Partagez
Voir le sujet précédentAller en basVoir le sujet suivant
avatar
Messages : 27
Date d'inscription : 27/01/2011
Voir le profil de l'utilisateur

brothers in arms.

le Jeu 27 Jan - 20:23


Retour au pays, enfin. Les deux frères s'étaient exilés longtemps, avait rejoint le Dernier des Continents qui tenait un tant soit peu en ordre, encore qu'au Nord, les Machines ravageaient de plus en plus les terres et tuaient sans vergogne les survivants. Dorian et Varian ne pouvaient rien dire. Après tout, les hommes avaient déclenché leur propre perte, et on ne pouvait pas être compatissant avec ce genre de vermine. Si eux c'était aventuré si loin dans les basses terres de l'ancienne Angleterre, aujourd'hui accolé au continent africain, ce n'était pas pour rien. Une chose qui ne regardait qu'eux. Depuis le massacre de 60 et la grande guerre qui s'en était suivi, Dorian n'avait toujours qu'un bras. Ils avaient entendu parlé d'un toucheur, qui disait pouvoir remettre en place ce qui avait disparu. Un sorcier. Mais lorsqu'ils étaient arrivés, il était déjà trop tard, et c'est un sac d'os en décomposition qui se trouvait à l'arrivée. Six mois de recherche acharnée, pour ça. Dorian ne s'en était pas montré plus touché que ça. Si on aurait pu penser qu'un bras en moins était un handicap lourd, Dorian s'en moquait ouvertement, avec auto-dérision, et se disait qu'après tout, ça avait redonné de la puissance et une certaine assurance à son dernier bras. Varian, lui, ne s'en était jamais vraiment remis. Si il n'avait pas essayé de sauver Mahel lors de la guerre de 60, Dorian ne se serait jamais jeté devant eux pour les protéger tous les deux, et il n'aurait jamais perdu son bras aussi bêtement. En faîte, c'était lui le plus gêné de l'histoire, toujours fautif après toutes ses années, devenus siècles.

Éternels solitaires, avec une famille ô combien étrange et une réputation qui les donnait comme étant de cartésiens sodomites sans éducation, consanguin, vénale et incestueux, ils s'étaient fait à l'idée de vivre seul, mais à deux. Depuis tous jeunes, ils n'avaient jamais été que deux. Différents, mais si semblables dans le fond. Dorian avait tout hérité de son père, ou presque. Sa haute taille et ses larges épaules en faisait un homme aimé de la gente féminine et craint des autres hommes. Décrit comme un roi sombre et taciturne, il avait une puissance écrasante. En quatre mots, Dorian était une force de la nature. À l'inverse, mais pas des moindres, Varian était plus élancé. Gagnant à être agile et souple, aussi rapide que sa picte de mère, il avait l'humour piquant et corrosif, et toujours un large sourire à qui le lui rendrait. Mais tous les deux avaient au moins une chose en commun : ils étaient Byzacène, portaient le nom de Porte-Mort, et pour cette unique raison, ils étaient dangereux, plus que de raison par ailleurs.

En posant le pieds sur la berge, la plage chaude accueillit le premier des frères. Varian, un chapeau de paille sur la tête, releva le nez en riant, fier et emplit d'un nouveau bonheur. Celui de la terre ferme. Dorian, derrière, passa son corps de bœuf par dessus la barque qui tangua dangereusement. On aurait pu croire qu'il n'avait aucun équilibre, mais à la différence d'un humain, il était si lourd qu'on aurait pu le faire bouger, et un bras n'y changerait rien, ou que trop peu. Le chapeau noir de Dorian accentuait un peu la crainte des plus jeunes sur l'héritier des Byzacènes. Le plus dur, le plus fort, mais pas le plus terrible. Varian sautillait déjà dans le sable, hurlant de plaisir, sautant finalement sur le géant qui ne cilla pas. Pendu à son cou, l'air ravi.

« Du sable...! Dorian, du sable! »
« Ouais. De la terre en grains, quoi. »

Dorian haussa un sourcil, et Varian repartit, le visage clair et paisible. Dorian eut un petit rire, attacha d'une main l'embarcation au ponton de fortune que fut une branche basse. Le géant prit le pas sur Varian qui regardait tout ce qui se tramer dans le campement avec une excitation certaine. Il avait toujours été plein de vie. Passionné, disait Ahulane, quand les autres n'y voyaient là qu'un problème de consanguinité. Comme si les deux princes étaient nés d'un sang mêlé. Valerian avait gagné sa femme. Il l'avait dompté comme une lionne pour mieux se faire apprivoisé. Ensemble ils étaient forts, mais pas frères et soeurs. Tout ça n'était que rumeur. Stupide rumeur. Les yeux de Dorian se fixèrent, noirs, sur le campement, le découvrant. Les tentes, ici et là, à même le sol, parfois perché dans les arbres, grouillaient d'habitants. Cette île était un paradis promis pour les rescapés de leur espèce, et c'était une bonne chose que certains s'y soient posés définitivement. Ça donnait toujours un coin où poser son sac et soufflait. Le campement était calme. Il faisait chaud. Un éclair bleu passa devant Varian qui s'arrête net. Un second éclair bleu, pourchassant le premier. Et plus loin... oui. Tout le monde. Le campement. Dorian eut un sourire derrière son chapeau noir, Varian s'étirant sous le soleil. Ils étaient bien.


_________________

DORIAN & VARIAN DE BYZACENE
AGIS DE TLOS
avatar
Messages : 28
Date d'inscription : 26/01/2011
Localisation : nomade
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Jeu 27 Jan - 21:11
Elle releva le nez comme des cris de mécontentements venaient à son oreille. Un sourire. C'était bon de se retrouver ici même si en bonne lycienne, le seul cri qui lui déchirerait jamais le coeur ce serait l'appel du vaste monde. Mais il avait bien changé ce monde depuis qu'elle avait vu le jour. Il était devenu de plus en plus dangereux. Beau et terrible à la fois. C'était les mots qu'elle posait sur ces paysages post-apocalyptiques qu'elle traversait derrière la belle Leto de Lycie.
Ces vociférations elle le devinait sans mal, c'était celle de la dernière victime de Lochan et Lohendra. Le temps semblait n'avoir aucune prise sur leur maturité, ils aimaient à jouer des tours et à entendre hurler de rage derrière eux. C'était leur passe temps favori et ni les colère de Lakshan, ni les avertissements de Laksha n'y avaient jamais rien fait. Il n'y avait qu'à peu près devant Lykkos de Qadesh qu'ils faisaient profil bas. Laeila elle, était heureusement plus sage.

Laksha leva le nez pour recevoir la caresse d'un rayon de soleil puis elle se redressa, comme elle avait entendu les enfants crier de joie en annonçant une embarcation. Elle ne savait pas qui c'était, elle s'était simplement dit que puisqu'elle allait de ce côté là pour laver le linge de la meute, elle pourrait jeter un oeil. Par curiosité. Elle ne manqua pas de reconnaître de loin les deux longues silhouettes des frères de Byzacène. Non pas qu'elle les connut bien, hormis de réputation, mais ils étaient de ces hommes qui marchent derrière leur nom et que n'importe qui reconnaîtrait sans mal, par quelques signes distinctifs. Des cicatrices, des tatouages ou comme s'était le cas pour Dorian de Byzacène, un bras sectionné. Elle les salua d'un petit hochement de tête et d'un sourire comme elle passait près d'eux puis s'éloigna vers le petit cour d'eau qui se perdait sur la plage jusque dans la mer...

Un peu plus loin, on entendit un grand cri de joie, plein de force et de vie. C'était Leonie de Lusitanie qui courrait à la rencontre des deux frères dont elle s'était fait des amis le jour même où elle chassait son premier uruk. La peau dorée par le soleil, héritages de droite lignée, la rouquine avait un tel feu en elle que même les petits plaisantins qu'étaient Lohendra et Lochan ne cédèrent pas à la tentation de lui faire un croche-pied comme elle passait devant eux. Bien leur en pris parce que de loin Rioghan et Matthéo, ses frères, veillaient et que pire encore, avoir à dos Leonie c'était presque comme se signer un contrat pour l'enfer. Elle ne payait pas de mine avec ses grands sourires et ses longs cheveux roux mais gare, elle avait une tante de qui tenir!

