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Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 3:29




La décision venait d'en haut. Logique. Après tant d'années de paix, il fallait bien que ça arrive, et le Conseil avait été clair : il serait juger comme n'importe qui, et ce, après avoir purger sa peine comme n'importe qui. Gabriel avait bien essayé de remonter l'estime de ses frères, mais Metatron n'avait pas été sympathique durant la séance. Raphaël avait demandé un sursis, une attente, pour voir ses actions, mais la sentence était tombée, présider par celui-la même qui avait désiré lé déchéance du Chef des Armées : il était condamné à dix siècles de sursis dans le ventre des punis. Cinquième sous sol des enfers, avec les hérétiques et les déviants, les maniaques. Les pervers. Quelle place de choix, avait il fait remarquer. Raphaël avait tapoté son épaule, jurant de faire appel. Le Conseil entier le soutenait, mais après Mika'il, dans cette hiérarchie si particulière, la voix la plus forte était celle de Metatron. Comme deux frères fratricides, ils s'étaient foudroyés du regard, et finalement Metatron lui avait accordé un délais de dix minutes humaines, avant de chuter. Juste le temps d'apparaître à Elemiah, de lui faire part de la décision sans rien avancer, et d'écrire un mot à Matthias pour ne pas avoir à lui expliquer pourquoi, ni comment. En bref, le dire aussi rapidement que possible, et... et rien. Juste attendre que la dixième minute ne s'écoule, et qu'il ne tombe. Quel genre de sensation?

Il se tenait là, debout, se tenant droit les ailes bien dressées. Nul ne pouvait le voir. Intangible spectre, l'œil qui rôde pourtant sur terre. Il était à l'endroit qu'il aimait le plus au monde. Devant les chutes du Niagara, suspendu au dessus des chutes. C'était magnifique. Les plus grandes chutes du monde. Il aurait aimé que Matthias les voit, un jour, elles et les grandes pyramides d'Egypte, les temples grecs, la mosquée de la Mecque, toutes ses merveilles du monde. Il aurait aimé que son protégé soit né à l'air des Jardins Suspendus au dessus du monde. Mais tout ça, Matthias ne le verrait jamais. Sous lui, une brèche se déchira. Invisible à l'oeil humain, et pourtant elle dévastait le monde parallèle auquel appartenait les anges, séparait l'eau qui chutait dans les profondeurs rouges et noires. D'ici, on ne voyait rien que de la lave. Quelque chose s'approchait. Il eut un sourire, et ferma les yeux. Plus de pouvoir, alors? Plus de lance. Plus d'armure. Juste sa toge blanche et ses ailes qui, même dépliaient, ne l'aideraient plus. Quand il ouvrit à nouveau les yeux, il chutait. Ses ailes soufflaient faisaient un tronc blanc et noir dans son dos. Devant ses yeux, des étages et des étages défilaient. Ici et là, horreurs et damnations. Il n'en sortirait pas. Jamais. Il regardait les mains se tendent, de démon de cendre, lui griffaient les joues et le visage, parfois les bras. Mais lui ne faisait rien. Il se laissait faire, avec la docilité et toute la noblesse qu'ont les anges. La chute, c'était son jugement. Il n'en ferait rien. Il se fracassa sur le sol, ses jambes craquèrent mais il ne tomba pas à genoux, et resta droit, sans qu'aucune grimace ne défasse le doux sourire de son visage. Mika'il était un ange plein de grâce. Sans arme et sans armure, on aurait pu facilement le confondre avec une femme, tellement ses cheveux étaient longs et ses traits fins, mais il lui manquait quelque chose. Sans doute une fragilité qui chez lui ne se sentait pas. Il était fort et imposant, malgré cette carrure fine et svelte qu'ont les anges par nature. Il lui manquait également une poitrine, lui qui avait le torse des anciens Apollon, de l'époque antique.

Tout autour de lui, des démons se regroupaient, ses formes informes faites de cendre et de poussière, aux yeux de rubis, la mâchoire bien souvent absente et pour remplacement, une langue noirâtre, pendant mollement jusqu'au sol. Ils bavaient devant l'ange, si pure et si beau. Chez les anges, les couples existaient. On s'aimait. Rarement, pas pour le plaisir, mais on naissant en couple. C'était le but. Les démons étaient des âmes noires, des anges déchus. Ils étaient si nombreux qu'il avait bien fallu trouver un moyen. Mika'il était un des anciens anges, il n'était pas né en couple, il n'avait pas de femme. Pas d'ange alliée, à qui donner des enfants qu'il ne verrait jamais. Il n'était pas une fourmie reproductrice. Lui croyait en l'amour le plus pur, le plus fort, le plus doux. Il aimait à croire qu'un jour, quelque chose viendrait et le toucherait profondément au coeur. Mais il était ange, et en tant que tel, il devait montrer bonne figure devant Matthias qui ne supportait déjà pas ses propres sentiments. Mika'il avait toujours pensé, imaginé, cru que deux ancres proches rapprochaient ses deux anges. Il n'avait jamais été aussi proche d'un ange que d'Elemiah, et pourtant, comme le disait bien souvent Metatron, il y avait de quoi avoir honte d'être si proche d'un séraphin de bas étage. Mika'il n'y trouvait aucune gêne, il portait peu d'importance aux ailes, à leur nombre et à leur couleur. C'était une sorte de respect qui s'imposait à partir du moment que la chose en face de lui vivait. Qu'il ait été mauvais ou bon, Mika'il ne l'aurait pas tué. Il envoyait les âmes dans l'univers parallèle du purgatoire, de l'enfer et du paradis, mais jamais ne tuer dans « sa » vision. Ici, il croiserait sans doute le Démon de Foudre qu'il avait renvoyé en enfer. Il lui ferait mal, se vengerait, et lui, ange à moitié déchu, fermerait les yeux et subirait. Il était là pour subir, et pour rien d'autres.

