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Wear your scars with pride.

le Lun 10 Mai - 15:59


Rafael a le regard clair ce soir. Il n'a pas de sourire – jamais. La guerre, il la déteste, mais c'est la seule chose à laquelle il est bon, avec la lecture. La lecture éternelle des plus grands fous de l'histoire. Rafael est un géant d'intelligence, quand sa soeur, juste à côté de lui, le regarde avec ses yeux qui ne savent rien, mais qui brillent d'ignorance. Une beauté rare dans un monde de sang. Rafael l'a préservé, elle. Du sang qui a ruisselé sur leur nom. Céleste de Nicée n'est pas une Thébaïde. Elle n'a rien de sa mère, ni les traits ni la vulgarité. Elle est la fleur sage et blanche que Reagan a longtemps gardé, jalousement, à l'abri de tous les regards. Rien de malsain, rien de pervers, juste une méfiance au plus haut point. Ce n'est pas tous les jours qu'on a des enfants Thébaïde sous son toit, et se retrouver lier de loin ou de près à cette race équivaut à des ennuis – tôt ou tard. Rafael a le regard des Nicée, ces yeux clairs et ambré, mais il possède les traits d'Hugolin, la carrure d'Izaak. Fin et petit, quoi qu'un peu plus que les siens, c'est un loup dont on ne connaît pas le pelage. Inconnu au bataillon. Certains jureraient que son loup est identique à celui de Jacob, l'ancien des Thébaïde, mais qui peut le savoir? Même Reagan et Céleste ne l'ont jamais vu auparavant, et il ne le montrera pas ce soir. Jamais. Ce soir, c'est le Rite, il n'a pas le droit de le gâcher. Alors doucement il entoure ses mains d'un épais bandage blanc, pour protéger ses phalanges, même s'il sait déjà qu'il les brisera durant la bataille. Il est calme. Il sait bien que ce soir, il gagnera. Ce qui l'inquiète, c'est de revoir sa mère ce soir. Sa famille. S'il perds... Non. Il ne perdra pas. Il ne peut pas perdre. Rafael enfile sa lourde armure noire, une armure mongole, du seizième siècle, avec une fourrure de loup noir ornant son col de plaque dur. Du fer blanc pour toute protection. Pas d'épée, pas de poignard. Il a décidé de gagner à la force des poings, et ce, contre n'importe qui.

Dehors, le cor résonne. C'est l'appel.

Quand Rafael sort de la chambre, Céleste et Reagan l'attendent, le sourire calme. Reagan a l'air fier. Il sait que ce soit, Rafael prends une grande décision. Il prendra le tournant de sa vie, ou tout du moins un des premiers tournants. Ils sortirent ensemble de la chambre. Rafael avait de grandes foulées. Malgré sa petite taille, il imposait. De par son manteau qui claquer à chaque fois et lui donner un air aussi méprisant que machiavélique. Il avait dans le regard cette pointe de fureur qui suffisait à repérer les guerriers. Rafael était un homme d'épée, et de lecture. Il n'écrirait jamais, ne chanterait jamais. Il était juste fait pour cela. Pour se battre et lire. Éternellement.

À sa gauche, Johann était accompagné de tous ses frères, de sa mère – Héméra de Sophène – et de leur père, le bon vieux Loki de Lassithi, toujours souriant. Ce soir, ses quatre fils passeraient le rite, et il savait déjà que l'un d'entre eux perdraient, si ce n'est pas tous – mais en somme, il ne s'inquiétait pas. Lui même avait été vaincu par le passé, et par Reagan. Une défaite cuisante. Mais cela ne l'avait pas empêché de former sa propre meute avec sa belle Héméra, et d'être le meilleur ami de Reagan après. Le Rite n'était pas un ring de boxe où on réglait ses affaires. Juste la démonstration de sa force – et encore.

Johann n'était pas perplexe. Il avait le regard droit, le visage fier. Il était de bonne humeur – personne ne mourrait ainsi. Habillé des fourrures blanches de Norvège, ils avaient tous le même accoutrement, et les mêmes épées. Sindri, le plus petit de tous, traînait derrière et regardait autour de lui pour voir où pouvait bien être cacher Sasha, mais rien. Ses cheveux bleus clairs, sur la fourrure blanche immaculée, le rendait presque divin et beau. Sindri était fier de porter le vêtement traditionnel des Lassithi. Jonas et Oskar, eux, restaient un peu en retrait bien qu'ils furent au milieu du groupe. Cette petite bataille ne leur disait rien qui vaille. D'une, car s'ils tombaient sur plus fort, ils ne s'en remettraient jamais, et de trois, car aucun d'entre eux ne voulaient se battre avec une personne déjà connue. Et aussi, aucun n'aurait supporté de voir Sindri se faire battre sans rien dire. D'où l'importance du Rite, qui apprenait le calme et la retenue.

Plus loin, Kirill approchait. Devant lui, la figure emblème de Wolfgang, le visage détendu. Wolfgang n'avait rien perdu de cette force légendaire, et puisque Moëris était occupée quelque part en Slovénie, il devait bien remplir les fonctions les plus élémentaires. Derrière Kirill et ses fils, Lycaon faisait pâle mine. Il se rappelait avoir lui aussi passer l'examen, et s'être fait rabaissé plus bas que terre par un arrogant... Mais qu'importe. Ses fils à lui tenaient des autres, des plus grands, aussi tous ne perdront pas. Lyov, déjà, affichait un air amusé en regardant les allemands. Ils étaient, à première vue, les plus dangereux avec les fils de Masael et le fils de Reagan. En somme... On est jamais à l'abri d'une mauvaise surprise.

Sieg, l'allemand aux cheveux de blé, le savaient. Si Lennard et Rainer affichaient des airs tout à fait entendu, comme si la victoire était déjà acquise, aucun d'entre eux ne pensaient pouvoir perdre. Dans les pattes de Sieg, Franz – le dernier des allemands, à peine âgé de sept ans – regardait avec admiration Rainer, qui était le leader de ses frères. Du côté de Lycaon, Miroslav le regardait, avec un petit air mauvais. C'était que quelques jours auparavant, une petite mésentente avait forcé les deux caractères à s'opposer. Miroslav le fier et Rainer le trop-sûr-de-lui... Un choc des titans. Mais qu'importe.

Ce soir n'était pas soir de rancune. Wolfgang fit le tour du grand cercle qui avait été tracé sur le sol, avec du sang de bœuf dans le sable fin blanc, et s'arrêta en son centre. Tout autour du cercle, les familles s'étaient rejointes, en grande meute. Ainsi on voyait ici les De Thèbes, représentait par Vitaly, Kirill et Lycaon, avec leur famille respective. À leur droite, on voyait Masael et Leah, leur fils derrière eux. À leur droite à eux, on voyait Loki et Héméra, et leur meute. Encore à droite, Reagan et ses deux enfants, bien que juste à côté, les Thébaïde exilés s'étaient reunis. On remarquait rapidement la présence d'Izaak, qui était de tous le petit petit avec son mètre soixante cinq, puis Hugolin à sa droite, le tenant par la hanche, fermement serré – comme si il y avait de la jalousie dans le geste. Derrière eux, les autres s'étaient réunis en la personne de David, Noah, Evie. Nul à leur côté que Reagan. Il fallait passer à gauche des De Thèbes pour voir le visage des allemands, dont le père n'était autre que Sieg d'Anhalt. À leur gauche, on trouvait les peuplades touaregs, dirigé par Amar, et à leur gauche à eux, on retrouvait le visage doux d'Elisheva de Judée. Et enfin, pour boucler la boucle, on retrouvait le visage de Leto de Lycie.

Wolfgang les regarda tous, se racla la gorge, et finalement parla, de ce ton singulier qui se voulait grave et chaud à la fois :

« Je déclare ouvert la Cérémonie de la Lune Rouge. Comme vous le savez tous, c'est après cette nuit que vous deviendrez, aux yeux des loups adultes, des adultes vous aussi. Vous recevrez ainsi le titre de noblesse et le choix de rester ou de partir. Vous serez ainsi responsabiliser, et vous choisirez votre vie, votre épouse, votre maison. Vous serez libre de faire ce que vous désirez. » Wolfgang hocha la tête pour lui même. « Dans la mesure du possible. Bref. » Il sortit de sa poche un parchemin jauni, vieux de quelques centaines d'années, brûlées par endroit. Ridicule, puisqu'il avait écrit ce matin même sur le papier. « Ce soir aura lieu vingt cinq duels jusqu'à l'aube, que les conseillers ont choisi afin que les duels soient équilibré au maximum. » Il recula de quelques pas. « Les règles sont simples. Le premier qui tombe sur le sol, sur le dos, le premier qui sort du cercle, le premier qui a un os cassé a perdu. L'adversaire sera alors vainqueur. Aucune revanche possible : ce n'est qu'un duel, pas une guerre. » Wolfgang plia le papier dans sa poche, comme il avait déjà les noms en tête. « Nous commencerons donc pas le duel de Johann de Lassithi contre Rafael de Nicée. »

Silence totale. Wolfgang sortit du cercle sans un mot, et Rafael s'avança. Johann en face avança également. Les deux adversaires avaient l'air tout à fait calme, et si Johann était plus grand que Rafael, le De Nicée ne tremblât pas. Rafael sentait le regard anxieux de son père sur lui, et le regard incisif des Thébaïde dans son dos. Également. Qu'importe. Il retira calmement son armure et la laissa glisser sur le sol. Johann arqua un sourcil.