« Vous êtes en retard messires de Byzacène! », s'exclama-t-elle d'un ton joueur en mimant une révérence amusée, mais son manque de sérieux à l'exercice trahissait simplement à quel point elle était contente de les revoir de ce côté-ci de la planète, et entiers (ou presque) « Vous avez réussi à éviter la tempête de cette nuit ou elle vous a pris au dépourvu? », s'enquit-elle histoire de s'informer de ce qu'ils avaient fait bon voyage ou non.

Elle n'avait pas son pareil dans sa fratrie pour scruter la mer et prédire les tempêtes, et ce, même si son père faisait toujours tout pour éviter d'avoir à l'avoir sur un bateau.

_________________

LAKSHA DE QADESH

avatar
Messages : 27
Date d'inscription : 27/01/2011
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Ven 28 Jan - 1:12


Le regard de Dorian, aussi impérieux et retenu, balaya les alentours et se posa sur la jeune Laksha. Il eut un sourire, et réajuste son chapeau avec un léger signe de tête alors que le regard de Varian se fixait déjà sur une jeune fille, un peu plus. Une toute autre jeune fille que la belle Laksha à la vérité, peut être plus flamboyante, plus pétillante. Une lionne différente de la sombre Ahulane, qui ressemblait davantage à une amazone qu'à une picte, mais une lionne comme Mahel de Lusitanie, que l'on entendait parfois hurler dans le campement. Sa voix était tellement qu'elle aurait brisé un verre, pour sûr. Léonie était jolie, très même, et ça, Varian l'avait bien remarqué. Il aimait son énergie, son rire, sa façon d'être aussi. Dorian était trop calme quand il était seul pour être vraiment « aller » avec Léonie, alors que Varian était tout naturellement passionné. Il avait un cœur gros comme le monde, aussi gros qu'il pouvait se montrer sans aucune pitié. C'était là tout le problème des Byzacènes, d'être tellement de chose que les gens se perdaient. Hommes forts d'un côté, mais divinisant presque leurs femmes et leurs filles, tout en les possédant. Tant de contradiction qu'on ne pouvait comprendre sans être Byzacène par la naissance.

« Vous êtes en retard messires de Byzacène! »
« Que nenni, ma tendre Léonie! » répondit Varian sur un ton enjoué et amusé « nous sommes toujours à l'heure, mais à une autre que vous, c'est tout! »
« Vous avez réussi à éviter la tempête de cette nuit ou elle vous a pris au dépourvu? »

Le regard de Dorian suivit malgré lui les jumeaux Lohendra et Locchan, puis plus loin Laksha. Il détourna au bout de quelques secondes son regard, reportant son attention sur ce qu'allait bien pouvoir dire Varian comme connerie cette fois-ci.

« Ah, pitié Léonie! Ne m'en parle pas! Cet empoté me jurait tous les dieux qu'il y aurait une tempête à la côte, quand je jurais qu'elle serait sur le large de l'Île. »
« Et qui a remporté? »
« Aucun de nous deux » siffla Varian « nous sommes passés entre les vagues de l'orage et sommes arrivés tout sec au large. Quelle déception! »

Dorian eut un petit rire.

« Tu essayes de me noyer, rapace? »
« Tu nages aussi bien avec un bras qu'avec deux, je te rappelle. »
« Tu parles trop fort pour être honnête. »
« Écoutes le, Léonie. C'est lui qui n'a pas arrêté de parler pendant que l'on traversait les déserts de cendre, et cet infâme ose me dire que je parle fort? » Varian prit un air exagéré « Je parle fort si je veux, Monsieur! »
« Et te donner en spectacle, çaaaa, tu le sais mon ami. »

Varian eut un rire, franc et sincère, alors que Dorian roulait des yeux, amusé également. La vérité, c'était qu'ils avaient toujours été comme ça. Parler beaucoup. Pour rien dire. Rire pour ne pas rester silencieux, pour ne plus s'aimer finalement. Ils avaient bien compris que la parole, c'était une chose rare, et qu'il valait mieux en abuser que de ne rien dire. Le plus petit reposa ses yeux sur la jeune fille, un poil amusé, toujours trop heureux, mais au moins, il valait mieux ça que de pleurer.

« Vous vous êtes vous ennuyé de moi, très chère? »

Son sourire était fin, très fin. Varian était doux comme l'ondée de bonne humeur, mais terrible comme les feux de Bengale. Il était un Byzacène : on ne pouvait pas le lui reprocher.


_________________

DORIAN & VARIAN DE BYZACENE
AGIS DE TLOS
avatar
Messages : 28
Date d'inscription : 26/01/2011
Localisation : nomade
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Ven 28 Jan - 4:11
Léonie riait, légère comme une brise de printemps. Elle semblait pouvoir entrer dans la musique et le rythme de leur conversation comme si elle ne les avait jamais quittés. Eussent-ils été ses propres frères qu'on n'aurait guère vu de différence ou peut-être si... si. Il y aurait eu une différence. Une seule. Mais pour l'heure elle restait confinée dans son secret, juste derrière les lèvres de Léonie, sans qu'elle même ait vraiment conscience de son existence. C'était un peu comme une fleur encore en bouton posée sur sa bouche quand elle ne riait pas encore et qu'elle ne disait rien. Van aurait dit que ça se voyait comme un nez au milieu de la figure mais que c'était bien joli à regarder. Matthéo aurait renchéri qu'il valait bien mieux ça qu'autre chose même si c'était futile et Rioghan... ah Rioghan. Mieux vaut ne pas savoir. Léonie elle aurait tout simplement dit "mais quoi?" dans un éclat de sincérité absolument fracassant dont elle avait le secret. En cela, elle faisait le portrait craché de son père.
Ses jolis yeux couleur de feu allait de l'un à l'autre frère comme pour ne rien perdre au passage, ce que faisant elle saisit, sans vraiment l'avoir chercher, une étrange lueur de distraction dans le regard de Dorian, l'aîné. Discrètement, comme Varian racontait leur périple, elle fronça les sourcils et détourna la tête pour voir passer Lochan et Lohendra. Curieux. Mais le récit passionné de Varian lui voler à nouveau toute son attention. C'était bon, vraiment bon de les retrouver.

« Écoutes le, Léonie. C'est lui qui n'a pas arrêté de parler pendant que l'on traversait les déserts de cendre, et cet infâme ose me dire que je parle fort? »
« Mais tu parles fort Varian, c'est un fait! » , se moqua-t-elle innocemment.

Il n'empêchait qu'il y avait là dedans une part de vérité. Ce n'était tellement qu'il parlait fort c'était qu'il y mettait une énergie incroyable. Elle, ça l'avait toujours captivée et elle avait pu une ou deux fois le faire parler jusqu'à tomber de sommeil sur la plage, un sourire aux lèvres comme si elle pouvait, depuis les limbes de ses rêves, l'écouter encore et encore et encore... Dorian était plus posé, mais non moins rayonnant à sa façon. Ils en imposaient et à dire vrai, Léonie ne connaissait personne qui ne leur ait pas prêter attention aussi souvent qu'ils l'avaient désiré.

« Je parle fort si je veux, Monsieur! »
« Et te donner en spectacle, çaaaa, tu le sais mon ami. »

Et leurs rires de se mêler encore une fois, une millième fois. C'était une musique à laquelle il fallait s'habituer quand les frères Byzacène étaient au camp car pour Léonie, il n'était pas question de les manquer. Jusque là, quand on le lui avait demandé, elle avait dit que c'était sans doute les meilleurs amis qu'elle avait eu, quoiqu'ils aient l'âge de son grand père comme on ne manquait jamais de lui rappeler que des loups de leur âge avaient bien d'autres amis qu'une gamine qui égrainait à peine ses premiers siècles. A cela, Léonie ne répondait rien. Elle avait toujours le coeur à penser que l'âge quand le temps ne file pas, ça ne compte pas vraiment. Du moins pas pour ça.

L'euphorie des retrouvailles se tempéra l'espace d'une seconde. Il y avait une légère brise marine, chaude comme le soleil. Les cris d'une fille que les jumeaux de Qadesh venaient d'embêter et un rire clair et haut, comme un carillon dans l'air. C'était Laksha de Qadesh qui riait de voir un de ses petits frères feindre de tomber dans l'eau à ses pieds, pour se faire pardonner l'une ou l'autre de ses bêtises. Les jumeaux étaient comme le vent, on ne les voyait pas, on ne les distinguait pas, on les entrapercevait et l'instant d'après ils avaient disparu. Voilà, ils étaient partis. Juste le temps de poser sur le visage de Laksha un rayon de soleil au goût de bonheur. Et tandis qu'elle travaillait de bon coeur, Léonie elle, saisissait le fin sourire de Varian comme un cadeau laissé sur sa bouche à sa seule intention. La contagion prenait facilement et son sourire à elle se teintait de quelque chose d'autre, quelque chose qui s'allumait dans son regard, plus sage, plus tempéré, presque sérieux une fraction de seconde ou bien peut-être surpris... que sais-je... laissé là à ma seule intention... voilà qui est bien prétentieux Léonie. A nouveau son sourire s'alluma, laissant échapper l'instant étrange.