Les démons se rapprochaient dangereusement, mais rapidement un coup de fouet les fit reculer en sifflant. Les démons n'étaient pas les anges. Il n'avait pas de clan, pas de famille. Chacun avait son petit « business », comme disait les humains, et complotaient contre le voisin. Ça marchait comme ça, aux enfers. On embêtait son voisin que pour avoir sa place. Soit on l'avait, soit on mourrait. Tôt ou tard, une des deux options arrivaient. La mort, ici, c'était redevenir cendre, recommençait tout en bas de l'échelle. C'était long, c'était vraiment embêtant. C'était vraiment le moins désiré. La chose au fouet était... démoniaque. Ahah. Quel humour décapant, pensa Mika'il, quant la pensée lui traversa la tête. C'était vraiment ridicule, mais Mika'il était léger. Il l'avait toujours été. C'était qu'il avait une foi plus forte que tout, et pouvait bien subir cent jours de passion si cela suffisait à le racheter. Dix siècles. Il aurait pu tenir dix siècles. Il resta droit devant l'ennemi, même menacé. Le sourire carnassier fendit son visage, le regard sombre déjà. Les yeux pourpres du démon juraient avec les yeux clairs de Mika'il, les yeux vert d'eau. L'ange était un point blanc, si éclatant qu'il était douloureux d'y regarder. Le démon le savait. Il fit une révérence, dans un petit rictus.

« Je vous souhaite la bienvenue dans ma demeure, Archange Mika'il. » L'ange eut un sourire.
« Je vous remercie de m'accepter ici, Démon Bélial. »
« M'as t-on reconnu? »
« Il n'y a pas plus vil tentateur ici... »
« Vil flatteur. »

Le démon eut rit, d'un rire cristallin. Mika'il avait raison. Bélial était connu pour être des plus malsains, de la pire des espèces, et pourtant d'attirer l'attention avec sa beauté extérieure. Il avait le visage fin, quasiment androgyne, le regard bleu sombre et les longs cheveux noir corbeau. Il était beau comme un dieu. Il approcha de quelques pas, guilleret, et se colla à Mika'il, tirant la langue pour venir lécher le menton de l'ange. Il s'arrêta. Un cracha venait de mouiller sa joue. Il recula, aussitôt fâché. Lunatique? C'était que Mika'il le regardait maintenant avec dégoût. L'ange était peut être lécher et tolérant, mais il ne fallait pas le fâcher, pas le chercher, et surtout pas le tenter. Il n'était pas Chef des Armées pour rien.

« Ne me touche pas. »

La voix était remplie de dédain. Peut être que Mika'il avait un peu oublié où il était... sans doute. Il ferma les yeux, un instant, pendant laquelle Bélial parlait en une langue singulière, caractéristique aux démons, tout comme Mika'il parlait la langue céleste. Un coup de fouet frappa son torse et déchira le lin de son vêtement. Il ne cilla pas, et même si la marque le brûlait tout entier, jusqu'à l'âme, il ne cillerait pas. Plutôt crever et finir au dernier des sous sols plutôt que plier. Le regard encore droit, Mika'il fixait Bélial qui tournait autour de lui, avec ce sourire particulier, à la fois vil et pervert.

« On m'a dit de ne pas trop de faire du mal, Mika'il... je ne sais pas dans quel sens je dois le prendre. Démoniaquement ou divinement parlant? … Admettons que ce soit divinement. Tu veux un peu de lait et des biscuits? » Mika'il cilla. Ça sentait mauvais. « Bien. Ça ne sera donc pas divinement parlant, mais démoniaquement. Alors. Que pense un prince des enfers comme moi, quand il voit un joli archange ici, alors que... que la moitié de ses frères s'est au moins fait renvoyé une fois par tes sous fifres? »
« Mes frères, Bélial. Mes frères. »
« Frères, sous fifres, la même sous merde à mes yeux. »

Le fouet frappa de plein fouet le visage de Mika'il qui plia, malgré lui. Ses longs cheveux cachèrent un instant son visage, mais quand il se redresse à nouveau, les ailes étendues, son visage arborait la marque de son forfait. Un long trait rouge le strié. Si cela ne laisserait aucune marque, Mika'il avait dans la bouche le goût de son propre sang. Ça avait quelque chose de vraiment dégueulasse à ses yeux. Il ne le lui pardonnerait jamais. Cette marque était une injure, et s'il avait eut sa lance, oh.. oui. Si on ne le lui avait pas repris sa lance, sans doute qu'il aurait pu ressortir seul ici. Mais c'était Gabriel qui l'avait gardé, non pas comme souvenir, mais un autre démon approchait. Au visage plein de vice, ça ne pouvait qu'être Kelen, démon qui préside aux orgies. À un tel étage, Metatron... quelle idée.

« Enfin arrivez, Archange Mika'il? »

L'Archange ne répondit pas. Il n'était pas digne de lui que de s'adresser à un démon de rang inférieur. S'il faisait l'honneur de parler à un pleutre comme Bélial, c'était uniquement car il était de bonne humeur. Dans un autre moment de la journée – ou de cette nuit éternelle – sans doute ne lui aurait il même pas adresser un seul regard. C'était le dédain le plus douloureux. C'était l'indifférence la plus totale. Kelen fronça les sourcils. Il avait l'apparence hideuse des incubes – aux yeux de l'archange, avec le corps finement musclé, quoi qu'une armoire à glace n'aurait pas été plus musclé. Il avisa Bélial, lui chuchota quelque chose à l'oreille, et fit apparaître une clef dans le creux de ses mains. Kelen se posa sur une chaise qui venait d'apparaître. Un bureau d'ébène apparu également. Bien. C'était maintenant la passion? Comme Mika'il venait d'y penser, il sentit le fouet claquait dans l'air, entourait une de ses ailes. Ses yeux s'écarquillèrent et il sursauta violemment en sentant le fouet la lui arrachait. Il sentit son dos lui faire atrocement mal, comme si on en arrachait plus qu'une simple aile. C'était une part de sa vie. Elle n'était pas arrachait, mais des dizaines de plume tombaient sur le sol, en paquet. Mika'il, pour la première fois de sa vie, hurla. Il se releva, le fouet frappa so buste et le fit chavirer sur le côté. Il s'écrasa sur le sol, le visage contre le sol de cendre. Ses ailes... ses ailes. Tellement mal. Les plumes écartées, le fouet frappait son dos, laissant des marques. Du sang. Le fouet dû frappé par trois fois sa tête, car le sang voudrait ses cheveux et ses yeux. Il se sentait si mal... si... c'était douloureux! Le fouet devait avoir des clous, car la toge, au bout de trois coups, finient sur le sol en morceau. Il ne restait plus rien que des lambeaux de peau et du sang, partout. Ses six ailes étaient blessées, mutilées, couvertes de sang, mais elles n'avaient pas été arraché. Ordre d'en haut, ou gentillesse du démon ; Mika'il penchait davantage à l'ordre céleste qu'à autre chose. Même ici, la voix de Dieu avait une valeur. On attacha ses ailes avec de lourdes chaînes, qu'on couvrit de mille serrures, avant de l'élever en l'air, afin que nul démons inférieurs ne le touchent. Pas par pur respect, mais même sans arme, un archange restait un archange. Le seul tranchant d'une plume pouvait se montrer dangereux. Pas assez pour inquiéter un prince, mais assez pour supprimer Kelen.