« Tu veux faire ça sous l'autre forme? » Rafael le regarde et secoua un peu la tête.
« Fais ce que tu veux, Johann. »
« Mh... okay. »

Johann avait pour lui l'atout de la taille, mais Rafael n'en avait que faire. Johann se recula un peu, eut un petit grincement de dent avant que quelques poils ne volètent autour de lui dans un craquement d'os. Johann ouvrit sa large gueule, et claqua des dents. Rafael le regarda, sans peur, sans colère. D'un calme plat. Derrière lui, Céleste le regardait, inquiète et fière à la fois. L'immense loup en face du Nicée portait un pelage sombre, couleur de terre, marquait d'un trait blanc sur le museau. Si autour du cercle, nul n'avait jamais vu le pelage que Rafael portait, il ne le verrait pas ce soir non plus. Pas question. Wolfgang avisa la scène, toussa :

« Êtes vous prêts? »

Le loup hocha la tête, et Rafael fit de même. Il recula d'un pas. Rafael était quasiment torse nu, avec pour seul armure, sa peau. Son torse se dessinait, finement musclé, derrière le tissu léger de son t-shirt à manche courte. Rafael était un guerrier au delà des guerriers. Il avait lu le Bushido, la voie du guerrier japonais. Il avait lu les écrits de guerre de César et des anciens asiatiques. Il avait lu comment tuer son adversaire en deux coups. Il avait lu tant de chose, et dans la pratique, il se relevait être à la hauteur de sa réputation. La force des Nicée et des Thébaïde contenus en un seul être. Il avait tout pris à Céleste, et lui avait laissé la beauté. Lui avait eut la force, la puissance, et ce côté effrayant qu'ont les loups. Johann n'avait pas peur en face. Trop bipolaire. Il ne connaissait pas la peur, et derrière son pelage épais et duveteux, ce pelage de norvège qui protège des grands froids, il ne craignait rien – pas même la mort. Le regard de Rafael se fit plus fin, plus terrible. Johann bondit finalement, la gueule dégoulinant d'une épaisse salive. Avec un seul poing, Rafael cogna le museau et l'animal recula aussitôt, couinant de douleur. Insupportable à l'oreille. Loki ferma les yeux et sentit son corps se raidir, comme le bruit était un supplice. Les Thébaïde, eux, riaient en coin, en silence dans l'obscurité qui les entourait. Rafael ne cilla pas. Ses bandages étaient déjà marqué de sang – mais ce n'était pas le sien. Il s'approcha à nouveau, et le lycanthrope se dressa sur ses pattes arrière. Johann avait switché. Plus question de rire. Un coup de patte vola et le fit tournoyer. Le vêtement déchiré montrait alors à tous un filet de sang coulait. Rafael grimaça et le loup fonça sur lui, cherchant à l'expulser, mais Rafael l'arrêta aussitôt, sur place. Johann ouvrit la gueule et Rafael, avec ses mains, attrapa les épaules de l'animal et le poussa. La lourde gueule se referma sur l'épaule de Rafael, mais ce dernier ne fit que ciller, et ne lâcha rien. Le loup et Rafael se regardaient. Johann était furieux. S'il se décalait, il allait le tuer. Rafael resta un instant sans dire un mot, sans agir, juste à le contenir avec ses mains, et finalement sentit les crocs se dégageaient de sa chair. Goût de sang. Le regard de Rafael brilla, et de l'ambre clair il passa au rouge vif. Les Thébaïde resta muet, et Reagan fronça les sourcils. On ne connaissait cette particularité que chez Seth et Moëris. Pas chez les Thébaïde, ni chez les Nicée. Johann ne le remarqua pas, mais Rafael le repoussa d'un coup sec. Le loup glissa de quelques mètres en arrière, sur les griffes, et ré attaqua. Rafael l'attendit, un instant, et leva le pied. Le coup partit et il y eut un bruit d'os brisé. Johann roula sur le sol, dans une boule, dans un couinement horrible. Et resta ainsi.

Silence.

Rafael se remit en place, regarda ses plaies déjà refermées, mais sentit la douleur dans son épaule. Il soupira. Wolfgang s'avança sans un mot, alla voir Johann qui reprenait alors sa forme humaine. Bien amochée. Il se releva lentement, tremblant un peu de douleur, et on lui mit une serviette chaude autour des épaules, de sorte qu'elle tombe jusqu'à ses mollets. Sa mâchoire se remit d'elle même, et il approcha finalement Rafael et lui tendit la main. Rafael eut un sourire léger, et ils se serrèrent la main.

Wolfgang prit le poignet de Rafael et le leva.

« Rafael de Nicée remporte. »

Rafael et Johann se séparèrent.

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Re: Wear your scars with pride.

le Lun 10 Mai - 19:46
Ce matin là, on avait trouvé Sasha debout de bonne heure. Ou plutôt on ne l'avait pas trouvée, et d'ailleurs elle n'avait pas dormi. Mais on ne s'inquiéta pas parce que Sasha avait ses petites fantaisies et puis parce qu'elle n'était pas du tout le genre à faire le mur. D'ailleurs en dehors de celles attribuées à sa maladresse, Sasha ne faisait pas de bêtise alors c'était plus facile de lui faire confiance.
Elle était tout simplement sortie sur la plage, après avoir aidé Kira, Khôma et Mishka a ranger. Lev avait disparu à un moment dans la soirée et Ella et Oskar c'était éclipsé suite au passage éclair de Linda. Sasha n'aimait pas spécialement les propos de la blonde de Barcelone, mais elle n'avait jamais rien dit. Après tout les gens pensaient et faisaient ce qu'ils voulaient. C'était ainsi qu'elle voyait les choses en tout cas.
Alors, pendant que tout le monde s'agitait, Sasha Orlov, quelque part en dessus ou en dessous de tout, s'était éclipsait pour aller voir le soleil se lever sur la plage. Quand elle sortit de sa contemplation et de ses jeux d'enfants, elle trouva la maison vide avec un petit mot de la part de son père sur la table de la cuisine.
Sans trop se presser la jolie brunette se fit une tartine de pain grillé avec du beurre sur le dessus, elle adorait le beurre et elle avait toujours dit que c'était pour ça que les boutons d'or se reflétaient aussi bien sur la couleur de sa peau. Allez savoir si c'était à cause des boutons d'or qu'elle aimait le beurre ou à cause du beurre qu'elle aimait les boutons, en tout cas elle avait une vrai passion pour les deux.

Elle grimpa vite prendre sa douche, se disant qu'il ne fallait tout de même pas qu'elle manque la cérémonie du rite. Et puis elle devait donner un porte bonheur à Sindri Lassithie. Et puis elle ne voulait pas non plus manquer les autres, c'était ses amis d'enfance après tout. Même s'il était difficile de dire qui Sasha considérait véritablement comme un ami. On aurait eu tendance à dire tout le monde bien que la petite louve aux cheveux châtains se retrouvât bien souvent à part. Ca ne la dérangeait pas le moins du monde elle. Elle prit un petit sac et se mit à courir vers le lieu où allait se tenir le rite. De loin elle entendit la voix de son grand père qui portait. Mince elle allait être en retard et rater le début. Quelque part avec les autres jeunes loups qui se préparaient au duel, Sindri cherchait quelque chose du regard et s'il ne vit pas Sasha Orlov courir vers lui, c'était tout simplement parce qu'il regardait dans la mauvaise direction à ce moment là. En arrivant tout prêt de lui elle se hissa sur la pointe des pieds et lui colla un gentil baiser sur la joue en ajoutant:

« Bonne chance. »

Et voilà qu'elle avait à nouveau disparue. Pire qu'un lutin irlandais cette Sasha. Elle était allait se mettre sagement dans les rangs aux côtés de ses soeurs. Ella semblait chercher quelqu'un du regard, pas Oskar puisqu'il était bien en vue, ou alors Ella était devenue myope pendant la nuit mais il y avait peu de chance.
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Re: Wear your scars with pride.

le Lun 10 Mai - 20:40
Ce matin là Nora d'Arcadie c'était levée quand sa mère était venue l'embrasser dans son lit. Ca la faisait toujours sourire parce qu'à dix sept ans, elle n'avait plus tellement l'âge. Du moins elle supposait que les autres enfants mortels n'avaient plus l'âge. Elle avait sauté hors du lit, avait déjeuner, c'était douchée et avait mit beaucoup de soin à coiffé ses très longs cheveux blond d'or aux longueurs irrégulières. Un simple lacet de cuir très sombre pour les attacher, c'était ce qu'elle préférait puis elle avait enfilé un genre de longue veste légère et ample, pas vraiment la mode selon les autres filles de son âge mais en ayant grandi auprès de penseurs libres tels que ses parents, Nora ne pouvait guère entrer dans tous les moules. Elle portait un jean et un t-shirt blanc plutôt simple sous sa longue veste et c'était bien suffisant.
Ce matin, elle avait le coeur qui battait un peu plus qu'à l'accoutumée. Sa mère le remarqua mais elle se contenta de sourire sans faire aucun commentaire et Nora l'en remerciait silencieusement. Elle savait que sa mère n'irait pas fouiller dans ses pensées pour savoir si il y avait effectivement une bonne raison à cela ou pas.
Elle prie la main de son père dans un geste aimant et la petite famille, sans doute la plus petite de toutes les familles, se rendit à la cérémonie du Rite.

Lorsque Wolfgang annonça que les deux premiers duellistes seraient Johann et Rafael, Nora n'afficha aucune réaction particulière. Elle évita de jeter un regard à son père pour qu'il ne devine pas trop facilement son coeur. Il la connaissait trop bien mais quelque part elle préférait toujours lui cacher ce genre de craintes. Ce n'était rien du tout comparé à tout ce qu'elle pouvait bien dire à son père. Elle n'avait presque aucun secret pour lui. Elle avait déjà vaguement regardé ses pieds en entendant son parrain parler des perspectives d'avenir qui s'offriraient très bientôt aux jeunes loups de la meute. Elle n'arrivait pas à se sentir tout à fait heureuse, ni tout à fait satisfaite de savoir que certains partiraient, qu'ils feraient tous plus où moins leur vie. Dans ce genre de moment Nora était un peu taciturne même si elle ne perdait jamais rien de sa douceur. Elle avait juste un peu le coeur gros mais n'en montrait rien.