« Vous vous êtes vous ennuyé de moi, très chère? »
« Mais je m'ennuie toujours de vous. »

De loin, on entendit appeler Léonie! Un grand cri rauque qui serait aller la chercher au fin fond du fond de la forêt. Son père. Pour une bricole sans doute.

« Vous venez? », s'enquit-elle sans douter un seul instant que son père n'y verrait aucun inconvénient. Et puis ils venaient d'arriver, ils auraient sans doute soif ou faim de quelque chose de frais.



_________________

LAKSHA DE QADESH

avatar
Messages : 27
Date d'inscription : 27/01/2011
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Ven 28 Jan - 23:47


« Écoutes le, Léonie. C'est lui qui n'a pas arrêté de parler pendant que l'on traversait les déserts de cendre, et cet infâme ose me dire que je parle fort? »
« Mais tu parles fort Varian, c'est un fait! »
« On appelle ça la passion, jeune fille, l'émotion, le pathos! Quand il n'y a pas de pathos, il n'y a plus rien. » feignit tragiquement Varian.

Dorian eut un rire, amusé. Varian avait raison, parce que lorsqu'il parlait, il y avait du cœur dans ce qu'il disait. Il n'était pas forcément honnête, pas forcément très franc non plus, avec cette retenue toute princière que l'on apprenait généralement aux enfants de haute naissance, mais il avait quelque chose de vrai quand il parlait pour lui, quand il usait ses mots avec une facilité rare. Les mots chantaient dans sa gorge, se roulaient en phrases longues, parfois un peu simplistes oui, mais tellement sincère et authentique que ça touchait toujours, soit pour faire rire, soit pour faire pleurer. Dorian parlait moins, sa voix était plus traînante, plus basse aussi, alors que Varian avait une voix de tout le monde, et pour se défaire de ce tronc commun, il avait usé de son cœur pour faire danser, pulser les verbes et les noms sur ses lèvres. Il parlait fort, oui, mais c'était justement pour que tout le monde l'entende.

« Et puis, je parle fort si je veux, Monsieur! »
« Et te donner en spectacle, çaaaa, tu le sais mon ami. »

Unis et amusés, se moquant l'un de l'autre, sans jamais oublier de se rappeler qu'ils s'aimaient, plus qu'ils ne l'auraient fallu, mais pas comme on aimait une femme ou son propre fils. Un amour différent, viscéral. Comme si ils n'avaient jamais fait qu'un seul, eux qui étaient différents finalement. Ça avait été quelque chose quand Khorian était mort. Ça les avait rapproché, plus encore, sans le comprendre ni le savoir. Si Alarian ne s'en était jamais remis, il n'avait pas réagi comme les autres. Sa mort tragique avait élevé en lui une colère si grande, si terrible, qu'il n'avait pas pu supporter le deuil. Il n'avait jamais porté le foulard noir à son bras, comme un cri de résistance, pour se dire que ce n'était pas possible, pas lui, pas son frère. Il était devenu un peu fou, un peu maussade. Il avançait sans voir vers où. C'était ce qu'il y avait de plus terrible, chez les lycanthropes, qu'une éternité à ne pas savoir quoi faire, car après tout, qu'y avait-il à faire de cette nature qui avait repris ses droits? Chasser les derniers survivants humains pour récupérer cette terre? Wolfgang avait été très clair quant à la chasse des hommes, et punirait ceux qui ne l'écoutaient. Il disait qu'il y avait « autre chose » à faire. Alarian aurait aimé savoir quoi, quand il était un fauve en cage, tournant dans le campement, la haine dans le sang. Valerian et Ahulane n'étaient pas là, c'était lui qui était chargé de surveiller que tout allait bien, et ses deux frères l'abandonnaient ici. Varian eut un sourire, posant ses yeux sur elle, sur cette petite boule de feu pour qui il avait quelque chose, tout petit à l'intérieur. Une chose encore infime, mais qui avait germé, six mois en arrière. Tout le long du voyage, il s'était dit « oh tiens, Léonie aimerait ça, oh tiens Dorian, regarde ». Tant de chose. Et il avait ramené des choses, pour elle, de cet ancien monde que même à 1500 ans restait plus que dangereux. Les Terres de Cendre plus que tout, puisque la terre noire était désormais patrie des drakes et des dragons aux écailles noires.

« Vous vous êtes vous ennuyé de moi, très chère? »
« Mais je m'ennuie toujours de vous. »
« Cela me fait chaud au cœur alors, et m'attriste également. » Sourire léger. « Je n'aimerais pas vous causer des humeurs. Souriez. Je reviendrais toujours. »

Varian. Son seul plaisir à une époque révolue avait été le théâtre. Pour le pathos, justement. Là seul où les amours interdits finissaient mal mais où on trouvait ça toujours très beau, très touchant. C'était magnifique, un théâtre, un opéra. De nos jours, il y avait trop peu de personnes qui s'émerveillaient de l'amour d'un fils pour une mère, ou qui avait un tant soit peu d'honneur pour être tourmenté comme l'avait été Rodrigue. Si Varian avait été un de ses héros tristement célèbres... non. Il n'aurait pas pu. Parce qu'il était unique dans son genre. Unique comme un Rimbaud, unique car tellement étrange aux yeux du monde. Il releva le nez, entendant Landres au loin. Si on aurait pu en douter, Varian et Dorian auraient pu être plus que des grands parents, et ce, même pour le père de Léonie. Mais l'âge était un critère sur lequel on fermait bien souvent les yeux, parce que sincèrement, est-ce vraiment utile sur des hommes et des femmes qui laissent couler le temps sans le regarder passer?

« Vous venez? »

Dorian posa son regard sur Varian qui aurait répondu tout de suite « oui! » si il avait pu, mais on ne décidait par pour le premier prince de Byzacène. Dorian eut un sourire, mais pencha la tête, ce qui s'annonçait clairement négatif, ou presque.

« File Varian, je vais rapporter les sacs. Amuse toi. »
« Ne me parle pas comme si j'avais cinq ans. » gronda le plus jeune. Dorian eut un rire, lui ébouriffant les cheveux.
« Mais tu auras toujours cinq ans dans mes yeux. »

Le géant tourna les talons, amusé, un sourire en coin, trop voyant pour être forcé. Il avança et Varian resta un instant sur place, partagé entre l'envie d'aller avec Léonie, et de l'autre côté son éducation qui lui disait clairement d'aller aider son frère... Mais soit. Dorian n'avait pas besoin de lui, même avec un seul bras.

« Vieux con. » siffla finalement le jeune Byzacène, se tournant vers Léonie. « Eh bien, très chère, je suis tout à vous visiblement. »