C'est après une éternité infernale, soit seulement quelques minutes humaine, qu'il reprit conscience du temps. Il venait de passer trois mois en enfer. Trois mois, si peu non? Kelen lui souriait, assis à son bureau, alors que l'archange relevait doucement la tête. Ses plaies étaient déjà fermées, mais il ne restait de son vêtement qu'un habit autour de sa taille. S'il bougeait, sans doute glisserait il et le laisserait il nu ici, au milieu de démons de cendre et de suie. Il ferma les yeux. Sa tête était trop lourde. Il était fatigué.


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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 15:00
Le monde s'étiolait en plumes de cygnes et d'aigles. Jamais avant le séraphin ne s'était senti si bassement inférieur. Devant les archanges et les chérubins, devant Metatron qui avait si cruellement puni son protégé. Non Elemiah n'était rien. Et ni la blancheur immaculée de ses ailes, ni l'épée éclatant qui était ceinte à son côté ne lui avait ouvert aucune porte. Les hautes sphères avaient condamné Mika'il. Elles l'avaient précipité. Et Elemiah avait été impuissant. Il avait pourtant parler pour Mika'il, auprès des autres anges qui lui étaient supérieurs, et qui eux avaient été présents quand la sentence été tombée. Mais rien n'y avait fait.
Il avait apporté la nouvelle à Matthias puis l'avait laissé aux soins de Keith, toujours aveugle mais le coeur bon. Oh Elemiah ne concevait aucune rancoeur. Il avait ce don de pouvoir aimer et pardonner. De guérir du vice de la colère. Mais il avait encore sur les lèvres une promesse qu'il avait faite bien avant la chute de Mika'il.
Alors, à observer le monde depuis l'Olympe tout lui semblait beau, évanescent et vaporeux, car bientôt il se précipiterait seul.

Il connaissait les visages de l'enfer pour avoir combattu ses enfants. Il connaissait ses horreurs. Mais il n'avait encore jamais été mis au supplice de sentir la brûlure de la lave sous ses pieds nus. La morsure d'un fouet contre lequel il ne pouvait pas se défendre. Alors il ne pouvait qu'imaginer ce que serait dix siècles de passion pour l'archange qu'il avait toujours aimé comme aiment les anges. Le séraphin donc, étirant ses ailes à la face chaleureuse du soleil, peut-être une dernière fois c'était lever pour accomplir une promesse qui avait été faite avec le coeur. Il parcourut les plaines infinies du paradis dont on dit qu'elles ne sont que plaisirs simples et chastes, bon pour le coeur et l'âme. Il chercha sans relâche, pas un instant il ne posait pied à terre pour s'accorder un peu de repos...

« A quoi bon Elemiah? », demandait le doux Sitael.
« C'est la promesse que je fis. »
« Metatron ne tolérera pas qu'un Seraphin porte la lance d'un Archange »
« Mais si je la conquis c'est que ç'aura été la volonté de Dieu de la voir accrochée à mon flanc, et d'ailleurs, je ne ferais que porter la lance de Mika'il. »
« Mais tu échoueras Elemiah. Si tu parviens ne serait-ce qu'à accrocher cette lance à ton flanc tu seras précipité car c'est la punition de Dieu que d'avoir voulu que Mika'il soit déchu pour dix long siècles au cinquième sous sol. Tu n'y changeras rien. Et toi, séraphin, si tu es précipité tu perdras tes ailes pour jamais.»
« Je la sais bien. Mais c'est la promesse que je fis. »

Alors Sitael laissa Elemiah conquérir la lance Mika'il et quand il en revint, il pensa ses blessures longuement et le berça dans ses bras pour qu'il trouve le repos avant d'être à son tour précipité. Mais la chute vint trop vite, car la lance au flanc d'un vulgaire séraphin n'obéissait pas et aspirait à retourner au côté d'un archange. Alors la terre devint ciel et le ciel la terre. Et les eaux du dessus s'aplanirent tandis que les eaux du dessous ouvraient une gueule béante où Elemiah fut précipité.
L'ange tomba dans les entrailles de la terre comme une étoile tombe des cieux, et les démons le virent choir et furent aveuglés un instant par l'éclatante blancheur de ses ailes. Il n'avait pas perdu sa grâce et comme il se relevait, les tisons du sol glissaient sur ses plumes les laissant intactes, comme imperméables aux immondices du péché et du vice. Il déployait ses ailes, faisant fuir les démons mineurs et son voyage commença. Mais il s'écoula plus de 100 jours terrestres avant qu'Elemiah puisse trouver ce qu'il était venu chercher. De loin l'archange Mika'il semblait une étoile, un soleil enchaîné aux enfers et qui prodiguait sa clarté bien malgré lui. L'ange Elemiah releva un visage fatigué. Il n'était pas sensible aux fatigues terrestres mais l'Enfer l'avait éprouvé et voilà qu'il arrivait devant Mika'il, son armure d'or blanc défaite, brisée par endroit. La moitié de son torse était mis à nu, griffé et lacéré cent mille fois et pourtant il était intacte. Elemiah gardait cette flamme en lui et la force que Dieu lui avait donné. Il semblait un jeune homme sculpté dans quelque minéral plus nobles que ceux qui dorment dans le sein de la terre et que les hommes s'arrachent. Il avait ce teint nimbé de soleil et les cheveux qui tombaient en vagues ordonnées sur ses épaules. Ses yeux se posèrent sur un incube à la face hideuse qui veillait son prisonnier et Elemiah reconnut que c'était Kelen. Alors il parla comme son coeur lui enjoignait:

