fou, assez aveugle ou assez bon pour n'avoir pas peur de toucher cette main difforme, façonner pour donner la mort et non plus pour donner des caresses à faire rougir les coquelicots. Ah les coquelicots.

« Je ne veux pas de vampire, pas d'humain... Je veux un loup. » Un étrange début d'expression passa sur le front glabre de la créature. Son visage d'autrefois aurait arboré une belle ride du lion ou bien levé un sourcil mais sur la face monstrueuse d'Egregor, la peau était si tendu par endroit et si dure qu'aucune expression n'aurait pu s'y dessiner, et il n'y avait aucun sourcil pour amélioré cette espèce de masque de tragédie grecque qui lui servait de visage. Pas un vampire? Pas un humain? Il ne comprenait pas vraiment pourquoi leur fermer la porte et ça l'étonnait d'autant plus qu'il la savait ouverte. Il la regarda se recroqueviller comme une belle de nuit qui garde ses secrets pour le seul soleil de sa vie,« Je veux un loup qui éprouve mes sensations. Je veux... quelqu'un qui est partit, il y a longtemps maintenant. »

Il comprenait. Soudain ce petit élément de phrase éclairait l'étrange discrimination qu'elle avait faite un peu avant. Elle ne voulait ni loup, ni vampire, ni mortel. Elle n'en voulait qu'un. Et elle l'avait perdu. Du temps d'autrefois il ne se rappelait pas avoir vu Moëris s'énamourer de qui que ce soit. Mais peut-être qu'il avait manqué quelque chose. Après tout, tous les coeurs même les plus durs sont susceptibles d'aimer. Et Moëris n'était pas de ces coeurs là selon Egregor.
Lui aussi avait aimé. Quelque fois. Il en gardait un bon souvenir bien qu'il n'ai jamais eu l'impression d'être aimé en retour comme il l'aurait voulu. Il se rappelait Chara, son tout premier amour. Si elle l'avait déçu, l'émotion n'en était pas moins restée belle. Puis elle avait fané quand il s'était rendu compte que les eaux dans lesquelles il se baignait manquait cruellement de profondeur. Les choses étaient ainsi mais, pour lui...

« On ne peut pas vivre avec nos morts Moëris, quand bien même on les a chéri le plus tendrement du monde. Cet homme que tu as aimé... il ne faut plus le chercher. »

Il était doux mais triste pour elle. Mais il savait qu'à s'accrocher à des poids morts on finissait par ne plus pouvoir sortir la tête hors de l'eau. Il ne reparla plus ensuite de ce fameux homme. Par délicatesse sans doute. Ou bien...

« La réussite est perdue. Reste ici, garde moi cette nuit... Demain, nous partirons. »

Une lumière s'était allumée dans le regarde Moëris. Une autre dans celui d'Egregor. Nous? Elle serrait un peu plus sa main et poursuivait.

« Veux-tu? Partir, tous les deux, bien loin des regards, faire le tour du monde et ne plus se fier qu'aux étoiles. Je veux voir les ruines de Bagdad, je veux porter les tissus d'Egypte et souffrir le chaud du Sahara. Je veux me perdre dans la jungle indienne, respirer l'épice et le curry. Oh, il y a si longtemps maintenant... Partons, veux-tu? Partons tous les deux. Emporte le livre. Dès demain, il fera beau! »

Il voulut sourire mais le lui épargna. Il savait que c'était pire quand il souriait. Mais dans son regard la petite lueur d'enfant espiègle. Il était loin l'enfant pourtant. Egregor ferma les yeux et dit:

« C'est la décision la plus insensée que tu aies prise. Et sans doute la meilleure. »

Il ne souriait pas mais ses yeux s'en chargeaient à sa place. Il était heureux de voir l'ombre quitter le visage de Moëris la Blanche. Demain ils partiraient avec l'aube et ils suivraient le soleil. Mais pour l'heure, il la veillerait. Comme un chien de garde fidèle. Il resta là, assis près d'elle toute la nuit, sans même dormir. Il avait tant de choses à penser. Sous son regard de monstre, Moëris était là, tranquille. Et tout était décidé. Tout était bien.
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