Il eut un petit rire, suivant Léonie sans un mot, docile ou presque. Son long manteau noir sur les épaules et son chapeau de paille jurait un peu avec l'idée que l'on avait des Byzacène, mais Varian était un Byzacène pur et dur. Mélange de sang écossais picte de la par sa mère et du premier des sangs de par son père, le terrible Valerian Porte-Mort. Dorian s'éloigna quant à lui vers la plage, croisant – ou presque – la jeune Laksha. Il ne s'arrêta pas. Ni pour lui dire bonjour, ni pour lui proposer son aide. D'une, car ça aurait été ridicule de faire la lessive à une main, de deux car... car quoi exactement? Car il n'avait pas envie de lui parler. Enfin, pas envie. Pas envie qu'on les voit ensemble, tout simplement. Il attrapa d'une main les bagages ficelés, et les tira sans mal hors de la barque, la tenant du pieds. L'équilibre était une seconde nature chez Dorian, et c'est ce qui l'avait aidé à passer au dessus de son handicap. Quelle honte pour un loup de n'avoir plus qu'un bras. Les jeunes oubliaient pourtant bien souvent que ce fut bravement qu'il le perdit, et que les sourires moqueurs en les croisant, il les haïssait. Il les haïssait non pas parce que cette main, ce bras lui manquait, mais parce que ce geste était la chose la plus avisée, la plus magnifique, la plus dévouée qu'il n'est jamais fait dans sa vie, et ça le mettait en rogne qu'on se moque de ça, de ce symbole pour lui. Il avait sauvé plus qu'il n'avait voulu, donnant un bras pour la vie de Varian et de Mahel, et ça n'était rien pour eux, alors ces jeunes n'étaient pas des loups, mais des bâtards. D'infâmes bâtards qui n'avaient rien à faire dans ce camp. C'est ce que pensait sincèrement Dorian, et quand il tirait sur le bagages, se penchant pour le basculer sur son épaule, il se doutait bien que des regards étaient rivés sur lui. Ni moqueur, ni amusé, mais fasciné. Le regard des quatre enfants, là bas, les pieds dans le sable, fixant ce géant sans bras, sans se douter de rien. Comment faisait-il, se demandait Liam, alors que Caël, lui, s'étonnait de la force de cet homme. Derrière, Lorrel se moquait, vantant son père, alors Raven reprenait derrière, avec un orgueil de petits louvards. Un enfant est un enfant. Dorian le savait et n'aurait pour rien au monde empêchait leur égo de s'exprimer, quand lui même avait un jour regarder Isatis de Béotie et avait ri car il avait, à l'époque, du sang sur la figure qui formait une chose risible pour un enfant de huit ans : un sexe d'homme. Valerian ne l'avait pas remis à sa place, pas plus que Isatis. Parce que c'est en forgeant ainsi le caractère que l'on donne à la population lycane de grands guerriers sans peur. Trop sûr de soit, mais sans peur. Dorian se tourna, immense, avec le bagage sur l'épaule, le bras tenant fermement le pacquage et se dirigea sans un mot vers l'entrée du campement.


_________________

DORIAN & VARIAN DE BYZACENE
AGIS DE TLOS
avatar
Messages : 28
Date d'inscription : 26/01/2011
Localisation : nomade
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Sam 29 Jan - 3:38
« Eh bien, très chère, je suis tout à vous visiblement. »

Elle lui sourit, toute contente de cet étrange compromis. Ses yeux suivirent Dorian comme il s'éloignait vers l'embarcation qui les avaient ramenés. Elle se demanda une seconde s'il valait mieux courir l'aider et se faire engueuler parce que bien sûr il n'avait pas besoin d'aide ou se dépêcher avant que son père ne gueule. Bon c'était surréaliste ça, Landres ne hurlait jamais.
Elle adressa un regard à Varian, fière de marcher à ces côtés mais ce n'était pas une fierté orgueilleuse. Ce n'était pas le fait de marcher à côté d'un prince illustre qui la faisait rayonnait, c'était plus tout ce qu'elle connaissait de lui et qui lui avait manqué. Parfois en voyant quelque chose elle s'était retourner pleine d'entrain pour faire partager ce qu'elle ressentait, ce qu'elle pensait, mais ça n'était jamais tout à fait comme avec lui.
Ils arrivaient en vue de la maison de son père qui attendait devant la porte, un gros sac sur l'épaule.

« Ben... tu vas quelque part? », demanda-t-elle, intriguée.
« Hum. », fit-il critique en voyant Varian, mais elle savait que c'était par jeu, il était comme ça son père, « J'allais te dire que je te laissais la maison pendant deux jours mais finalement je ne sais pas si je vais pas aller dire à ta mère de défaire son sac. »
« Papaaa... »
« Je plaisante. J'aimerai retrouver la maison debout quand je reviens, donc tu tiens tes andouilles de frères à l'oeil. Et tu me sors Van du hamac si il squatte de trop, tu me le colles à la cuisine ça va être marrant. », Landres glissa un regard sur Varian avec un petit sourire poli. A ses yeux (ou plutôt à son unique oeil), c'était le genre de fréquentation qu'il préférait pour sa fille plutôt que les garçons de son âge qui ne pensaient qu'à ça. Au moins avec les deux gardes du corps idéaux que faisaient les frères de Byzacène, il pouvait dormir tranquille,« Bon, mais si tu invites messieurs de Byzacène à casser la graine tu évites. Je ne voudrais pas que la cuisine infecte de Van créait un incident diplomatique. Sur ce... amusez vous bien... enfin si je puis dire. Oh et si elle te saoule Varian...»
« Pa'. Bon. »

Et ni une ni deux, Landres lui passait une main sur les cheveux et prenait le large. Léonie le regarda faire, levant une seconde les yeux au ciel.

« Mon père... bienvenue chez moi. », elle eut un grand sourire et le laissa passer devant, avant de se diriger vers le frigo...« Tu as faim... soif? J'te sers quelque chose? »

Toujours serviable et attentive malgré son air de ne pas y toucher... Léonie attacha ses longs cheveux roux d'un geste machinal. On l'avait vu faire ce geste mille fois. Deux tours et elle se retrouvait avec un simple noeud qui tenait le tout de cette cascade qui lui servait de chevelure. Simple, affreusement simple même, mais efficace et plutôt seyant sur elle. Elle tira une chaise pour Varian, s'appuyant sur le rebord du plan de travail de la cuisine.

« Alors... raconte, je veux tout savoir, les Terres de Cendre, tout. »

La passion. Une autre chose qu'ils avaient en commun...
C'était peut-être pour ça que Dorian avait poliment décliné, laissant à son pauvre frère la corvée (ou le plaisir peut-être), de comblé un esprit qui brûlait de curiosité. Non. Lui avait choisi la tranquillité. Laksha le vit passer comme elle étendait son linge soigneusement sur une simple corde tendue. Elle le suivit du regard sans trop en avoir l'air, parce que ça ne se faisait pas d'observer les gens. D'ailleurs ça ne lui ressemblait pas, mais Dorian avait de quoi retenir l'attention. Elle ne pouvait qu'être admirative devant sa patience et sa dextérité, comme tout le monde où presque d'ailleurs. Spontanément, elle aurait offert son aide mais elle connaissait la susceptibilité des loups et ne voulait surtout pas avoir l'air de proposer son aide à un infirme. A ses yeux, Dorian de Byzacène était tout sauf infirme. Il était même bien plus capable que la plupart des hommes qu'elle connaissait.

« A quoi rêve tu soeurette? »
« Oh à rien Lakshan. Je finissais d'étendre le linge, je vais pouvoir aller profiter un peu de la forêt maintenant. Tu t'occupes des petits? »
« Mh, ils ne sont plus si petits que ça. Vas-y je m'occupe de remettre un peu d'ordre. », répondit-il sur un ton taquin.

Elle sourit, gracile et disparut dans la forêt, le pas léger. Elle aimait sentir la mousse sous ses pieds nus, et tendre l'oreille pour se délecter des petits murmures qui tapissaient le silence. Cela faisait partie des rares moments de solitude qu'elle s'accorder. Outre cela, elle était dévouée corps et âme à la meute et plus encore à ses frères et soeur qui demandaient bien souvent autant d'attention qu'elle pouvait en donner. C'était son plaisir à elle de sentir le soleil caresser sa peau si clair et de n'avoir, une fois de temps en temps, rien à penser.

_________________

LAKSHA DE QADESH

avatar
Messages : 27
Date d'inscription : 27/01/2011
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Sam 29 Jan - 4:47


Varian devant Landres. Un instant, Varian s'imagina Valerian, sa royauté de Byzacène, se moquait ouvertement de ce spectacle qu'il aurait sans doute répugné. Valerian n'était pas homme arrogant, et l'on aurait pu s'y trompait quand il se présentait, quand il défiait ouvertement les autres conseillers. Valerian était un homme puissant, voilà tout, et en tant que conscient de sa puissance, il ne manquait pas de rappeler à quiconque qu'il était ouvert à tout duel, si c'est cela qui les intéressait, parce qu'il y avait ça, quelque part, en Valerian, ce goût du défis prononcé. Il avait besoin de tester ses limites, et jusqu'à maintenant, le seul qui avait osé le remettre en place avait été Fenrir. En dehors, on haussait pas la voix devant lui. Alors imaginer une seule seconde son fils, sur le pas de la porte, attendre comme n'importe qui, pour Valerian qui se croyait roi, maître ou dieu sur terre, quel blasphème ça aurait été. Varian avait été élevé par Dorian. Dorian n'avait été élevé par personne. Enfant solitaire, il s'était débrouillé dans un monde de grand pour faire régner l'ordre sur les trois autres enfants infernales qui étaient né du ventre d'Ahulane, femme picte, farouche et rebelle. Varian avait appris le respect, la mesure, et plus encore, la modestie. Non pas pour être quelqu'un de mieux sur le plan moral, mais pour être un prédateur plus terrible. Ce n'était pas ce qui le poussait à sourire poliment face à Landres de Lusitanie, c'était une chose naturelle qui s'allumait en lui sans savoir d'où elle pouvait bien surgir, ce sentiment curieux.