« Libère le démon. C'est Elemiah qui te l'ordonne »

Il ne semblait pas prêt à négocier. Le séraphin n'aurait pas posé son regard sur l'archange qui détenait sa promesse sans avoir au préalable récupéré le moyen de le défaire de ses chaînes infernales.
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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 15:53


Mika'il resta là, longtemps. Il ne voyait pas les jours et les minutes. Tout lui semblait long. Il se disait que c'était son péché que d'avoir laissé un démon touchait ses ailes qui jadis avaient été sa fierté. Aujourd'hui, ses ailes étaient tâchées de sang et de plumes de corbeau. Ici, quelques plumes de cygne aveuglaient encore les démons les plus inférieurs. L'ange restait beau malgré la fatigue et la souffrance. Ses plaies saignaient parfois quelques heures, et s'arrêtaient tout de suite après. Mais la douleur était interne, et restait longtemps. Il ne se plaignait pas. Ne criait pas. Ne pleurait pas. Mika'il restait digne. Il grimaçait, soufflait, haletait, feulait, mais jamais il n'aurait crier ou supplier que tout cela s'arrête. Il était Chef de la Milice Céleste. Il ne pouvait pas se permettre d'être faible face à l'ennemi. Alors tous les jours, Bélial revenait aux même horaires selon Kelen (Mika'il ne voyait pas la différence ici), et lui faisait subir les mêmes souffrances. Parfois, sa main s'égarait dans ses cheveux. Il y avait quelque chose de lubrique, mais ça n'étonnait pas l'archange qu'un démon puisse prendre plaisir à faire ce genre de chose, et à le transformer aussitôt en pulsion davantage physique. Mais rien ne venait. Fallait-il préciser que Mika'il n'avait rien contre l'amour physique, mais aurait vomi en sentant une main aussi sale et souillée que celle de Bélial sur lui. Plutôt mourir, il l'avait déjà dit.

Kelen, lui, guettait d'un oeil ennuyé. Il passerait ici les cinq premiers siècles, puis serait relié par un autre. Cinq siècles, c'était long tout de même... Il s'ennuyait. Kelen n'avait visiblement rien dans les mains, et pourtant, quelque part autour de lui, la clef qui aurait été la libération de l'archange. Il avait bien entendu qu'un autre ange venait, mais ça ne l'inquiétait pas. Bélial non plus, qui ne changea pas ses habitudes pour autant. Pourquoi aurait-il changer après tout? Il était prince de cette section. Un simple Séraphin n'aurait rien pu faire. Contre Kelen, sans doute. Contre Bélial, c'était du suicide.

Pourtant, depuis quelques joues Mika'il restait sans cesse conscient. Il gardait sur le visage droit, et ses yeux cherchaient sans cesse. L'appel de la lance... Sa lance. Pourtant, le visage de Mika'il avait perdu toute sa substance. Il était beau, oui, mais inquiet. Et tous les jours Bélial le lui rappelait, frappait ce dos si blanc en lui demandant le nom de celui qui avançait, et Mika'il se taisait, serrait les dents. La douleur n'était rien face à l'inquiétude. La discipline cloutée n'était rien. Puis on le remettait à ses chaînes, et il s'inquiétait encore. Jusqu'à que l'appel de la lance le réveille. Il regarda un point, et Kelen regarda aussi comme le séraphin venait. Kelen le regardait, et souriait, sa bouche se déformait en une grimace hideuse.

« Libère le démon. C'est Elemiah qui te l'ordonne »
« Tu es en enfer. Je ne reçois d'ordre que de mon Prince. Toi et tes plumes blanches n'ont rien à faire ici. »

Kelen n'était pas agréable. Mais il était un incube avant tout. Aussi sa figure changea, et prit les traits d'un jeune homme éphèbe. Il y avait, sur la table, une bonne centaine de clef. Aucune n'était bonne, bien évidemment. Kelen était un démon, pas un enfant de choeur.


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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 16:30
« Tu es en enfer. Je ne reçois d'ordre que de mon Prince. Toi et tes plumes blanches n'ont rien à faire ici. »

Elemiah inclina la tête en signe de patience. Il n'était pas venu pour écouter les insultes des démons, moins encore pour leur répondre. L'hideur changea de visage pour arborer la figure faussement avenante d'un éphèbe puis il lui présenta cent clés mais l'ange n'aurait cru pour rien au monde que celle qu'il désirait se trouvait là dedans. Aussi, ses ailes s'étirèrent un peu plus et son visage se ferma, aucun charme de démon n'aurait pu le duper ainsi, du moins pas un si petit démon.

« Tu me donnerais la clé et je devrais y croire »

Elemiah eut un rire moqueur. Un rire qui ne porta pas pourtant. Si l'ange avait de l'estime il ne cherchait pas à rameuter inutilement Bélial. Oh il viendrait il n'en doutait pas, mais le plus tard serait le mieux. Elemiah n'était pas venu dans l'idée qui repartirait des Enfers. Mais il ne voulait pas être venu pour finalement être enchaîné aux côtés de Mika'il. L'archange serait à nouveau élevé. Un tiédeur de feu divin balaya autour d'Elemiah, comme il tirait son épée et la posait à hauteur de la gorge du démon incube. Son bras était sûr et lui ne cillait pas.