Le duel commença et elle ne fut pas surprise de voir les deux adversaires rivaliser de témérité. Pas une once de peur chez les deux garçons. Le poing de Rafael s'abattit sur le museau de Johann et comme celui-ci gémissait de douleur, Nora, par réflexe, détourna le regard, trop peu accoutumée à voir des scènes de violence et puis... sous peu elle sentit une larme rouler sur sa joue. La voix douloureuse du loup blessé lui était insupportable et quand elle voulut regarder à nouveau ce fut le sang de Rafael qui se répandait. Nora resta donc blottie dans les bras de son père pour le reste du combat, tournant le dos à la scène mais il ne lui fallut guère de temps pour comprendre que c'était son favoris qui perdait, son étrange ami.
Nora quitta les bras de son père, un peu honteuse. Les autres filles avaient regardé sans mal mais elle,... ses parents étaient sans doute trop pacifistes et elle même n'étant pas louve, les choses lui parvenaient forcément différemment. Elle suivit Johann du regard, le temps de se demander s'il serait d'humeur ou pas. La pauvre Nora était toute pâle dans son habit de marcheuse et comme elle s'éloignait, en même temps que tous les autres voir Rafael et Johann, Kohar la regarda faire puis retourna un sourire mutin vers Kveld.

« Est-ce que ça va? », demanda-t-elle d'une voix blanche.

Elle savait bien que oui, dans le fond il n'y avait peut-être même qu'elle qui se sentait mal à ce moment précis. Elle le détailla une seconde, ses yeux vert d'eau retracèrent les quelques endroits où les blessures se refermaient puis elle détourna le regard pour féliciter Rafael. Quand tout fut dit, elle porta son regard vers la forêt sombre avec l'étrange envie de courir s'y enfoncer et de rester seule. Ca lui prenait de plus en plus souvent ces temps-ci et elle savait bien pourquoi. De loin elle croisa le regard de Lucian. Lui aussi savait, mais le jeune homme resta les lèvres scellées et là laissa s'écarter du groupe discrètement, tandis que tous les autres entouraient leurs champions, tant que personne n'aurait l'idée d'y prêter attention. Lucian serra les dents et prit l'air de rien comme il savait si bien faire. Parfois on avait l'impression que les émotions ne marquaient pas son beau visage. Il était si différent de ses frères.

Dans la forêt, seule, loin des duels et du sang et des loups, Nora se laissait glisser, dos à un arbre large, pour pleurer. Quel étrange chose que de grandir n'est-ce pas?
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Re: Wear your scars with pride.

le Mar 11 Mai - 14:42


La petite tête attendait patiemment, quoi qu’on l’aurait dit agiter puisqu’il regardait de tous les côtés possibles, afin de chercher la petite Sasha. S’il venait à perdre, il voulait au moins le faire dignement, et pas vraiment devant Sasha. Devant toutes, mais pitié, pas Sasha, la belle petite Sasha… Qui venait d’ailleurs d’apparaître à ses côtés, comme une luciole dans une nuit noire. Un bisou sur la joue, qui fit s’empourprait le jeune homme, son visage jurant avec ses beaux cheveux bleus, et elle repartit aussitôt… Oh. Un écho dans son crâne attestait qu’elle fut bien là, à ce moment précis, et que la chaleur de ses joues n’était pas due à son imagination.

« Bonne chance. »

Ah… mh. Oui. Il aurait presque oublié ces détails. Sindri attendait le moment où il entrerait lui aussi en piste, mais en voyant son frère sous les crocs assassins de Rafael, un instant, un instant seulement, Sindri se demanda s’il serait à la hauteur de ses frères, et plus encore, si il voulait vraiment y aller. Le sang gicla, et par réflexe, Sindri ferma les yeux, sans un mot. Il n’aimait pas cette odeur. Elle lui donnait la nausée. Derrière lui, la main douce de Jonas lui serra la main dans un geste affectueux. Sindri se détendit. Le combat se finit ainsi.

Johann serra la main de Rafael, et tous deux se séparèrent comme il était de coutume de faire. Rafael se dirigea vers les siens. Reagan le serra contre lui, le visage trop fier pour se cacher, et baisa son front. Le jeune homme, entre les mains de son père, eut un sourire timide – l’expression la plus significative sur ce visage de marbre. A côté, Céleste le regardait avec toute l’admiration du monde. Les Thébaïde approchèrent en silence, mais s’arrêtèrent. Nora passa féliciter Rafael qui hocha la tête, comme tout le monde faisait pareil et qu’il n’y voyait rien d’exceptionnel. Une fois que tout le monde eut passé, Rafael se retourna et regarda les Thébaïde, groupuscule dangereux sentant le sang. Izaak resta en arrière, en silence, et Hugolin se détacha de lui, tendant une chevalière qu’il tenait dans le creux de sa main. Le regard sévère d’Hugolin, droit et brillant d’une lueur folle, ne demandait rien à Rafael, mais lui ordonnait tout. En silence, le jeune prince de Nicée attrapa la bague, fit une révérence, et l’enfila sous l’œil critique de son père. Côte à côte, la chevalière De Nicée et De Thébaïde se côtoyaient, proche et lointaine pourtant. Rafael avisa Céleste. Cette dernière regardait ailleurs… mh.

De son côté, Johann se remettait. Une petite dizaine de minute suffirait à remettre en place les quelques blessures internes et autres hémorragies. Rien de bien grave, en somme. Seulement, pour Nora – et cela Kveld le savait – la jeune fille ne supportait sans doute pas les couinements du loup perdant. Johann avait beau être terrifiant, ce n’était pas une machine à tuer. Pas contre Rafael en tout cas. Il s’avoua vaincu, salua ses frères, dont Sindri qui, à moitié en pleurs, le regarda comme s’il allait mourir. Loki le regardait, fier. Johann n’avait pas montré signe de peur, n’avait pas fuit, ni faibli. Il était un guerrier maintenant. Loki lui tendit la chevalière des Lassithi, comme il était de coutume, et Johann l’enfila à sa main droite, fier de lui. Puis Nora arriva, un peu chamboulée visiblement. Le visage fier de Johann s’émietta aussitôt, en un masque doux. Cela pouvait sans doute étonner, mais Johann avait cette merveilleuse capacité à changer de comportement en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire. Comme on change de chemise, il changer de visage. Etrange et terrifiant à la fois.

« Est-ce que ça va? »
« Je pense. »

Jamais à l’affirmatif. Johann était trop étrange pour savoir quelque chose. Il doutait de tout, comme on doute de sa propre existence une fois de temps en temps. Il la regarda, avec un sourire un peu gêné. Il avait perdu devant elle. Quelle honte. Il la suivi des regards, comme elle s’éloignait, et bien vite le regard de Héméra le sortit de ses rêvasseries. La mère, plus petite que le fils hélas, l’enlaça tout de même contre elle, fière de lui.

« Comme tu as grandis ! Le temps passe si vite. » Elle lui baisait les joues, avec cet amour tendre qu’ont les mères les plus terrifiantes, de par leur côté maniaque et hystérique. « As-tu réfléchis à ce soir, Johann ? » Le jeune fils la regarda. Loki, ses frères, Loà, tout le monde le regardait, attendant l’ultime réponse. Qui, où, quand. Johann se sentit tout de suite mal à l’aise, mais pas paniqué. Il était posé. Très calme.
« La réponse est-elle pressée ? Ne peut-elle pas attendre la fin du Rite ? » Loki et Héméra se regardèrent, et eurent un rire.
« Si, si, bien sûr. Tout peut attendre. Prends ton temps. Cette décision est importante. »
« Merci. »

Johann hocha la tête et s’extirpa du groupe de loups. Il partit, suivant l’odeur qu’il connaissait si bien. Il n’avait qu’une toge pour tout apparat, et cela ne lui allait pas. Il le savait bien, mais que pouvait-il bien y faire ? il n’était pas spécialement beau. Pas autant qu’Oskar ou Sindri, l’un ayant la beauté de l’arrogance, l’autre de l’innocence. Lui était malade, il le savait, mais ça ne l’empêchait pas d’être réaliste sur de nombreux points.

De loin, le regard de Kveld suivit le mouvement de Johann, comme ce dernier suivait le mouvement de Nora. Le vieux loup resta un instant sur eux, se demandant comment cela se finirait, et il eut une pointe au cœur. Si Johann demandait à sa fille de partir, et qu’elle partait, serait-il vraiment capable de la laisser seule ? était-elle seulement habituée à vivre ainsi ? Bien sûr, Kohar et Kveld l’avait muni face à la vie, mais n’était-elle pas trop jeune, trop faible, trop… humaine, pour ce genre d’escapade louvieuse ? Le petit cœur de Kveld sentit une décharge. Il détourna le regard. Ce n’était pas à lui de choisir.

Rafael, lui, ne donna aucune réponse. Si Evie le priait de venir épouser sa tante, de son côté Reagan lui ne disait rien, et regardait, l’œil mauvais, les Thébaïde. Céleste au milieu n’était plus de ce monde, détaillant au loin les silhouettes De Thèbes, dont l’une en particulier avait retenu son attention. Les Thébaïde grondèrent quand Reagan les menaça, mais reculèrent et disparurent. Ils reviendraient, mais jusqu’à ce moment là, ils seraient tranquilles. Rafael regarda son père, un sourire sur les lèvres. Lui ne pourrait pas choisir de femelle. Il n’en aimait aucune, et n’en aimerait jamais. Car son cœur, loin d’être volage, avait déjà choisi, et qu’il n’y avait là aucun espoir pour lui de voir ce petit crime dévoilait.