« Mon père... bienvenue chez moi. » Il eut un sourire, amusé tout d'abord, car ce Landres ressemblait à ce Dorian, implacable et doux à la fois. Un père, ou presque. « Tu as faim... soif? J'te sers quelque chose? »
« De l'eau, je n'ai rêvé que d'eau sans poisson, sans cendre, sans sel. »

Il eut un rire. Si les loups avaient un corps régénérant, ce n'était pas sans compte un foie et des organes extraordinaires, leur permettant de boire n'importe quelle saloperie, et autant dire, quelles saloperies! Varian l'observa, silencieux, et se posa recevant l'invitation comme un ordre sous-entendu, comme pour dire « voilà, on va parler », et, oh, ce n'était sans doute pas ça, mais ça ne le dérangeait pas. Il serait mort de rester plus longtemps debout près le périple stérile qu'ils avaient effectué. Une chose bien étrange d'être revenu vivant cependant.

« Alors... raconte, je veux tout savoir, les Terres de Cendre, tout. »

Varian la fixa, et éclata de rire. Il parla longtemps. Il parla du départ, des vagues fracassant leur embarcation au second jour de voyage, de leur dérive jusqu'à une île habitée par des hommes nus, se perçant les seins et le sexe en signe d'appartenance à une famille, lui épargnant les détails sur comment ces hommes cuisinaient leurs invités en les estropiant. Il continua sur la façon avec laquelle ils avaient rejoint l'autre rive, avait fabriqué une barque sur laquelle ils étaient repartit, combien ils avaient dérivé en mer pour s'échouer sur une plage de sable noir comme l'ébène, mais fine dans la main, à la bonne odeur de pin. Plus tard, il lui explique qu'enfoncer dans les Terres de Cendre, anciennement le Magreb, ils avaient gravi l'ancien Sahata, habité par des créatures si immenses qu'ils faillirent y rester une fois en allant, et deux en revenant. Des dragons immenses, plus grands encore que les Seigneurs Russes, à la taille d'un Rathalos noir, aux écailles imperméables par balles et par l'acier des épées, qu'ils avaient du fuir pour ne pas finir dévorer. Puis leur périple, à patte de loup pour se fondre dans le décor, et leur arriver dans les forêts du Sud, là où jadis, les oasis avaient été si espacé, si rares, qu'ils seraient mort en chemin. Il lui conta tout ainsi, rapidement, avec émotion, bondissant parfois, sursautant sur sa chaise, s'éloignant parfois mais sans jamais perdre le fil de l'histoire, contant tout, juste que les choses les moins glorieuses, comme lorsqu'ils avaient du boire l'urine de leur monture, ne trouvant plus d'eau potable, et comment ils avaient du les dévorer, n'ayant plus à manger. Enfin, l'extase du voyage retomba en concluant qu'arriver, le sorcier avait été dévoré et laissé là, à moitié décomposé sur le sol. De deux semaines en retard. Qu'ils étaient revenus sur le même chemin qu'à l'allée, mais n'avait pas échoué sur la mer comme la première fois, arrivant le matin même, après une nuit passait à douter quant aux tremblements qu'il y avait sous la barque, de peur d'y croiser une hydre, ou pire encore, plus gros que ça. Il eut un petit rire finalement, haussant les épaules, avec un air maussade qu'il aurait aimé cacher, juste devant elle, un peu gêné quelque part, lui qui était si vieux, et qui n'avait pas su se défendre comme il le fallait à l'époque alors.

« En bref, on a fait tout ça pour rien. Et on a même pas croisé notre père. Stérile. Comme la quête de Don Juan... »

Si les loups ne savaient pas tout sur tout, au moins était il sûr qu'elle connaisse Don Juan, Vasco – au campement comme 96% des loups existants – en était un grand fan. C'était Valerian qui le lui avait dit, tout sourire, en avouant que ce bon Conseiller de Lusitanie s'amusait, plus jeune, sur les premières embarcations espagnoles vers le Cap de Bonne Espérance, à jouer et mimer tantôt Don Juan, tantôt Rodrigue, à l'amusement de la Santa Maria, caravelle portugaise. Ça, Varian l'avait retenu.

Plus loin, Dorian reposait sur le sol ses sacs, devant sa tante. Agis passa par là, s'arrêta et regarda le géant qui lui ordonna de tout ramasser en ordre dans la tenture, ce que s'empressa de faire le jeune homme aux cheveux verts. Secret de famille, prisonnier de guerre, mais membre de la famille de Byzacène comme tous esclaves qui étaient de la meute, Valerian le lui avait laissé, lui et deux autres, afin de veiller à la sérénité du campement, et à son bon fonctionnement, pensant Varian et Alarian trop instables pour être « sage ». Une fois la chose faite, après avoir vérifié que tout fonctionner selon un ordre établis et fonctionnel, plus par habitude que par envie, Dorian ordonna que l'on monte la tente de Varian près de la sienne, et non pas en face, et tourna les talons. Il ordonna ensuite qu'on lui amène un plat dans la forêt, de viande fraîche et à peine dorée sur du feu. Chaude. Exigeant? Sans doute. Mais pour un prince, il ne pouvait en aller autrement. Il n'aimait pas dépendre des gens, et si on pensait souvent que c'était à son handicap que l'on lui devait ses manières, il aurait fallu le voir un millénaire plutôt, quand alors il battait de ses deux bras l'incapable, sans pitié. Valerian l'avait fait pour lui, et ça avait marché. Il l'avait fait pour Varian et ses deux frères. Ça avait marché. Et même sur Agis, qui était autant son bras-droit, que son ami, que son esclave. Mais à chacun sa place. Il se dirigea vers la forêt, inspirant l'odeur de mousse fraîche et de rosée. Il était heureux de retrouver la terre ferme, eux qui avaient dérivé sans savoir par où et vers où durant six jours. Il se posa entre deux racines, plantant son épée lourde dans le sol et s'accroupit à même le sol, le dos droit, la main sur son genoux, inspirant ce que mère nature lui donnait jusqu'alors. Agis arriva, remarqua Laksha, mais ne dit rien, avança, se pencha et posa devant Dorian le plateau où une tranche saignante, à peine noircie par la grille, se trouvait. Dorian eut un léger signe.

« Veux-tu que je reste pour t'informer? »
« Non merci Agis. J'aimerais manger, puis... »
« Dormir. Je sais. »

Le lycan se redressa et repartit, regagnant le campement. On aurait pu être étonné de l'entendre dire « tu », lui qui semblait si soumis, mais à la vérité, chez les Byzacène, la différence entre « tu » et « vous » n'existait pas. Elle n'était faite que pour assouplir l'égo des autres. Entre eux, un roi, un chien, un bâtard ou un prince aurait été « tu ». La place d'un homme se montrait surtout pas les ordres donnés. Un roi comme un prince se targuait du droit de vie et de mort. Un bâtard n'avait que le droit de recevoir. Voilà, la vrai différence. Alors il ne resta que Dorian. Le silence. Un bonheur complet, regardant sa viande déjà coupée avec un sourire pincé en quoi. Agis. Cet infâme... Il goba le premier morceau, roulant des yeux.


_________________

DORIAN & VARIAN DE BYZACENE
AGIS DE TLOS
avatar
Messages : 28
Date d'inscription : 26/01/2011
Localisation : nomade
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Sam 29 Jan - 15:04
« De l'eau, je n'ai rêvé que d'eau sans poisson, sans cendre, sans sel. »
« Alors de l'eau. », fit-elle en posant deux verres sur la table.

Elle servit, laissant la carafe à disposition et tandis qu'elle tremper ses lèvres sur le bord de son verre, c'était le récit de Varian qu'elle buvait, se laissant portée par la houle de chaque mot, et réchauffer au grain de chaque péripétie. Mais malgré tout, elle ne pouvait s'empêcher de voir poindre à l'horizon la déception d'être revenu bredouille. Elle n'avait rien dit en les voyant venir mais elle savait que ça avait pour Varian plus d'importance que ça ne pouvait en avoir l'air. Il se sentait quelque part responsable. Et elle comprenait.