« S'il faut te renvoyer au plus profond de l'enfer pour avoir ce que je suis venu chercher je le ferais démon. Aucun de tes charmes n'aura d'effet sur moi, épargne toi le désagrément. »

Le séraphin n'attendait pas que le démon obtempère mais il était juste et ne frappait jamais sans avoir laisser une chance quand il était en mesure de le faire. Bien sûr il n'était pas question pour Kelen de désobéir à son prince. Du moins pas pour la simple politesse. Ayant obtenu la réponse attendu, l'ange se fit radiance. Il semblait brûler devant Kelen et grandir également, pourtant il n'avait pas bougé d'un pouce. Enfin il leva l'épée et en frappa le démon mais du plat seulement, pourtant le coup était terrible. Après quelques coups échangés, Elemiah se fit plus féroce. Il redoublait de coups et ne frappait plus du plat mais du tranchant. Ses ailes autant que sa lame étaient des armes mortelles. La vitesse des coups échangés les portaient jusque dans les airs. On s'esquivait de justesse, on se frappait mais Elemiah semblait endurci par sa longue marche et son épée qui n'avait pas été oisive tout ce temps, frappait avec dextérité. Elle frappait pour faire peur d'abord puis sur les derniers coups pour terrasser. Le plat de la main posé sur le pommeau de son épée, prêt à donner l'impulsion mortelle et à embrocher définitivement le corps de l'infâme créature. Mais Elemiah ne tuer jamais par plaisir, il ne suffirait que d'une clé pour qu'il renonce à achever son geste.
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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 17:11




« Tu es en enfer. Je ne reçois d'ordre que de mon Prince. Toi et tes plumes blanches n'ont rien à faire ici. »
« Tu me donnerais la clé et je devrais y croire »

L'oeil de serpent de Kelen se posa sur le séraphin. Derrière eux, Mika'il essayait de parler, mais il avait été clair que Bélial n'aurait pas aimé entendre ses cris en dehors de leurs séances. L'enfer était si calme, et hormis le clapotis des vaguelettes de lave et de le crépitement furieux des flammes. Oui. C'était bien trop facile, mais Kelen présidait aux orgies. Il n'avait jamais été question pour lui d'être un guerrier, tout au plus un voyeur qui laissait ses fantasmes jouaient au fond de sa cervelle. Elle n'était pas grande, et ne portait qu'une hémisphère « libido ». Un drôle de cortex qui ne lui permettait pas d'aller plus loin dans la hiérarchie. Bélial était différent. Il était plus que ça. … Mais il n'était pas encore là, et l'épée sous sa gorge, c'était la gorge de Kelen. Et pas celle du Prince... Satané séraphin.

« S'il faut te renvoyer au plus profond de l'enfer pour avoir ce que je suis venu chercher je le ferais démon. Aucun de tes charmes n'aura d'effet sur moi, épargne toi le désagrément. »
« Ce n'est pas moi qui l'ait précipité... »

La couardise mélangée à un peu de vérité donnait toujours quelque chose de blessant. C'était que Kelen avait juste obéit, lui. Il s'était mit à son poste. Bien sûr qu'il le garderait, mais pas jusqu'à la mort. Il ne fallait pas non plus jouer. Bien, juste pour l'honneur, il sortit de son fourreau l'épée des démons de basses fosses, vieille, à la lame d'ébène, et frappa aussitôt le fer blanc de l'épée angélique. Il ne passerait pas. Pas ici. Kelen se défendit. À un moment, il du étendre ses ailes de peau dans son dos pour suivre, puisque Elemiah s'envolait dans ses plumes d'aigle et de cygne. Ils se battaient. Kelen suivait avec du mal, mais il résistait un temps soit peu, jusqu'à qu'il perde. L'épée allait le tuer. Il ferma les yeux et laissa tomber son épée. Pas question de mourir pour une stupide histoire de clef. Ah non! Une clef noire apparu dans les mains du démon, qui avait sur le visage cet air faussement vexé. Si Bélial perdait Mika'il des yeux, c'est lui qui serait puni. Kelen monterait en grade. Au final, ce n'était pas si mal réfléchi... La clef était la bonne, mais on aurait pu en douter, vu le sourire amusé et narquois du démon des orgies.

« Si on te demande qui te la donner, tu diras qu'il était petit et gros, avec des serpents pour cheveux. »

C'est avec un petit rire que le démon retomba sur le sol, sous sa forme la plus primitive – chaque démon avait droit à deux formes – et détalla. Son corps était étrange, mélange de néant et de suie. Une drôle de créature à deux bouches, et à quelques rangées de dent. Qu'importe, puisqu'il disparu, laissant seul Mika'il et Elemiah, et puisque la créature était partie, le sort de mutisme se rompit. Mika'il siffla.

« Tu ne devrais pas être ici, repars Elemiah, je t'en supplie. S'il te trouve, il t'arrachera les ailes! »

C'était un souffle, pas un cri, mais ça avait la même puissance, et ça venait du coeur.


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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 17:48
Enfin l'incube céda, montrant cette vilaine figure, la véritable. Elemiah abaissa son épée aussitôt qu'il prit la clé. Une clé d'acier noire? A regardait l'expression du démon, il se demanda s'il faisait bien de croire que cette fois ci on lui donnait la bonne clé. Avant de détaler le démon donna une dernière instruction:

« Si on te demande qui te la donner, tu diras qu'il était petit et gros, avec des serpents pour cheveux. »

L'ange haussa les épaules, rentrant l'épée au fourreau. Un petit gros aux cheveux de serpents. Ces mots auraient bien pas sonné dans la bouche d'un ange et de toute manière, Elemiah ne comptait pas se justifier devant les démons. S'il avait cette clé ce serait qu'il l'avait voulu et voilà tout. Il ne se perdrait pas en veine parole.