« Je pense que je vais partir dans quelques jours, seul. » Reagan le regardait, fier. Son fils était un aventurier solitaire. « Le Mexique me manque… Je pense que j’y retournerais. Cuba, la Colombie… » Reagan lui tapota l’épaule, gentiment.
« Tu voles où tes ailes pourront se déployer. Qu’importe l’endroit, qu’importe quand. Tiens juste moi au courrant. »

Le sourire doux de Reagan fit sourire timidement Rafael. Si son fils avait les yeux rouges et les cheveux noirs, et que jamais on avait vu son loup, si en plus il n’aimait pas les filles mais à elles préféraient les hommes, de tout cela Reagan n’avait pas honte. Il aimait son fils autant que sa fille, et il en était fier de soir. Même s’il avait perdu. Rafael restait Rafael, et il avait les yeux d’or des De Nicée.

Johann, lui, s’enfonçait encore dans la forêt. Le regard clair, le visage un peu inquiet, étonné aussi. Une drôle d’expression qu’on aurait pas su décrire par un seul adjectif. Il s’enfonça dans les ronces, sans le voir, et finalement s’arrêta. Là, devant lui, adossée à un arbre, une jeune fille pleurait. Une jeune fille ? non. La jeune fille. Le norvégien approcha, très lentement, avec un sourire un peu amusé sur les lèvres, et posa genoux à terre, comme il n’était pourtant pas permis de faire. Un seul genou. La main de Johann effleura le visage, mais se retira finalement, comme il n’était pas sûr de ce qu’il faisait. Le loup la regarda, intensément, comme il ne savait pas faire dans la demi mesure.

« C’est moi qui te fait pleurer, Nora ? »

La voix douloureuse de Johann, serrée au fond de sa gorge. Il la força à sortir, mais son ‘bonjour’ se transforme en question. Drôle de question. Il savait déjà la réponse.

Rafael et Reagan regardèrent le nouveau combat venir. Wolfgang, le visage de marbre encore, s’approcha et leva la main en hauteur. Sa voix puissante ramena toute l’attention sur lui, comme il savait si bien le faire.

« Le prochain combat opposera Sindri de Lassithi à Lennard d’Anhalt ! »

Sindri grimaça. Lennard, lui, eut un sourire. Sindri était petit, finement musclé – et encore – et avait ce visage d’enfant encore. Lennard, au contraire, affichait un corps longiligne, long, des cheveux blonds de blé et un air à la Oskar, en plus narcissique encore. Un allemand à la poigne de fer. Pas autant que Rainer – et dieu merci ! Sindri s’avança au milieu du cercle. Dans son dos, le frisson ne voulait pas se détacher de son épine dorsale.

« Allez, j’suis gentil, j’te laisse choisir sous quelle forme on joue. » Sindri le regarda, levant le nez pour croiser ses yeux. Toussota. Héméra, dans le public, le regardait, un peu inquiète tout de même de voir son ‘bébé’ finir là aussi.
« Euh… bah… forme humaine. » Sindri se gratta la tempe. « Ouais, forme humaine. »
« Soit ! »

Lennard enleva ses lunettes. Yeux ambre, typique des allemands. La famille d’Anhalt… Sindri recula à son tour. Ses mèches bleues lui couvraient le front. Dans la foule, même pas dix auraient parié sur Sindri. Et c’était bien normal. Lennard bondit tout d’un coup, et Sindri ne vu pas le poing venir. Ce dernier frappa son épaule, le déstabilisa. Il sembla tomber, un instant, un court instant durant lequel Sindri se ressaisit et se redressa d’un coup sec. Lennard arqua un sourcil. Sindri était si près du bord du cercle. Si près de tombait… le jeune homme aux cheveux bleus retenu sa respiration. Lennard envoya son poing vers la tête du prince de Lassithi, toute la puissance de son corps dans ce fameux poing. Au dernier moment, Sindri se rappela de combien les coups de Oskar lui avaient fait mal, et combien il avait appris à les éviter. Il se décala à peine, et Lennard, emporté par son élan, tomba sur le sol, la tête hors du cercle. C’est dans un fou rire général que Wolfgang apparu à nouveau au milieu du cercle, lui-même amusé. Ça serait sans doute le combat le plus court. Il attrapa la main de Sindri et la leva.

« Sindri de Lassithi remporte. »

Héméra hurla et attrapa son enfant dans ses bras, le serrant contre elle. Jonas et Oskar étaient morts de rire, et Loki derrière avait une pointe de fierté sur le visage. Qu’il était fier que son fils ne soit pas qu’un perdant – bien qu’il aurait largement parié sur celle-ci. Sindri regarda Héméra qui, frénétiquement, le décollait d’elle pour finalement se coller à nouveau. Hystérique. Loki approcha et tendit à Sindri une chevalière, que ce dernier prit tant bien que mal, puisque sa mère encore le berçait dans ses bras, heureuse. Il l’enfila à la main droite, avec bonheur, et finalement sa mère s’en décolla à nouveau.

« Alors, alors ? » Sindri la regarda, un peu étonné. Alors quoi ? « Tu sais déjà ce que tu veux faire, Sindri ? » Le jeune homme réfléchit, et posa ses yeux sur Sasha. Sasha. Sasha. Il regarda Loki, son père, avec des yeux pétillants.
« J’aimerais rester parmi vous. »

Héméra, à nouveau, serrait contre elle l’enfant, fière de lui, et heureuse qu’il reste.
Wolfgang prit rapidement place au milieu du cercle, et leva la main une nouvelle fois.

« Le prochain combat opposera Yasha de Thèbes à Oskar de Lassithi. »

Yasha releva le nez, un peu endormi. Le fils de Lycaon était connu pour être hyperactif, dynamique. Mais visiblement, il n’avait pas beaucoup dormi. Oskar, lui, restait fier et droit. Il se dirigea rapidement vers Ella, et sans demander la permission, et ce même devant Kirill qui posait juste alors son regard sur le prince de Lassithi, Oskar embrassa chastement Ella, lui volant un baiser à goût de risque :

« Ce combat, je le gagne pour toi, princesse. »

Et comme il repartait, il tournait le dos à un Kirill un peu étonné. Princesse… Oskar prit place au milieu du cercle. Yasha s’étira, et son visage se transforma aussitôt. Le seul problème avec les De Thèbes, c’est que même le plus faible d’entre eux restait dangereux, et ce, à n’importe quel moment. La réalité, plus dure encore, était que les fils De Thèbes étaient si particuliers, que leur éducation donnait à ses bambins de dix sept assez de force pour être à la hauteur de tous les autres loups de leur génération. Si Rafael aurait eut la facilité de leur botter le cul, il n’était pas aussi certain de cela avec Oskar. Le prince de Lassithi salua son adversaire, et Yasha fit de même avec un sourire amusé.

« Pile ou face ? »
« Face. » Yasha lança une pièce. Face. « Forme bestiale. »
« Okay, ça marche ! »

Comme Yasha venait de parler, il se changea aussitôt. Le craquement de ses os fut caché par celui de ses vêtements de cuir, et sur le sol déjà, un loup grand de taille et large prenait place. Un tigre aurait été plus mignon. Yasha avait les traits d’un tigre du bengale, avec un pelage orangé, tâché de noir. Le duvet de son poitrail était clair, tout comme le bout de ses pattes. Sa gueule busquée, le museau aplatit lui donnait un air dangereux. En face de lui, Oskar tomba sur ses quatre pattes. La faculté des Lassithi résidait en la vitesse. Leurs loups étaient longs et fins, petits aussi, mais aucun n’aurait pu battre Loki à la course, ni au bond. Oskar partageait cette chose merveilleuse qu’était l’agilité. Semblable à son frère, Oskar partageait lui aussi le mélange de couleur sable et marron. Son loup avait un air terrible comme il grognait et montrait déjà les crocs. Dix huit ans pour en arriver là. Les oreilles droites, les deux adversaires se faisaient face. Wolfgang siffla.

Yasha fut le premier à bondir, mais Oskar, plus rapide, se déplaça sur le côté et attaqua en retour. Sa gueule plongea sur Yasha et lui attrapa la peau du cou, qui, contre toute attente, était plus épaisse et plus distendue que prévu. Il sentit les griffes de Yasha dans son pelage, couina et relâcha finalement la peau du cou. Trop longue. Le regard d’Oskar était droit. Il tournait autour de Yasha qui le suivait du regard. Le fils de Lycaon avait la rage au cœur, non pas qu’il détestait Oskar, mais que c’était sa façon à lui de se mettre dans le bain. Un coup de patte de la part de Yasha, puis un d’Oskar. Le sang tâchait les deux pelages, collant les poils dans un liquide gluant. Dégueulasse. Yasha attaqua, mais Oskar bondit et retomba lourdement sur le dos du tigre. Yasha fut plaqué sur le sol, comme Oskar le tenait à la nuque, les crocs prêt à déchirer la peau..

Wolfgang siffla. Le combat était terminé. Les deux participants reprirent forme humaine, et on leur donna des toges. Epuisés par l’adrénaline qui, une fois son effet fait, avait disparu, les deux se saluèrent, amusés du combat qui fut plus stratégique que physique. Wolfgang prit le poignet de Oskar et le souleva.