« En bref, on a fait tout ça pour rien. Et on a même pas croisé notre père. Stérile. Comme la quête de Don Juan... »

Elle tendit la main en travers de la table pour serrer la sienne, convaincue mais douce malgré tout. Elle ne ferait pas de laïus ni ne dirait rien, parce qu'il était de bien loin son aîné et qu'elle n'avait pas à le faire mais aussi parce que quelques mots n'auraient rien changé et qu'ils auraient échoué à montrer aussi bien que ce simple geste, le réconfort qu'elle essayait d'apporter. Ce n'était rien, dérisoire. Il eut mieux valu pouvoir remettre en état ce sorcier de malheur qui avait eu le bon goût de mourir deux semaines avant qu'on ait besoin de lui. Mais ça ce n'était pas dans son pouvoir.
La maison était étrangement calme pour une fois. Van, Mathéo et Rioghan étant sortis, les parents absents. On entendait que les bruits venant de l'extérieur, feutrés comme de lointains murmures. C'était presque le même calme que celui de la forêt, quoiqu'il manquait la brise marine pour vous chatouiller le nez.
Laksha regarda par dessus son épaule, comme elle entendit venir le prince et ce qui semblait être un serviteur. Pour un lycien, prince et serviteur étaient des notions étrangères, mais connues malgré tout. Il n'y avait de princes et de princesses dans la meute de Leto que pour les autres meutes, pour le reste, Leto tout comme ses filles autres fois n'avaient jamais revêtu aucun atour ni aucune manière pour se distinguer. On les différenciaient uniquement par l'immense admiration qu'on pouvait porter à la louve de feu.

Elle s'arrêta de marcher un instant, interpellée par l'homme qui se tenait près de Dorian. Ils échangèrent un regard appuyé. Quelle étrange impression. Mais elle attendit qu'il reparte pour approcher, bien consciente des égards qu'on devait à un prince de Byzacène quoique l'histoire eut voulu qu'elle piétine l'étiquette en bon souvenir d'une ancienne querelle. Mais elle tenait trop de son grand père pour ne pas être éclairée et respectueuse. En outre, elle avait pour politique de ne pas entretenir les griefs des uns et des autres quand bien même pour cette fois, il la concernait de près. Laksha s'arrêta à un bond mètre de distance de Dorian, posant ses deux genoux dans la mousse bien douce pour ne pas tenir de position dominante. Et parce qu'il lui semblait que rester debout devant un homme que l'on vient déranger dans son repas, c'était un manque cruel de considération.

« Excuse-moi de troubler un moment de repos sans doute bien mérité prince mais... me laisseras-tu poser une question et t'offrir à boire... ce n'est que de l'eau claire... », fit-elle humblement en détachant de sa taille une gourde ronde qu'elle posa devant lui.

Ses mains blanches quittèrent l'objet pour se reposer sur ses genoux, attendant une réponse sans pour autant que ses beaux yeux ne quittent Dorian de Byzacène. D'aussi loin qu'elle avait voyagé, les yeux des hommes c'étaient posé sur Laksha de Qadesh, et dans leur imagination, les plus doux contes avaient éclos comme les fleurs au printemps. Ce n'était pas seulement l'étrange couleur de ses cheveux, plus sombre d'ailleurs que ceux de ses frères et soeur. Il y avait chez Laksha une beauté irréelle. Elle semblait avoir son éclat propre, non pas un glorieux soleil de juillet mais plutôt la perle si rare que l'on cherche dans le fond de l'océan. C'était ça. Une sirène aux yeux qui vous faisaient sombrer dans leur bleu sarcelle profond qui, à l'ombrage de la forêt, se nimbaient d'un velours vert précieux. On ne doutait pas que ce fut le genre de femme que l'on vole à son époux pour l'enfermer dans une chambre forte, avec tout l'or et toutes les pierres précieuses d'un royaume. Mais Laksha n'avait pas d'époux auquel elle ait pu être ravie. En lieu de ça elle avait de l'éloquence, et une épée suspendue à la ceinture de son frère pour décourager les plus hardis. Une louve de lycie assurément. Sauvage et difficile. Pourtant si douce et si polie.

Son geste n'était pas anodin. C'était une attention amicale autant que diplomatique. En outre elle ne pouvait offrir plus qu'elle n'avait et à ses yeux de lycienne, rien ne pouvait avoir plus de valeur qu'un cadeau donné de bon coeur.

_________________

LAKSHA DE QADESH

avatar
Messages : 27
Date d'inscription : 27/01/2011
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Sam 29 Jan - 16:22


Varian eut un sourire en la sentant toucher sa main. Si la main n'était qu'un membre comme un autre, elle était chez les Byzacène un symbole globale de ce que pouvait être leur vie et leur mort à la fois. Une main donnait à manger, une main protégeait, se battait également, mais une main pouvait très bien être coupée, et alors il n'y avait pas de disgrâce plus terrible aux yeux des Byzacène qu'un Homme à la main tranchée. Varian lui serra la main finalement, avec un fin sourire. Il ne s'avouait pas vaincu. Un jour, il y arriverait. Il irait jusqu'en enfer pour ce bras injustement perdu. Il le lui rendrait, même si ça devait lui coûter plus qu'il ne pourrait donner.

« Rien ne sera jamais vraiment perdu. »

Passionné. Insanely passionné. Il était ainsi avec son frère, mais l'aurait été avec n'importe qui. Avec Alarian, Ahulane ou même Valerian. Avec ce Agis qui lui avait tenu la main quand le petit homme aux cheveux verts avait vu son père partir en cendre sans pleurer, les yeux durs. Avec toutes ses personnes qui lui tenaient, et c'était sûr que si Léonie disparaissait, il aurait été le premier à enfiler sa veste et son chapeau et courir la chercher, sans regarder autour, juste parce que c'était son devoir. Son plus intime devoir. Il partageait ce dévouement pour la famille et le coeur avec tous les Byzacène, et Dorian, lui non plus, n'échappait pas à cette règle.
Il en avait perdu son bras, et devant son assiette, la viande coupée, il comprenait à nouveau ce que c'était, que cette perte. Que c'était plus profond qu'une amputation, que des nuits entières à en rêver, que cette sensation de l'avoir encore, ce bras fort, et de ne pas vraiment l'avoir. Tous ses sentiments qui se mêlaient, parfois, lui donnait un air mélancolique, mais au plus profond de lui, il savait qu'il n'aurait pu en être autrement. Ça avait été son destin, et s'il suivait Varian dans ses aventures, c'était plus pour le protéger que pour récupérer cette triste perte. Il mangeait avec les doigts, les jambes croisées sur le sol, attrapant les morceaux coupés en taille égale, et les gobait, en les mâchant – parfois. Il s'arrêta en relevant le nez, son regard se posant sur l'éclat couleur aigue-marine que représentait Laksha à ses yeux. Une pierre précieuse sur patte, avançant, gracile, sur la mousse fraîche. Dorian, quant à lui, n'était que noirceur. Un pantalon sombre, un manteau lourd, avec une longue et large capuche à bords de fourrure noire de loup. À sa ceinture de cuir bouilli noir encore, son cimeterre à lame noire, et là également, la seule marque de couleur : un ruban rouge finement attaché, pendait mollement. Plus haut, un chandail noir de lin était déchiré et tâché sur le bas, mais qu'importe. Il ne regardait pas ça. Plus haut, autour de son cou, un épais keffieh noir et grisâtre traînait, sombre, attachait à l'arrière. Ses cheveux ondulaient sur sa nuque, coupé fraîchement il y a 5 jours pour avoir été une gêne tout le long du voyage. Sur ses joues, quelque tâché héritait de sa mère. Dorian était imposant. Agis jeta un regard par dessus son épaule, et eut un sourire moqueur en voyant Laksha, à l'air si fragile, face au géant qui, même assis, ressemblait à un grand seigneur devant une fée. Ou une chose du même genre, avec un Ogre. Il la regarda, sans un mot, calme. Il avala son bout de viande, haussant un sourcil en la voyant s'agenouiller comment l'aurait fait n'importe qui en réalité.

« Excuse-moi de troubler un moment de repos sans doute bien mérité prince mais... me laisseras-tu poser une question et t'offrir à boire... ce n'est que de l'eau claire... »

Dorian eut un sourire amusé, pas parce que c'était excitant de voir la jeune fille à genoux et parce qu'il avait une caresse sur son égo de l'avoir soumise à son autorité, mais parce qu'il savait mieux que quiconque les lois de Lycie, et pour cela, il savait également qu'il n'y avait ni roi ni prince ni esclave dans leur peuple, et qu'il y avait là une certaine considération de la part de la jeune fille. Si il ne lui retournait pas cette fameuse considération, alors il serait un infâme.