« Tu ne devrais pas être ici, repars Elemiah, je t'en supplie. S'il te trouve, il t'arrachera les ailes! »
« Mais c'est ma promesse que tu tiens Mika'il. Je me suis précipité seul pour toi, et en connaissance de cause. Que mes ailes soient arrachées s'il doit en être ainsi. »

Un battement de ses ailes aux plumes hétérogènes si différentes, si loin de la superbe droiture des ailes de Mika'il même à présent qu'elles avaient perdu leur blancheur virginale. Le séraphin s'éleva jusqu'à l'archange, humble mais secourable. Lui n'était pas encore à bout de ressources. Il avisa les milles serrures toutes différentes et il sut que la dernière qu'il essayerait serait la seule valide. Mais il devrait en passer par les neuf cent quatre-vingt dix-neuf premières. Un étrange signe. Sans plus tarder Elemiah se mit à l'ouvrage. Il travaillait vite, son regard cherchant d'abord les formes qui lui semblaient les plus logiques mais en enfer on ne pouvait se fier à rien. Il échouait neuf cent quatre-vingt dix-neuf fois sans se décourageait. Sa détermination était d'autant plus vive qu'il avait senti le souffle de Mika'il le repousser par amitié, et il savait aussi que Bélial viendrait bientôt. Le séraphin travaillait avec des doigts d'artisans minutieux et les serrures tombaient une par une jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'une. Elemiah retourna un sourire confiant vers Mika'il, qu'il embrassa d'un bras autour de la taille, anticipant la chute qui suivrait la libération. Il le retiendrait qu'importe le poids du jugement divin. Il tendait son bras libre vers la millième serrure et l'atteignait avec quelque difficulté. Un premier clic significatif se fit entendre mais le sol tremblait déjà des pas d'un nouveau démon dont Elemiah ressentait la puissance jusque dans les bras de Mika'il. Il devait faire plus vite et donner à la serrure les mille tours qu'elle demandait pour libérer Mika'il.



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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 18:34



« Tu ne devrais pas être ici, repars Elemiah, je t'en supplie. S'il te trouve, il t'arrachera les ailes! »
« Mais c'est ma promesse que tu tiens Mika'il. Je me suis précipité seul pour toi, et en connaissance de cause. Que mes ailes soient arrachées s'il doit en être ainsi. »

Mika'il ferma les yeux. Il avait pour seul ressource, non pas le vol, mais sa force intérieure. Si peu de chose. Il laissa faire, sans un mot, et guettait d'un oeil inquiet le chemin par lequel, tous les jours, Bélial venait. Bélial n'était pas réputé pour être très fort, mais il n'en restait pas moins un Prince, et s'il était inférieur à Mika'il, il n'en restait pas moins plus fort tout pendant que sa lance ne serait pas dans ses mains et que ses ailes, si laides maintenant à ses yeux, n'aient retrouvé leur force d'antan. Chose rare, il n'arrive pas. Comme s'il attendait, tapit dans un coin. L'archange sortit de sa paranoïa quand le bras fort d'Elemiah le soutenu, prévenant la future chute. Mika'il était aussi léger qu'une plume, mais il n'en restait pas moins aussi lourd qu'Elemiah, et la dernière des serrures était bien loin. Mika'il quitta des yeux le chemin et posa toute son attention sur la serrure. Il sursauta au premier des cliquetis, alors que le pas déjà frappait le sol. Le visage droit de Bélial, les traits durs quoi que fins, le démon était un exemple de beauté.

« Tttt... On s'amuse sans moi? »

Le fouet claqua sur le sol. La discipline était violente. Les ailes de Mika'il s'ébrouèrent furieusement, et sans qu'il ne s'en rende compte, sa main avait agrippé le reste d'armure d'Elemiah. L'archange avait encore ce visage à la fois dédaigneux et colérique. Bélial le savait, mais son oeil brilla pour autre chose. Kelen avait laissé la clef dans les mains d'un... séraphin? Le regard de Bélial était terrible sur la scène, aussi il se moqua, le sourire amusé en coin.

« Mika'il, qu'est-il ton petit amoureux? »
« Garde ta vilaine salive, Bélial. »
« Ou sinon quoi? Tu vas descendre...? »

Le rictus était malsain, mais pendant cet infime temps, Elemiah avait pu tourner quelques centaines de fois la clef. Le fouet pourtant claqua à nouveau, mais pas Mika'il cette fois-ci, Elemiah. Le fouet claqua dans son dos, attrapa une de ses ailes et le tira en arrière violemment. Mika'il cria. C'était bien la première fois. Mais pouvait-il se taire quand sur le sol, Elemiah était là, et que Bélial approchait? Bélial le regarda, un instant, et eut un sourire moqueur.

« On aurait du me le donner avant, ton petit oiseau, Mika'il. Les coups de fouet ne te font rien, mais à lui... »
« Ne le touche pas, ou je jure que... »
« Que quoi, archange? »

Mika'il grogna et se tourna dans ses chaînes, tendant la main aussi loin qu'il le pouvait pour attraper la clef, mais elle était si loin. Il pigna et l'attrapa finalement, la tourna. Son poignet lui faisait atrocement mal, mais il y arriverait. Il entendit deux coups de fouet, mais ne s'arrêta pas cette fois-ci. Il la tourna, et au millième tour, il chuta. Il étendit ses ailes, mais il ne vola pas. Il ne pouvait pas, tant que sa lance était loin de lui, alors il se fracassa à nouveau sur le sol, sur le dos. Ses côtes craquèrent. Il se releva lentement, à bout de souffle. Le séance d'hier avait vraiment été douloureuse. Bélial releva la tête, et fixa l'archange. La lance était loin, et Elemiah également. Le prince arqua un sourcil.

« Tu veux jouer avec moi? »

… malsain. Tout cela était malsain. Mika'il grogna.


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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 19:09
Le fouet de Bélial siffla terrible et Elemiah ouvrit des yeux terribles en sentant la langue dévorante le lacérer. La sensation qu'une légion de clous ardents s'étaient enfoncé dans son corps lui tira des larmes mais pas un cri. Il endurerait ce martyr pour peu qu'il puisse tourner cette clé une millième fois dans sa serrure. Mais le fouet démoniaque s'enroulait autour d'une de ses ailes. Le séraphin fit volte face pour se dégager mais Bélial le jetait au sol, les genoux dans les cendres. Elemiah sentit le sang couler en rivières tièdes sur son dos quand la lanière du fouet le quitta. Mais ce n'était que pour mieux revenir frapper. Elemiah serra les poings, fermant les yeux dans un expression douloureuse mais chaque fois son regard revenait à Mika'il. Il l'avait entendu crier. S'il fallait devenir démon pour avoir la force de l'élever il le ferait mais il n'était pas non plus aidé par la lance de Mika'il qui pesait toujours à son flanc. Il était trop loin pour la lui jeter et il n'aurait jamais laissé Bélial mettre la main dessus.
Posant la main à la garde de son épée, le séraphin para un coup de fouet mais la lanière avait déjà réduit à moins que rien les pièces de son armure. Quelques coups avaient suffit pour qu'Elemiah se retrouve en habit de soie fine, rougie par le sang.

Quand Bélial releva son fouet, Elemiah bondit sur ses jambes, les ailes déployées pour le protéger. A nouveau il flamboyait. Il semblait féroce et entêtait. Il ne laissait pas la peur gagner son coeur car il savait qu'il ne pouvait avoir le dessus sur le prince Bélial. Quand la lanière du fouet fondit sur lui le seraphin tendit la main pour s'en saisir. La lanière s'enroula à son avant bras, dévorant la chair de l'ange comme un acide démoniaque. Elemiah poussa un cri terrible mais il ne lâchait pas car pendant qu'il retenait le fouet ardent, Bélial n'avait plus toute liberté et il ne donnerait pas du fouet à Mika'il pendant qu'il se libérait.

L'archange tomba au sol et Elemiah lâcha prise. Son bras retomba contre lui ruisselant de sang et exhalant une épouvantable odeur de chair brûlée. La douleur était enracinée jusqu'à l'âme de l'ange mais il ne se laissait pas abattre. Entre ses larmes il regardait Mika'il et Bélial échanger quelques mots.

« Tu veux jouer avec moi? »

Elemiah ne laisserait pas faire de toute façon. Il ne guérissait pas aussi vite des blessures que Mika'il, mais il avait sa volonté de fer, avec ou sans armure. Son épée fermement tenue d'une main, il battit des ailes fondant vers Mika'il dans l'idée de lui remettre sa lance. Mais le laisserait-on faire? Rien n'était moins sûr. Il tendit le bras vers Mika'il, levant l'épée sur Bélial dans un bond souple. La lance était à portée de main. Si proche.
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Re: Lux æterna luceat agnus dei, Domine.

le Dim 25 Avr - 20:22


Mika'il se releva aussi vite qu'il le pu, et même si ses jambes tremblaient encore de faiblesse, elles restaient droites.

« Tu veux jouer avec moi? »
« A un jeu catholique, alors. »
« Toujours. »

Diversion. Bélial s'en rendit compte trop tard. Le fouet claqua, mais dans le vide. Elemiah était si proche, et sa lance... Le fouet claqua et entoura l'épée du séraphin, la lui arrachant, mais cela était assez pour que Mika'il s'avance et attrape sa lance, la détachant du flanc d'Elemiah dans un mouvement ample et pourtant fort. Mika'il et sa Lance. Les ailes de l'archange se déployèrent, et si rien n'avait changé, son aura était davantage blanche et inquiétante. Bélial recula d'un pas, en grognant pour lui. Mika'il était encore blessé, mais il avait maintenant sa lance, et à la clarté même du métal blanc, rien n'aurait pu l'arrêter. Pas ici. Il fit quelques pas, se mit devant Elemiah et regarda Bélial qui commençait déjà à paniquer. Quel genre de sort réservait-on à ceux qui nous font du mal? Un démon aurait prit sa revanche. Mika'il n'était pas un démon.

« Tu sais que tu n'es pas de taille, Bélial. »
« Tu... tu devais être puni. Tu as été puni par les tiens. » Mika'il hocha la tête.
« Je suis Mika'il, Chef de la Milice Céleste. Vas-tu te lever contre moi? » Le démon secoua négativement la tête, reculant encore. « Alors cesse de parler et ouvre le chemin. »
« Tu sais que je ne le peux... »
« Tu le peux, si je te l'ordonne. » Mika'il approcha, les ailes étendus, comme un ciel marquait de milles étoiles. « Démon, cela est mon ordre. Ouvre le chemin. »

Bélial regarda l'ange. Aucune chance. La mort, ou la fuite. Stupide chose. L'archange fit tourner dans ses mains la longue lance, et Bélial serra davantage son fouet. Ce dernier s'éleva en l'air, mais quand il claqua, entourant la lance du destin, une lumière éclatante remonta tout son long et brûla violemment la main du démon qui tomba à la renverse sur le sol. Le regard de Mika'il était dur, peu prompte à écouter. Il voulait ce portail, et il l'aurait. Fuir n'aurait été qu'une honte comme une autre. Les plumes se dressèrent, en un cercle dans son dos.

« OUVRE TE DIS-JE! »
« Plutôt mourir...! »
« Tu n'auras pas besoin de cela, Bélial. »

Cette voix. Mika'il resta sans ciller, les ailes bien droites. Devant lui, trois anges se montraient, mais ces derniers étaient déchus. Mika'il reconnu les traits de l'un d'entre eux, et aussitôt le nom des deux autres lui vient en tête. En tête, avec trois paires d'ailes noires de nuit, c'était un visage dur et jadis beau qui se montra. Belzébuth, au visage de jadis. Un proche du frère de Mika'il. De loin. À côté de lui, le visage fier et arrogant, aux cheveux rouge de feu d'Eurynome, grand croix de l'Ordre de la Mouche. De l'autre côté, le visage esquinté de Moloch, portant sa fidèle épée. À leur pieds, Kelen rampait sous sa forme la plus bestiale. Mika'il fronça un peu les sourcils alors que Bélial souriait en coin. Du renfort, hein? Pas même digne, ces démons. L'archange resta pourtant droit et noble.