« Oskar de Lassithi, gagnant. »

Yasha avait déjà disparu près de son père, qu’il suivrait sans doute. Les De Thèbes étaient bien souvent des meutes rassemblées autour d’un père, vieux et sage à la fois. Kirill n’obligerait aucun de ses fils, mais il aurait été heureux que l’un d’entre eux reste, tout comme Vitaly resta et restait encore avec leur père à eux. Oskar se tourna vers Ella, avec un sourire, alors que déjà ses frères faisaient une danse autour de lui, en riant. Sindri et Jonas étaient heureux. Pour l’instant, aucun d’entre eux n’avait perdu. Loà, avec sa mère, applaudissait, les yeux pétillants de joie.

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le Mar 11 Mai - 19:26
Kohar devinait bien le coeur de Kveld quand il regardait sa fille, puis Johann disparaître tour à tour dans la forêt, loin de leurs yeux. Elle lui prit la main et la serra doucement. Quand elle avait ramenée Nora, pelotonnée dans son manteau en peau d'ours, Kohar avait su que ce serait plus difficile que pour les autres parents. Qu'il y aurait des moments et des choix qui seraient douloureux. Elle avait accepté l'idée de voir sa fille grandir bien sûr mais elle ne se ferait sans doute jamais à l'idée de la voir partir, qu'importe la manière.
Pourtant, à couvert des arbres, Nora ne partait pas. Elle restait en pensée avec tous ces loups qu'elle aimait et elle pleurait pour un millier de raisons que Lucian avait comprises avant elle. Elle avait peut-être été trop insouciante qui sait...

Elle l'entendit venir, le bruit de son pas reconnaissable. Elle les connaissait tous mais celui là... Elle s'essuya rapidement de visage de ses mains parce qu'elle avait passé l'âge de pleurer à chaudes larmes comme une enfant. Et parce que c'était mieux ainsi. Elle le regardait approcher un peu surprise puisqu'elle avait cru être discrète.

« Tu ne fêtes pas ton passage à l'âge adulte avec les autres? », demanda-t-elle simplement.

Dans le même temps ses yeux verts d'eau le suivaient comme il posait un genou à terre. Avait-il le droit de se rapprocher à ce point du sol devant elle, surtout maintenant qu'il était devenu un vrai loup? Voilà qu'elle doutait des choses les plus élémentaires. Bien sûr que non. Ca ne se faisait pas. Il lui effleura la joue mais retira bien vite sa main, comme toutes les fois où elle avait espérer voir son geste se prolonger, rien qu'un peu. Mais cette fois non, elle avait décidé. Elle saisit cette main qui la fuyait, sûr d'elle. Elle ne demanderait rien, parce qu'elle y avait si longuement réfléchi depuis sa longue conversation avec Lucian. Elle se releva sur ses genoux pour le serrer contre elle, fort et elle avait le coeur qui battait. Qu'importe si son humeur changeait. C'était vrai avec Johann on ne pouvait rien prévoir, rien faire sans jamais être sûr de son coup. Mais cette fois là, cette seule et unique fois, elle s'en fichait.

« C’est moi qui te fait pleurer, Nora ? »
« Je te regarde... je vous vois tous si grands, si triomphants. Éternellement triomphants... pardon je ne devrais pas te dire ça Johann... », s'excusait-elle en blottissant son visage contre lui, elle eut un hoquet, un sanglot étranglé qu'elle ne voulait pas laisser sortir,'« ...je ne pensais pas qu'un jour il me pèserait d'être mortelle. »

C'était bien vrai pourtant. Toutes ces fois où Linda de Barcelone ou ses amies s'étaient moqué d'elle, ou s'était amusé à l'ignorer, ne lui adressant jamais directement la parole sous prétexte qu'elle n'était pas des leurs, elle s'en était royalement foutu. Elle avait simplement trouvé ça puéril et ça ne l'avait pas touché, pas même effleurée.
Quand Lucian le lui avait dit elle ne l'avait pas cru. Un jour tu voudras être louve, parce que les gens que tu aimes sont des loups. Non elle ne l'avait pas cru et pourtant, en voyant Rafael et Johann passer le Rite, elle avait compris. Et elle aurait pu pleurer toutes les larmes de son corps de ne pouvoir prétendre à la seule chose au monde qu'elle aurait pu vouloir. Dans la forme, rien ne l'empêcher de le demander, personne ne l'aurait regardée de travers mais elle... dans le fond elle ne pouvait pas imposer ça à qui que ce soit. Et certainement pas à lui qu'elle aimait tellement plus que les autres.

« Serre-moi rien qu'une seule fois Johann... »

Rien qu'une seule fois. Elle avait décidé.
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le Mar 11 Mai - 20:09
Chez les Orlov l'excitation n'était pas moindre. On attendait de voir Sasha montrer le bout de son nez en espérant qu'elle ne manquerait pas ses frères, car pour eux aussi c'était jour de rite. Un grand jour donc. Lev était d'un calme placide déconcertant, comme toujours. Pourtant c'était lui le plus fin des trois frères. Il était un peu plus petit aussi, moins imposant. A côté de lui Khôma rigolait, insouciant et Mishka semblait de bonne humeur.
Leur mère les couvait discrètement du regard. Elle avait bien eu dix sept ans pour se faire à l'idée mais ça ne changeait rien, elle n'était pas vraiment prête. Pas encore.
Elle se revoyait le ventre rond quand Kirill lui avait parlé pour la première fois de cette histoire de rite et qu'elle lui avait dit que si c'était un garçon, il passerait son rite aussi bien que son père. Mais en fait d'un garçon, ça avait été trois et avec eux trois filles qui en dix sept ans leur en avait fait voir de toutes les couleurs et qui aujourd'hui peut-être seraient choisies par des garçons qui voudraient les emmener loin. Elle avait toujours taquiné Kirill sur son petit côté sur-protecteur, mais le fait été là, elle n'était pas plus prête que lui. Pourtant Elladora le prenait avec philosophie. Si entre ses enfants elle aurait pu avoir l'air d'une de leur copine, son regard sûr, profondément maternel ne laissait pas de doute. Elle avait été une mère débordée, peut-être trop jeune, mais la plus douce et la plus aimante sans doute. Elle avait su les élever comme il le fallait, elle en était convaincue, et aujourd'hui c'était à elle d'apprendre à les laisser partir. Elle serrait dans la sienne la main de Kirill, exactement comme au premier jour et elle avait toujours cette mine d'éternelle femme-enfant.

Des trois garçons sans doute Lev partirait, tel qu'on le connaissait. Il aimait tellement la solitude. Mishka aussi peut-être, car il était indépendant et responsable. Khôma aimait la sécurité et la chaleur de sa famille alors sans doute resterait-il. Voilà Sasha qui les rejoignait. Mishka lui fit une remarque mais elle se fit immédiatement pardonner en embrassant son frère. Les filles savaient toutes trois comment mener leur frère (et parfois leur père) par le bout du nez et la petite originale de la famille ne faisait pas exception. Elle se plaça tout à côté de Kira qui était en grande conversation avec Lazarus. Puis comme on appelait Sindri, la petite Orlov aux cheveux châtains reporta son attention sur le cercle de sang. Derrière elle Khôma faisait remarquer qu'il n'avait pas assez déjeuner, plus pour lui même qu'autre chose. On avait de toute façon toujours l'impression que ce géant aux cheveux blonds ne mangerait jamais assez. C'était une chose vraiment curieuse à voir.
Sasha regarda le combat avec intérêt bien que l'issue lui aurait été complètement égale. Elle voulait juste voir Sindri passer, et puis elle le lui devait bien avec tout ce qu'il pouvait être patient avec elle. Sasha Orlov était de ces gens qui aiment à penser qu'il peut exister un monde où chacun vivrait comme il lui plairait sans qu'on le juge, ni qu'on le critique. Quelque part ce monde là existait bel et bien dans les yeux de Sasha. C'était un peu comme la tolérance de son père poussée à l'extrême. Elle semblait toujours heureuse ou satisfaite quoiqu'il arrive. Elle ne situait pas l'important au même niveau que les autres mais elle s'arrangeait toujours pour ne froisser personne. Le combat de Sindri et Lennard se termina vite et dans un grand éclat de rire général. Cela ressemblait bien à Sindri, même Lev eut un petit sourire amusé en voyant la scène. Sasha elle n'était pas étonnée bien qu'un immense sourire lui fleurissait les lèvres, elle avait toujours dit que Sindri était le plus drôle du monde.