« Une question contre un verre, cela me semble équitable lycienne. »

Il ferma les yeux, un verre vide posait sur le bord de son plateau de fortune. Une carafe à côté était remplie par les soins de Agis, lui qui savait anticiper mieux que personne, mais Dorian avait dit oui en sachant qu'il n'avait pas besoin d'un verre. Si il avait accepté ce verre, c'était juste qu'il était curieux de voir quelle était la question de la jeune fille, et qu'en même temps, il ne pouvait décidément pas le lui donner sans rien recevoir en retour – pour un juste retour.


_________________

DORIAN & VARIAN DE BYZACENE
AGIS DE TLOS
avatar
Messages : 28
Date d'inscription : 26/01/2011
Localisation : nomade
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Sam 29 Jan - 18:22
« Rien ne sera jamais vraiment perdu. »
« J'aime mieux ça. », répondit-elle à nouveau pleine d'enthousiasme.

Elle ne l'avait jamais vu abattu et il semblait que rien ne pouvait jamais le faire renoncer et c'était ce que Léonie aimait. Sans vraiment y penser, elle gardait sa main dans la sienne et c'est bien entendu ce moment là que son frère Van choisit pour ouvrir la porte à la voler et entrer. Il passa sans les voir, puis, captant que quelque chose clochait dans sa vision globale du salon, il revint en arrière sur la pointe des pieds et bien sûr son regard se posa sur la main de sa soeur, toujours dans celle de Varian:

« Ooowh! je vois. Papa le sait? », fit-il avait une espèce de moue hilare.
Léonie retira sa main, un peu gênée, mais elle ne fit pas pour autant le lien.
« Savoir quoi? », elle retourna un regard interrogateur à Varian pour voir si elle était la seule larguée dans l'histoire.
« Tsss elle fait l'innocente en plus, bon je vais vous laisser en amoureux finalement. Tu me remercieras plus tard Léo!», fit-il en reprenant sa veste et la direction de la sortie.

Ce n'est qu'en captant ce dont il parlait que Léonie piqua un fard joliment assorti à sa couleur de cheveux. Si elle n'avait pas eu un brin de dignité, et si elle avait été sûr que Van n'avait pas juste lancer ça pour rire comme aurait pu le faire... leur père tiens, elle aurait couru après en lui criant que c'était pas du tout ce qu'il croyait. Elle retourna un regard un petit peu emprunter à Varian puis finalement éclata de rire. Ce que son frère pouvait être con.

« Non mais j'te jure parfois... », mais elle ne put pas finir, la porte se rouvrit en grand et la voix de Van tonitrua à travers toute la maison.
« Au fait on fait un truc sur la plage ce soir avec les Orlov et tout pour l'annif de je sais plus quoi si vous voulez venir... je suis plus là! » et la porte de se refermer en claquant sans attendre de réponse.

Léonie roula des yeux pour tout commentaire à cette sortie fracassante, puis elle reporta son attention sur Varian.

« Tu dois être mort de fatigue toi non? »

¤¤¤

Elle nota pour elle le sourire de Varian sans trop savoir s'il était de plutôt bon ou mauvais augure pour elle. Elle ne craignait rien ou presque cela dit, et quoiqu'il en soit elle n'avait pas peur. La peur c'était une chose contre laquelle on vous vaccinait de tout petits chez les lyciens.

« Une question contre un verre, cela me semble équitable lycienne. »

Elle acquiesça poliment et le servit, reposant sa gourde près de lui comme elle ne lui appartenait plus désormais. Elle ignorait s'il la nommait lycienne pour la formalité ou simplement parce qu'il ignorait son prénom, l'essentiel étant tout simplement de savoir que c'était à elle qu'il s'adressait. D'un geste, elle avança le verre vers lui, comme il se faisait dans les hautes cour puis parla sans détour. C'était aussi une de ses qualités.

« Qui est l'homme qui te sert et te veille avec tant de soin? Il... il me ressemble tant... »

Elle ne demandait pas directement à l'homme en question car elle n'était pas sûre de ne pas enfreindre quelques règles de Byzacène, et qu'on lui avait dit que là où il y avait des esclaves, il y avait toujours un maître qui les possédât quoiqu'elle ne put jamais savoir exactement à quel point cette possession pouvait s'étendre, n'ayant ni maître ni esclave elle même.
Elle détourna le regard vers le serviteur en question. Pour n'importe qui, il aurait paru sans doute avilissant de trouver la moindre ressemblance entre soi et un serf. Mais pas pour elle. Elle savait qu'il était arrivé aux Byzacène de faire de prisonniers, elle savait qu'ils avaient exterminé la meute d'Athénaïs, la mère de sa mère. Alors, dans son esprit vif, des questions s'éveillaient, et il leur fallait des réponses quoiqu'elle avait la délicatesse de ne jamais rien exiger.

_________________

LAKSHA DE QADESH

avatar
Messages : 27
Date d'inscription : 27/01/2011
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Sam 29 Jan - 19:06


Varian eut un sourire tendre en coin, parce qu'il était touché quelque part qu'on ne le prenne pas pour une brute, mais pas non plus pour un Judée. Il n'était ni doux ni dur. Il était comme Dorian et la meute l'avait élevé, c'est à dire à l'image même des Byzacène. Il serra la main de la jeune fille, et son regard alla sur le côté. Van. Van de Lusitanie. Il ne cilla pourtant pas, un fin sourire sur les lèvres.

« Ooowh! je vois. Papa le sait? » et elle retira sa main. Varian eut un petit rire bref pour lui même.
« Savoir quoi? »
« Tsss elle fait l'innocente en plus, bon je vais vous laisser en amoureux finalement. Tu me remercieras plus tard Léo!»

Varian roula des yeux, ses doigts se repliant lentement comme il avait laissé, inconsciemment sans doute, sa main dépliée sur la table. Ses doigts presque craquant, forts pourtant, forts comme personne ici. Cette main.. Il la serra et reporta son attention sur Léonie, si jolie derrière ses pommettes rosés. Un air de déjà vu, peut être. Il eut un petit rire en l'entendant rire. C'est vrai. C'était un peu ridicule. Un peu. Parce que quelque part, ça ne le dérangeait pas. Pire encore, le myocarde se trouva chaud fixé par les pupilles de la jeune fille, et rien que l'idée que cette petite créature, si insignifiante quelque part, puisse un seul instant lui appartenir, ne vivre que pour lui, ne respirer et ne voir que lui, ça... ça le...

« Non mais j'te jure parfois... »
« Au fait on fait un truc sur la plage ce soir avec les Orlov et tout pour l'annif de je sais plus quoi si vous voulez venir... je suis plus là! »

Nouveau rire amusé de la part du loup sombre. Il ne répondit pas. Il était fatigué, atrocement, mais il tenait debout, et si il tenait droit, ça irait. Varian, ses yeux sombres comme le jais, et un sourire toujours sur ses lèvres, sincère et éternel.

« Tu dois être mort de fatigue toi non? »
« Le voyage a été... long. »

Varian ne voulait pas se montrer impoli, mais dire qu'il allait tenir, c'était faux. Ils avaient tenu quatre jours sans dormir pour ne pas dériver bêtement, ce n'était pas pour mentir devant Léonie. D'ailleurs il n'avait pas à faire quoi que ce soit d'un point de vue technique.

« Je vais aller faire la sieste. Si ce n'est que ce soir, j'aurais tout le loisir de dormir un peu avant le 'truc'... Enfin, si tu veux y aller, forcément. Avec moi. Je peux m'en passer. »

Il eut un petit rire. Ça ne faisait pas très sérieux pour un loup de son âge, mais il avait abandonné depuis longtemps l'idée d'être sérieux dans sa vie après tout.

¤¤¤
« Une question contre un verre, cela me semble équitable lycienne. »

Il eut un sourire en la voyant faire. Il avait été cent fois à la table des plus grands vizirs, mais il souriait toujours de voir combien les hommes mettaient un soin particulier à servir la boisson et la nourriture, quand eux, Byzacène, mordait à pleine dent dans les carcasses en guerre. En dehors, ils étaient civilisés. Peut être même trop pour que ça paraisse logique aux yeux du loup. Il leva la main et prit le verre, en bu une gorgée, presque précieuse, avant de le reposer à sa table.