« Tu as été jugé pour dix siècles, Mika'il. Tu sais combien il me coûte de te garder ici, aussi, ne rends pas ton séjour plus difficile qu'il ne l'est... Rends toi, et ton frère se verra relâcher. »

Les anciens démons avaient la parole facile, mais un pacte était un pacte. Mika'il regarda Elemiah, et serra les dents. Il était libre à présent. Il était libre, soit, mais face à trois princes de sa puissance. Trois contre lui, c'était vraiment trop. Encore qu'il avait échappé au tête à tête avec Lucifer et Lilith. Ces deux là... Mika'il ne cilla finalement pas.

« Je repartirais d'ici, car tel est ma voie, Belzébuth. Pardonne l'intrusion de mon frère. Je ne pensais en rien vous faire du tord, mais... Je ne peux pas abandonner mon ancre, ni ma place là-haut. » Belzebuth regarda Elemiah, puis Mika'il. Il fronça un peu les soucils, et soupira.
« Je ne peux pas te laisser aller. Cela me soulagerait. Je n'aime pas avoir tant de lumière ci-bas, mais les ordres sont supérieurs... Si tu pars, cela me retombera dessus, et ce pauvre Bélial devra, encore une fois, redevenir cendre. »
« Je le comprends. Mais si je dois me battre pour sortir, alors je me battrais. » Moloch eut un rictus.
« Tu ne pourras pas nous battre, Mika'il. Je ne doute pas de tes capacités, mais ne nous sous-estime pas. »
« Je le sais. »
« A quoi bon se battre alors? »

L'oeil de Mika'il brilla. Il aurait dit qu'il avait la foi que tous auraient rit, aussi il ne fit rien. Il étendit sa lance, et Moloch – maître des lames – eut un rire, s'avança guilleret et dégaina sa longue épée. La sienne n'avait rien d'une épée règlementaire. Elle était tout simplement maléfique, au sens propre du terme. Des chiens néantiques, des esprits la parcouraient. Mika'il étendit ses ailes, et se prépara. Moloch seul serait dur à battre, mais si en plus les autres s'y ajoutaient... Non. Il n'avait aucune chance. Mais pas question de fuir. Le premier impact fut le plus violent. L'épée de Moloch frappa la lance de Mika'il qui bloqua l'estoc avec facilité, mais ce n'était pas ça qui fit le plus de bruit. C'est la lumière divine rencontrant le néant de l'épée qui fit des étincelles, et finalement explosa. Les coups furent de plus en plus violents, mais peu aurait pu les suivre. Les quatre ailes de chair de Moloch s'étendirent et tremblèrent, non pas de peur, mais comme pour faire peur à l'ange. Ce dernier dressa également ses ailes, mais elles ne bougèrent pas. Il n'avait pas peur. Il recula d'un pas, prit la lance à l'horizontale, alors que Moloch prépara un coup à la verticale. Les deux allaient se frapper violemment, mais tout s'arrêta. Un large cercle lumineux se créa, encerclant tous les démons et tous les anges. Du « ciel » descendaient cinq anges à six ailes. Moloch s'arrêta et se recula, en grognant un peu. Lui qui s'amusait, pour une fois... Il se mit à côté de Belzébuth, devant Kelen et Bélial. Il regardait les cinq anges se posaient sur le sol. Les ailes de Metatron étaient magnifiques, aux reflets pourpres. Celles de Raphaël étaient davantage bleu clair, mais ça n'était pas étonnant puisqu'il était le commandeur des Vertus. C'est le premier qui approcha. Il étendit sa main sur Elemiah, et ce dernier fut aussitôt nettoyé et soigné, et son armure fut à nouveau entière sur lui. Il avança ensuite vers Mika'il, posa une main douce sur son épaule, et la toge fut à nouveau entière, alors que le sang disparaissait de son corps et de ses plumes, rendant à ses ailes la double couleur de nuit et de blanc. Une lourde armure d'argent l'armatura, et il eut le plaisir de voir que même le regard de Metatron n'était pas furieux, quoi qu'il l'était contre Elemiah. Metatron était le supérieur direct d'Elemiah. Metatron s'avança, avec un air de dire « on verra ça plus tard », et avisa Belzébuth, Eurynome et Moloch. Metatron n'était pas aimé. Pas autant que Mika'il. Et dieu sait pourtant qu'il n'avait pas autant précipité de démon que le Chef des Armées ne l'avaient fait.

« Vous l'avez laissé échappé, incapables. » La voix de Metatron était dure, sévère. Eurynome eut un rire hystérique.
« Nous? Nous? Nous ne vous devons rien, Metatron. Retourne donc dans tes nuages. » Siffla Eurynome.
« Metatron, nous règlerons cela plus tard. » C'était la voix de la douce Sandalphon qui caressa le bras de Metatron, déjà posé sur son arme. L'archange grogna.
« Oui, nous règlerons cela au Jugement Dernier. » Moloch eut un rire, rapidement accompagné d'Eurynome.

Les archanges se tournèrent finalement vers Mika'il qui s'était mis, instinctivement, devant Elemiah. Il était Chef du Conseil. Même Metatron et sa frappe légendaire n'aurait pu lui faire de mal, et si oui, alors sans doute que ce mal aurait été rapide et sans douleur. Metatron avisa le premier, et finalement ouvrit le chemin. Raphaël regarda Mika'il avec un petit sourire, et c'est Uriel qui s'approcha de Mika'il et l'enlaca dans ses bras, se recula. Mika'il le regarda, étonné, et Uriel souffla du bout des lèvres.

« C'était une épreuve, Mika'il. Une épreuve... »

Les cinq archanges avaient reculés. Metatron s'envola le premier, suivi de Raphaël et de Sandalphon. Uriel les regarda et leur montra le haut, les invitants à les suivre. Mika'il eut un sourire moqueur et amusé. Décidément... Il se retourna vers Elemiah, ramassa son épée et la lui tendit, avec un sourire sincère.


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