Un petit attroupement se fit autour des Lassithie. Elladora eut un sourire appréciateur, un petit geste complice en direction d'Héméra qu'elle savait toujours inquiète mais qui à ce moment là semblait exulter de bonheur. Sindri était bien entouré, et Sasha sagement assise entre son père et sa soeur. Un instant elle vit Sindri la regarder, elle lui fit coucou de la main puis saisissant une idée qui ne lui ressemblait pas au vol comme si elle venait de comprendre quelque chose, elle s'interrogeait. Les autres disait souvent qu'elle était trop dans la lune, elle, se plaisait à dire qu'elle voulait bien avoir les pieds sur terre mais dans les fleurs. Elle savait bien que ce jour là il y aurait un certain nombre de choix à faire alors en voyant Sindri la regarder dans son instant de gloire, elle comprit quelque chose et se mit à rougir violemment. D'instinct son regard se tourna vers son père, interrogateur.
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Re: Wear your scars with pride.

le Mar 11 Mai - 20:34
En voyant Sasha rougir et regarder leur père, Ella eut un sourire heureux. Elle se demandait si un jour leur petite soeur - il avait toujours été admis que Sasha était leur cadette à tous et Mishka leur aîné - allait se rendre compte que le beau Sindri en pinçait pour elle.
Mais comme Wolfgang annonçait le prochain combat, son petit coeur manqua un battement et la blondine quitta sa soeur des yeux pour chercher du regard son Oskar. Elle avait oublié les doutes et les peurs de la veille, oublié même jusqu'à Linda de Barcelone qui pourtant s'était placée assez proche des Orlov, comme un fait exprès. Oskar s'avança vers elle lui faisant cette promesse:

« Ce combat, je le gagne pour toi, princesse. »

Ella ne s'était jamais sentie si heureuse et même si après coup, comme Oskar quittait ses lèvres pour aller là où le rite l'appelait, elle baissa les yeux, rougissante sous le regard de son père, elle ne montrait aucun signe de honte. Ce baiser échangé sous le regard de Kirill, c'était une promesse. Autant de la part d'Oskar que de la part de la blondinette. Elle n'avait jamais permis qu'on la courtise devant son père parce qu'elle avait toujours estimé son père au dessus de tous et que malgré le nombre de fois où elle l'avait fait tourner en bourrique, elle le respectait et l'aimait plus que tout. Si Oskar lui pouvait se permettre de voler un baiser à la fille devant le père, c'était qu'il avait des avantages qu'aucun autre n'aurait jamais auprès de la belle princesse. C'était sa façon à elle de lui donner son coeur plus officiellement, avec son père, son Dieu pour témoin. Elle ne jouait pourtant pas l'effrontée cette fois ci, et elle était humble pour une fois. Juste avant le début du combat on vit Landres de Lycie et Lusithanie quitter la foule, l'air sombre. Mais Ella n'avait d'yeux que pour Oskar, aussi ne vit-elle rien du tout. Chaque fois qu'un coup été donné on la voyait ciller mais ne rien dire. Elle était digne et attentive, une vraie louve qui faisait déjà oublier la terreur qu'elle avait pu être dans l'enfance. Et quand Oskar triompha, c'est pour son père qu'elle eut un regard, demandant la permission de rejoindre Oskar pour le féliciter avec la promesse de ne pas en faire trop et de revenir avant le prochain combat. Elle n'eut même pas l'idée de regarder Linda de Barcelone pour voir si elle était verte de jalousie, elle était bien trop tout entière à son bonheur d'avoir pu voir Oskar passer son rite si brillamment.


Dernière édition par Ella de Thèbes le Mer 12 Mai - 0:08, édité 1 fois
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Re: Wear your scars with pride.

le Mar 11 Mai - 21:10
Wolfgang appela ensuite Lev, son petit fils. Calme et mesuré comme toujours, celui ci se leva, il ne portait qu'un simple t-shirt sur son jean noir, mais il était soigné et avait de l'élégance. Il salua silencieusement son grand père comme il passait près de lui. Il était le premier des fils de Kirill à passer et il affronterait Laértês le Desrée, fils d'Héphaïstion le Desrée, proche de la sauvage Leto de Lycie.
Lev et Laértês étaient à peu près du même gabarit. Grands, mince, finement musclés, à ceci près que Lev avait l'air moins délicat et plus masculin.
Mais on savait de renom que les fils de Leto, descendant des anciens Lukk de Lycie alliaient force et sauvagerie au combat. Le père de Laértês, Héphaïstion en était l'exemple même, homme de lettre et de savoir, il avait pourtant fait trembler plus d'un loup sous son épée et on ne doutait pas que sous ces airs de petit matheux trop sage, son fils Laértês ne se révéle aussi brillant au duel.
Lev ne se laissa pourtant pas abuser. Il sentait encore le baiser de sa mère sur son front et le regard fier de son père. Il lui importait peu de gagner car il n'avait aucune femelle à impressionner, et parce qu'il savait que le destin ou la chance ne seraient pour rien dans l'issue du combat. S'il faisait bien il gagnerait, sinon tant pis. Il gardait tout de même dans un coin de sa tête que ses oncles, son grand père et surtout son père, le regardaient, attendant de lui qu'il fasse bien.

Laértês le salua courtoisement et Lev fit de même.

« Je préfèrerai que nous soyons loups tous les deux si tu n'y vois aucun inconvénient. J'aurais moins de scrupule à attaquer. », avoua Laértês sans ciller mais toujours aussi poli.
« Je n'y vois pas d'inconvénient. », répondit le blondinet avec son habituelle économie de mot.

Il y avait aussi une autre difficulté à leur duel. Ils ne se connaissaient que très peu, la meute de Leto étant toujours en mouvance, les enfants de Lycie n'avaient que peu côtoyer les Orlov dans leur jeunesse et dans leur adolescence. Ce duel serait une découverte pour Lev comme pour Laértês.
Les os craquèrent et il y eut comme un murmure admiratif venant de la foule. Deux loups aux robes magnifiques se tenaient face à face. D'un côté Lev, aux milles gris bleuté, nacré, les yeux de cyanide et d'onix mêlés. Il avait ce corps immense et le poils mi-long de son père mais il était d'une rare finesse et son regard était d'une telle présence qu'on s'en retrouvait presque figé. Un si jeune homme qui arborait un poitrail fier et droit.
De l'autre côté, Laértês, un autre immense loup à la fourrure d'un rouge si profond qu'il aurait presque tiré sur le noir et des yeux noirs, qui ressortaient également.
Les hostilités commencèrent par quelques provocations, de longs crocs d'ivoire que l'on exhibait pour intimider l'autre. On se tournait autour menaçant et fier comme la lune. Ce fut Lev qui engagea le premier. Un coup de patte et la face de Laértês était lacérée, en sang. Mais son sang se voyait à peine dans ce pelage exceptionnel qu'il avait. Bien loin de se laisser impressionné, et heureux de n'avoir pas donner le premier coup, Laértês répondit d'un dangereux claquement de mâchoire que Lev évita en partie d'un bond souple. Les deux loups se donnaient la chasse dans le plus grand sérieux, on les voyait calculateur et précis. Bientôt la robe grise de Lev était poisseuse de sang mais ce dernier ne semblait ni plus impressionné ni plus enclin à fuir.

Tout d'un coup l'affrontement pris de la vigueur. Lev et Laértês échangeaient les coups de crocs, teigneux, pleins d'adrénaline. On entendit un grognement douloureux échapper au jeune Orlov comme les crocs de son adversaire s'enfonçaient dans sa joue mais il répliqua méchamment et se dégagea. Laértês, ne laissant pas le moindre répit à Lev, bondit sur son adversaire. Lev se redressa sur ses deux pattes et d'un geste plus humain que lupin, il frappa du plat de patte en plein poitrail. Laértês déstabilisé dans son saut et surpris par l'étonnante force de frappe du loup gris, se vit retomber lourdement sur le dos, hors du cercle.

Lev s'ébroua, quittant immédiatement son corps de fauve pour tendre la main à Laértês et le relever. On les couvrir bien vite d'une toge et Elladora, la mère de Lev vint serrer son fils dans ses bras. Il eut un sourire doux, essayant de ne pas la souiller de son sang. Il était bien plus grand qu'elle.

« Je suis fière de toi Lev. Comme je suis fière mon fils, tu es un loup désormais. »

Il sourit à la regardait, heureux de l'entendre enfin lui dire qu'il était un loup et non plus un jeune louvard. Elle pleurait et riait de joie. Bientôt ses soeurs l'entouraient tout aussi expressives et ses frères venaient lui taper sur l'épaule. Lev eut un joli rire, ce qui n'était pas habituel chez lui et son regard se reporta sur son père, comme s'il avait attendu son approbation. Le jeune homme se rendait seulement compte à quel point ce regard là était important pour lui. Il voulait que son père soit fier de lui. Oh il savait déjà que sa mère l'était, et il l'aimait tendrement mais c'était différent.

De l'autre côté Leto en personne félicitait Laértês et toute la meute l'entourait et le portait aux nues. Laértês aussi quittait l'enfance pour devenir adulte.
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le Jeu 13 Mai - 3:21


Comparé aux autres, Johann était effrayant. De tous d'ailleurs. Même Rafael – a qui la force fut donné – ne semblait pas aussi sombre que Johann de Lassithi. On le disait fou, mais il ne l'était pas. Il ne se contrôlait pas, tout simplement. Comme la marque lointaine d'une faiblesse toute humaine, Johann avait été doté d'une force de loup, mais d'une santé mentale d'humain. Typique. Il pleurait plus facilement que ses frères. Il connaissait la tristesse de la lassitude, alors qu'il aurait du être habitué à cette éternité. Et pourtant, à dix huit ans déjà Johann s'ennuyait de cette vie superflue, où tous se voyaient éternelles. Lui aurait aimé une vie limitée, une vie courte. Une vie d'homme. Une vie d'exilé s'il le fallait, traquait par tous, et jouir plus tard du bien heureux trépas. Mais il n'aurait droit à rien de tout cela, alors il serait condamnait à continuer à vivre de cette façon, regarder de travers par certains, moqués par d'autres. Fou. Oui, il était fou, mais l'astre qui le guidait était tout autre, et son nez savait reconnaître l'odeur comme tous les loups. Il avança en silence, et elle le reconnu avant même qu'il ne s'agenouille. Il suspendit son mouvement, la regarda. Comme elle était belle dans les rayons cendrés du ciel sombre.

« Tu ne fêtes pas ton passage à l'âge adulte avec les autres? » Johann haussa les sourcils, avec un sourire au coin des lèvres.
« Je ne sens en moi aucun changement. Je ne dois pas être assez adulte à l'instant... »

Comme il disait celui, il posa un genou sur le sol, comme un prince devant son père, comme un esclave devant son maître. Sur les traits, Johann avait la noblesse de son sang, mais dans son crâne, c'était différent. Le sang allait et venait à son bon vouloir, aussi il ne savait jamais comment réagir – et ne contiendrait jamais assez bien ses réactions les plus violentes. Qu'importe, puisque déjà elle s'approchait. Il remarqua sur ses joues le rouge des pleurs, tout autour de ses grands yeux. Qui l'avait fait pleuré? Il eut un sourire triste. Il n'y avait que lui pour faire pleurer comme une enfant la belle enfant, et il sentait son coeur tiraillé par la peine. Il en effleura le duvet doux, le rebondis de sa joue tentatrice, la fuit pour ne pas lui faire du mal sans le vouloir. Elle le regarda, un instant, et finalement se glissa contre lui, main dans la main. Il ne dit rien, aucune réaction. Son cerveau ne savait pas quelle réaction adoptait, aussi il se tu, regarda le petit corps contre le sien, si beau, si près. C'était bien la seule personne qui, en dehors de Sindri, avait su l'approcher de si près, ce petit diable à visage d'ange.

« C’est moi qui te fait pleurer, Nora ? »
« Je te regarde... je vous vois tous si grands, si triomphants. Éternellement triomphants... pardon je ne devrais pas te dire ça Johann... je ne pensais pas qu'un jour il me pèserait d'être mortelle. »

Que pouvait-il répondre? Qu'il en avait déjà assez de vivre cette vie insipide, qui n'avait aucun goût à ses yeux? Cette vie était fade, car elle était en solitaire, mais dans les mains de cette femme, de cette femme-enfant encore, il renaissait comme un oiseau de feu mort de ses cendres. Il ferma les yeux, sans un mot. Il ne pouvait pas répondre à cela. Son cortex souffrait le martyr à essayer d'assimiler chaque détails, mais il ne pouvait aller plus loin que les actes. Les actes, seulement les actes. Une jeune fille, dans ses bras. C'était déjà beaucoup pour lui, qui n'avait jamais été habitué à ce genre de familiarité. Même sa mère se tenait à distance, non de peur, mais par pudeur, par respect aussi. Il eut un petit sourire, comme il n'aurait pas aimé une autre si proche de lui.

« Serre-moi rien qu'une seule fois Johann... »

Il eut un petit rire, l'un des premiers depuis bien longtemps. Combien d'années déjà? Oh, bien trop longtemps. Johann riait peu. Bien trop peu. Il releva doucement ses bras ballants alors, passa l'un d'entre eux au niveau de ses épaules, étreinte lente et douce à la fois. L'autre ceintura la taille de la jeune fille et la serra finalement contre lui, avec un sourire amusé sur les lèvres.

« Une seule fois, serait-ce assez? »

Il relâcha un peu la jeune fille, mais la gardait tout contre son coeur. Il soufflait, douloureusement les mots qu'il n'aimait pas finalement. Il n'avait jamais beaucoup parler, ou alors uniquement avec elle et son frère Sindri. Il ferma les yeux, et souffla du bout des lèvres :

« On m'a demandé ce soir quelle serait ma voie future, quelle serait ma compagne, ma vie, et sais-tu ce que j'ai vu? » Il ouvrit un peu les yeux, sur ses prunelles d'un bleu opaque et sombre. « Je sais que tu es humaine, Nora, et ça ne me dérange pas. Dis le moi, et je te mordrais ce soir, mais cette morsure ne sera rien à mes yeux, car mon attachement est par les sentiments. » Il hocha la tête, pour lui. « Bien sûr, on pourrait se demander si je peux ressentir quelque chose, et je le pense. Je... mh. Je ne sais si tu accepteras, mais si tu le désires Nora, je peux rester à tes côtés. Ma vie n'a de sens qu'à tes côtés, puisqu'aux yeux des autres, elle n'est qu'une erreur. »

Il gardait son regard sur elle. Un regard mitigé, mélange de tristesse et de prudence. Il n'avait jamais parlé autant, il n'avait jamais rit de si bon coeur, et il n'avait jamais été aussi proche de Nora d'Arcadie, car il était de ces hommes à la peau froide, qui de loin font le meilleur effet, mais qui de près font le plus peur. Il était beau, Johann de Lassithi, comme son père. Il avait cet air que l'on connaissait au premier des Lassithi, en plus sombre encore. Sans doute les yeux, toujours à moitié clos, montrant alors de longs cils noirs, marbrant une pupille opaque et bleue sombre. Un remous de torrent en pleine nuit.

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Re: Wear your scars with pride.

le Jeu 13 Mai - 23:13
« Je ne sens en moi aucun changement. Je ne dois pas être assez adulte à l'instant... »

Elle lui sourit. Il y avait dans les yeux de Nora un éclat de soleil, un rayon qui s'était perdu ou réfugié là pour le simple plaisir des autres. Ou alors parce que Nora avait su l'apprivoiser, qui sait. Elle non plus ne se sentait pas tout à fait adulte. Elle n'avait pas eu de rite à passer bien sûr mais pour les filles, les louves et Nora, ce rite était aussi important. Elles savaient que ce jour là beaucoup se jouait. Certaines seraient choisies et liées à d'autres familles. D'autres partiraient même. Mais quoiqu'il en soit c'était le moment où l'on mettait un pas hors de l'adolescence. C'était important. Si Nora ne pensait pas avoir à quitter père et mère de si tôt, elle savait bien que surtout pour elle, qui était une poupée de chiffon entre les mains du Temps, grandir était un passage inextricable.
Quelque part elle était contente qu'il ne parte pas encore, pas tout de suite. Elle ne voulait pas se détacher vraiment de lui, seulement que les choses se fassent en douceur.
Elle se serra tout contre lui. Elle savait bien qu'il fallait s'y faire, c'était comme ça. Elle sentit son coeur se réchauffait sous le rire de Johann. Il rirait si rarement que ça ne pouvait que lui accrochait un de ces sourires radieux sur les lèvres. La douce Nora posa sa tête sur l'épaule de Johann comme il l'enlaçait précautionneusement.

« Une seule fois, serait-ce assez? »
« Non. Mais il faudra bien s'en satisfaire. » , répondit-elle presque amusée elle aussi.

Ce n'était pas vraiment drôle mais elle n'avait pas le coeur à faire grise mine alors qu'elle entendait le coeur de Johann lui murmurer des secrets. Nora n'était pas quelqu'un de capricieux ou de boudeur. On lui avait toujours appris à se satisfaire de rien. Pour certains loups habitués à leur petit confort, elle resterait toujours la fille qui mangeait des fleurs et autres trucs répugnants. La fille qui s'endormait dans l'herbe au soleil aussi bien que dans son lit. Celle qui ne se plaignait jamais, et qu'on avait vu que rarement pleurer. C'était vrai qu'elle était la plus fragile. Mais elle n'était pas celle qui se faisait le plus remarquer. Elle avait toujours joué avec les autres, bien qu'ils aient bien eu conscience qu'il fallait faire doucement avec elle, ne jamais y mettre les dents. Mais dans le fond, elle avait bien grandit, tout c'était bien passé pour elle.
Johann et Nora échangèrent un regard, moins léger. Ils n'avaient jamais été aussi proches, ils n'avaient jamais été à ce point près de sujets réellement sombres. Sombre comme Johann, mais Johann était beau. De ces beautés froides qui interdisaient d'approcher. Mais Nora n'en avait jamais eu peur.

« On m'a demandé ce soir quelle serait ma voie future, quelle serait ma compagne, ma vie, et sais-tu ce que j'ai vu? »

Elle fit signe que non. Nora n'était pas ce genre de personne qui s'inventent tout un film d'un rien. Elle préférait savoir pour de vrai que de spéculer. Se faire des idées, bonnes ou mauvaises, ne menait généralement à pas grand chose.

« Je sais que tu es humaine, Nora, et ça ne me dérange pas. Dis le moi, et je te mordrais ce soir, mais cette morsure ne sera rien à mes yeux, car mon attachement est par les sentiments. Bien sûr, on pourrait se demander si je peux ressentir quelque chose, et je le pense. Je... mh. Je ne sais si tu accepteras, mais si tu le désires Nora, je peux rester à tes côtés. Ma vie n'a de sens qu'à tes côtés, puisqu'aux yeux des autres, elle n'est qu'une erreur. »

Son coeur battait comme pour inscrire en quelques sons imperceptibles ce qu'elle ressentait à ce moment là. Elle se pinça les lèvres, comme chaque fois qu'elle avait à exprimer une opinion ou une réflexion. Elle dégageait une mèche de cheveux qui la gênait. Bien sûr qu'elle était la plus heureuse du monde à l'entendre lui dire ces mots, mêlés de tendresse autant que de tristesse. Johann était rarement un, et elle l'aimait tel qu'il l'était. Multiple, incertain, surprenant. Elle se retrouvait avec ces volutes de mots, à repenser ce dont elle avait été sûre. Elle n'était plus tant décidée après l'avoir écouté.

« Johann... Je... », elle soupira doucement, posa sa main sur le visage du loup. Son pouce caressant sa peau si doucement, puis un sourire l'éclaira, « je ne peux pas t'attacher à moi, mortelle. Si je te laissais vivre pour me regarder décliner puis mourir, quel genre d'amie serais-je? Quel genre de... , elle se reprit un peu,...mais je ne suis pas encore prête. J'ai tellement peur de mourir tu sais. », elle rit doucement, se moquant d'elle même. La peur de la mort pour une mortelle, bien naturel mais si futile dans un sens, « Mais j'accepterai de rester à tes côtés. Ca n'aurait guère de sens pour moi non plus de chercher la compagnie d'un autre alors que je sais déjà que c'est la tienne que je préfère. C'est ce que je veux, si tu veux bien, laisse moi encore quelques années pour n'avoir plus peur de la morsure. »

Elle savait bien qu'en se voyant vieillir un peu elle franchirait le pas. C'était une décision importante, la plus importante peut-être. Ses parents la lui avaient délibérément laissée. Elle la prenait pour lui, et ça lui semblait être la seule bonne raison. Elle s'était un peu redressait, sa main toujours posée sur son visage, à la même hauteur désormais. Si proche. Si près de poser ses lèvres sur les siennes pour une première fois, mais elle voulait d'abord sa réponse. Lieraient-ils se pacte de s'attendre l'un l'autre, sans doute oui, mais elle ne l'obligeait à rien. Jamais.
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Re: Wear your scars with pride.

le Dim 23 Mai - 23:46



Dans le silence, Johann sourit, amusé. Son regard n'a rien de terrible, il est doux même, pacifique. Il a une lueur calme au fond de la pupille, comme il la prends dans ses bras, et la sert avec toute la tendresse dont il est capable. Il ne veut pas la casser, elle qui est de tous la plus fragile. C'est une danseuse de porcelaine. Voilà ce qu'elle est. Une toute petite danseuse, dans des mains de tueur. Mais il ne dira de cela. Il n'y pense déjà plus.

« Une seule fois, serait-ce assez? »
« Non. Mais il faudra bien s'en satisfaire. »
« Si on ne peut plus faire ce que l'on veut... »

Il eut un sourire amusé, comme il la tenait contre lui, elle et sa tête posée sur son épaule. C'était bien, là. Il se sentait en paix avec lui même – et dieu savait que c'était rare. Au village, il n'avait pas vraiment des amis. Juste des connaissances. Il était un Rafael obscur, instable. Peut être moins que Rafael lui même, mais tout aussi terrible. Cette force terrible en lui, en eux, avait toujours tenu éloigné les éventuels amis, tellement qu'il avait fini par ne plus avoir que ses frères – qui le comprenaient et l'aimaient – et Nora. La jolie et fine Nora, humaine, fraîche. Le bon Johann l'aimait comme elle était, avec son sourire fin et ses longs cheveux blonds. Le mauvais Johann l'aimait comme il aurait aimé la briser, et s'il la tenait là dans ses bras, ce n'était pas cette part qui régnait en maître en lui, mais bien l'autre. Fort heureusement pour Nora, cela dit.

« On m'a demandé ce soir quelle serait ma voie future, quelle serait ma compagne, ma vie, et sais-tu ce que j'ai vu? » Elle fit non. Il eut un sourire, aimant cette innocence, cette naïveté pourtant intelligente. « Je sais que tu es humaine, Nora, et ça ne me dérange pas. Dis le moi, et je te mordrais ce soir, mais cette morsure ne sera rien à mes yeux, car mon attachement est par les sentiments. Bien sûr, on pourrait se demander si je peux ressentir quelque chose, et je le pense. Je... mh. Je ne sais si tu accepteras, mais si tu le désires Nora, je peux rester à tes côtés. Ma vie n'a de sens qu'à tes côtés, puisqu'aux yeux des autres, elle n'est qu'une erreur. »

Johann était de ces êtres dont on ne peut rien tirer à l'avance, tellement ils sont imprévisibles. C'était sa plus grande faculté, celle la même qui le rendait multiple. Il n'était pas malade au sens stricte du terme : aucune tumeur, son corps n'avait en rien été modifié ou changé. Il était né ainsi. Avec cela, en lui. Comme certains loups naissaient schizophrènes, lui étaient né avec ses deux facettes. Une partie de son caractère, ou non, cela n'en restait pas moins ce qu'il était pour tout : juste un malade. Un loup malade, plus hérétique encore que la pauvre Leah, dont on moquait la santé. La mère des trois L ne méritait pas cette attention. Pas plus que Johann, dont on narguait parfois que c'était sans doute sa mère descendante d'une impur qui avait causé ce détraquement. Bêtise. Héméra avait toujours été la plus parfaite des mères. Un peu trop hystérique, sans doute, mais c'était qu'elle avait un caractère excessif, voilà tout. Surjoué aurait été le mot. Johann était l'opposé de sa mère. Discret, il essayait tant bien que mal de ne pas être vu ou remarquer, aussi il s'entendait avec Noah quand il s'agissait de tendre à la transparence la plus totale. D'ailleurs, qui se doutait qu'ils étaient là, tous les deux... ? Il la regarda finalement, comme il attendait sa réponse, accroché à ses lèvres.

« Johann... Je... » Il arqua un sourcil, et rougit un peu en sentant cette peau sur la sienne. Trop proche. Il ferma les yeux. « Je ne peux pas t'attacher à moi, mortelle. Si je te laissais vivre pour me regarder décliner puis mourir, quel genre d'amie serais-je? Quel genre de... mais je ne suis pas encore prête. J'ai tellement peur de mourir tu sais. » Il eut un petit rire.
« Nous avons tous peur de mourir. Même nous qui sommes éternelles. » Il comprenait. Lui même avait tremblé en essayant d'imaginer ce qu'était l'après-vie. Au final, il avait abandonné. Trop de cauchemars venaient le hanter ensuite.
« Mais j'accepterai de rester à tes côtés. Ça n'aurait guère de sens pour moi non plus de chercher la compagnie d'un autre alors que je sais déjà que c'est la tienne que je préfère. C'est ce que je veux, si tu veux bien, laisse moi encore quelques années pour n'avoir plus peur de la morsure. » Elle était si proche, si bien dans ses bras. Il ferma les yeux, cherchant à se cacher derrière ses mèches, en vain. Sa mère les avait faite raccourcir... quelle idée de génie. Alors il les rouvrit, doucement, sur elle. Dans le clair de son oeil.
« J'attendrais aussi longtemps que tu le désires, Nora. Et si jamais, toute ta vie, tu as peur de la morsure, alors ton déclin, je l'accompagnerais. Je n'ai pas peur de cela. Juste de te perdre. » Il eut un sourire mitigé, triste et tendre à la fois. « Tu ne m'en voudras pas, cependant, si je venais à t'accompagner jusque dans la mort, puisque je te jure de te suivre partout à partir de ce soir... ? »

Il était honnête et bon. Son côté malsain était endormi, et ne ressortait que lorsque l'on l'a cherché. Fort heureusement, plus personne ne s'y essayait depuis longtemps. Fort heureusement... Bien. Sans doute que c'était le moment. Ca serait maladroit, mais ça viendrait du coeur. Il se pencha et posa ses lèvres sur les siennes, sans trop savoir comment faire, et s'en décolla. Une scène comme ça, c'était ridicule. Il rougit. Bon dieu, qu'il était nul...

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Re: Wear your scars with pride.

le Jeu 27 Mai - 0:16
« Nous avons tous peur de mourir. Même nous qui sommes éternelles. »

Son rire et ces quelques mots avaient quelque chose de rassurant. Ca n'enlevait rien à la peur bien sûr, mais elle n'avait jamais spécialement pu imaginer que les gens qu'elle côtoyait tous les jours aient pu eux aussi avoir peur de la mort. Pourtant puisqu'il le disait elle le croyait. Elle n'était pas d'une naïveté toute crue comme celle de Sasha mais sa mère lui avait toujours appris qu'il n'y avait pas de raison de se méfier des gens avant qu'ils ne l'aient mérité. Or Johann pour instable qu'il pouvait être n'avait jamais menti à Nora, ou du moins en était-elle persuadée. Pourquoi lui mentir après tout?

« J'attendrais aussi longtemps que tu le désires, Nora. Et si jamais, toute ta vie, tu as peur de la morsure, alors ton déclin, je l'accompagnerais. Je n'ai pas peur de cela. Juste de te perdre. »

Ils eurent l'un pour l'autre le même sourire mitigé, tendre et triste à la fois, quoique chez Nora il fut peut-être plus triste. Elle était heureuse qu'il ne la presse pas, qu'il la prenne telle qu'elle était mais intérieurement elle se promettait de ne pas décliner, même si elle aurait sans doute toujours peur. Elle ne voulait pas qu'il la voit vieillir, ça lui faisait tellement peur.

« Tu ne m'en voudras pas, cependant, si je venais à t'accompagner jusque dans la mort, puisque je te jure de te suivre partout à partir de ce soir... ? »
« Johann... », elle le regardait dans les yeux, ils étaient si proches.

Son coeur se serra à faire mal. Comment pouvait-elle se faire à cette idée. Non elle ne l'accepterait jamais bien sûr mais en lui murmurant ce non, elle se promettait à elle même de braver sa peur avant ses vingt-un an. Une étrange date buttoir, comme un objectif fixé pour eux deux. Elle força un sourire sur ses lèvres puis celles de Johann se posèrent sur elles, et le sourire n'eut plus rien de forcé. C'était un baiser tout ce qu'il y avait de plus simple et de plus doux pour le coeur mais rien ne pouvait faire battre le coeur de Nora d'Arcadie plus fort que ce simple baiser de Johann.
Si une Ella de Thèbes ou une Lynda de Barcelone eut trouvé la chose risible, Nora elle la trouver juste comme il le fallait. Si bébé elle avait été le petit angelot qui gazouillait et agitait les mains pour attirer l'attention de chaque nouveau visage, y compris celui d'Izaak Solokoff, en grandissant elle n'avait pas le joli papillon qui voletait de bouche en bouche pour voler des baisers par jeu. Ce baiser là était son premier, et à ses yeux, il était parfait. Elle eut un joli sourire éclatant, qui se transforma bien vite en un rire comblée et intime comme elle passait ses bras autour de son cou:

« Je t'aime Johann, je t'ai toujours aimé.»

Et c'était vrai. Elle avait l'air si heureuse à cet instant qu'on ne pouvait en douter.
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