« Qui est l'homme qui te sert et te veille avec tant de soin? Il... il me ressemble tant... »

Dorian fut étonné. Enfin, sans doute pas assez pour qu'elle ne le remarque, mais étonné, oui. Agis, généralement, étonnait par ses cheveux verts très clair, comparé à Laksha qui les avait plus abyssaux. Agis, descendant de Tlos, était un guerrier aguerri. Maître des sabres arabes, il avait grandi en tant qu'esclave et si il avait la liberté de tous, étant le plus intime des amis de Varian, il n'en restait pas moins soumis à Dorian comme un serf. Dorian aurait cru qu'elle le savait, mais à la vérité, ce n'était pas étonnant. L'Histoire des Tlos n'avait pas fait grand bruit, voir même aucun. La seule dont on savait tous l'histoire était encore la mort infâme d'Athénaïs de Tlos. En ce qui concernait son frère, Antonis, personne n'en avait jamais rien su. Premièrement car les premières années, Antonis avait été un prisonnier dur à matter, et que Valerian lui avait fait des choses qu'on aurait pas pu répéter sans soulever le peuple lycan, ou même faire vomir quelques femmes. Alors Antonis avait cédé, et il avait épousé Myriade, esclave française, qui avait aimé un tant soit peu, et lui avait fait trois enfants avant de mourir de la main même de Valerian. Antonis s'était élevé après la mort d'Alonis, il avait hurlé, il avait voulu fuir, et il avait été massacré. De toute la famille Tlos il ne restait plus que Agis de Tlos qui surveillait d'un oeil Laksha, par curiosité peut être, mais surtout vis à vis de Dorian. Sa vie consistait à rendre plus facile la vie de Dorian, alors si la jeune fille l'embêtait, il n'aurait eut qu'à la chasser. Dorian ne disant rien, il tourna le dos et partit, sans plus de mot. Il n'avait pas le droit de parler aux Lycie, comme l'avait bien spécifié Valerian plus d'un millénaire en arrière. Ses possessions, ses esclaves, à lui. Dorian attrapa un bout de viande, le mâcha sans répondre. Un silence s'installa. Il n'avait rien à perdre à être honnête. Il hocha la tête, finalement.

« Il est mon plus fidèle serviteur. » Nouveau silence. Dorian hocha à nouveau la tête. « Agis de Tlos, c'est ainsi qu'il s'appelle. Il est le troisième fils du prisonnier Antonis de Tlos. »

Dorian reprit un morceau de viande, mâchant calmement, sans honte ni réserve. Il n'avait rien à se reprocher, et personne n'avait rien à le lui reprocher également. Agis était libre. Presque. Il n'avait juste pas à parler aux Lycie.


_________________

DORIAN & VARIAN DE BYZACENE
AGIS DE TLOS
avatar
Messages : 28
Date d'inscription : 26/01/2011
Localisation : nomade
Voir le profil de l'utilisateur

Re: brothers in arms.

le Sam 29 Jan - 19:55
« Le voyage a été... long. Je vais aller faire la sieste. Si ce n'est que ce soir, j'aurais tout le loisir de dormir un peu avant le 'truc'... Enfin, si tu veux y aller, forcément. Avec moi. Je peux m'en passer. »
« J'y passerai pour que mes frères ne me cherchent pas partout, tu sais comment ils sont... »

Elle sourit, rangeant leurs verres vides. Elle ferait la vaisselle plus tard. Léonie ne savait pas encore où elle passerait sa soirée mais les battements de son coeur la portait à penser qu'elle voudrait de toute manière la passer avec Varian. Alors qu'importait ce qu'il aurait envie de faire et à moins qu'il ait d'autres projets, c'était ce qu'elle comptait faire. Elle lui ouvrit la porte en précisant tout de même:

« ...après ça m'est égal. On pourra faire ce que tu veux si tu tiens debout. Alors je te dis, à tout à l'heure... peut-être. »

Difficile de dire à quel point elle languissait le soir, ni même à quel point elle espérait qu'il serait d'attaque. Bien sûr elle ne voulait pas trop en demander, se figurant bien que la seule chose dont lui devait avoir envie c'était de dormir. Peut-être qu'il dormirait plusieurs jours d'affilé, comme Lucian la dernière fois. Mais elle gardait au coeur une petite lueur d'espoir qui devait lui mettre au coeur une étrange sensation de griserie pour le reste de la journée. Ses frères passèrent la journée dehors et finalement, elle ne sortit pas avant la tombée du jour, préférant pour une fois se pencher sur le petit travail de mécanique que son père lui avait laissé sous prétexte qu'elle n'y arriverait pas de toute façon. Il ne fallait jamais mettre Léonie au défi. Vers sept-heure, elle sortit pour chasser, puis revient prendre une douche et enfiler un pantalon de toile et une chemise à carreaux par dessus son maillot de bain. Ses frères diraient encore "quelle fille!" histoire de la taquiner mais il pouvait bien ce moquer, si elle préférait les jeans et les pantalons en tout genre, elle était très loin d'être garçon manqué. Elle n'était pas non plus portée sur le maquillage, mais elle avait les traits fins et espiègles, et ses longs cheveux roux interdisaient tout amalgame possible. Elle fit un tour d'horizon mais n'aperçut pas Varian. Le pauvre devait être plongé dans ses rêves. Elle sourit pour elle même et alla rejoindre ses frères, juste pour leur signaler qu'elle était là. Elle se fit chambrer par un ou deux garçons au passage.

« Ah ah Léonie, une chemise ça s'enlève plus vite qu'on ne le croit... »
« Mh mais je crois pas que tu en ai enlevé beaucoup toi des chemises avec ce genre de commen... », de loin une ombre familière attira son regard,« ...taires. »
« Si je te fous à l'eau tu verras que tu l'enlèveras toi-même. », fit-il histoire de quand même retomber sur ses pattes devant le reste des garçons qui se foutaient de sa gueule. Forcément ça ne le faisait pas de se faire remettre comme ça à sa place par une gamine.

C'est le moment qu'elle choisit pour s'éclipser, courant à la rencontre de Varian.

« Tu es venu! », lança-t-elle en guise de salut, trop contente heureuse pour en dissimuler quoique ce soit. Et puis elle était beaucoup trop spontanée pour ça.

¤¤¤

« Il est mon plus fidèle serviteur. Agis de Tlos, c'est ainsi qu'il s'appelle. Il est le troisième fils du prisonnier Antonis de Tlos. »

Le seul non de Tlos la fit tressaillir. C'était un nom qu'on ne prononçait plus guère dans leur meute, car il était attaché à tant de souffrance que par égard pour le doux Héphaïstion, on préférait le taire. Elle cilla, le temps d'assimiler cette réponse qu'elle avait soupçonné en posant sa question. Ses doigts jouaient l'un contre l'autre comme s'ils s'étaient cherchés, comme pour lui donner le temps de trouver que répondre à cela.
Elle savait parfaitement bien qui était Antonis de Tlos quoique personne dans la meute ne l'eût jamais connu. A la vérité tous l'avait cru mort, et Athénaïs la première. C'était donc plus qu'une surprise.
Laksha était trop jeune pour avoir connu Athénaïs, mais on ne manquait jamais de lui rappelait à quel point elle pouvait lui ressembler et cela allait jusqu'à ce pelage or qui faisait si peur et que Laksha avait appris à ne presque jamais montrer en présence d'étrangers.
Elle rassembla ses pensées pour finalement remercier Dorian d'un signe de tête discret:

« Il n'est pas meilleur homme qu'un homme franc dit-on. J'espère n'avoir pas trop abuser de ta patience prince Dorian. »

Mais dans son coeur quelque chose brûlait. Une profonde tristesse peut-être d'avoir jusque là ignorer l'existence d'un si proche parent mais pire encore de devoir la taire à ceux qu'elle aimait. Mais c'était la chose la plus sage à faire, garder les lèvres scellés dans un secret qui lui rongerait le coeur qu'elle avait sans doute trop bon. Les loups n'avaient pas besoin d'une guerre fratricide, et même si elle doutait que Leto ne s'engage dans une telle rixe avec Valerian de Byzacène, elle ne voudrait pas prendre le risque.
Elle n'avait pas demandé plus d'une question, alors elle s'en tiendrait là quoique mille autres lui brûlaient les lèvres. Des questions simples pourtant. Des questions naturelles.

_________________

LAKSHA DE QADESH

Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum