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Date d'inscription : 03/05/2010
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I don't think. I feel.

le Mar 4 Mai - 14:29


solo.


« Nous en sommes arrivés là, alors ? » « J’imagine qu’il fallait bien que ça arrive. » « Je pense. » « … et maintenant ? » « Je l’ignore. » « Choisis. » « Je ne peux pas. » « Alors nous resterons là, éternellement. » « Cela serait peut être amusant, tu ne crois pas ? » « Je l’ignore. » « Nous verrons. » « Je ne veux pas voir. » « Alors pars. » « Je pars. » « Prends les enfants. » « Pourquoi moi ? » « Pourquoi pas. » « Je n’en veux pas. » « Tu es mauvaise comme le jour. » « C’est mon sang qui veut ça. » « Menteuse. » « Et alors ? Cela te plaisait bien que je mente quand j’étais dans les draps. » « Vulgaire catin, pars ! » « Cela t’arrange que je disparaisse, prince de Nicée, mais je reviendrais, tôt ou tard. » « Pour quoi ? » « Parce qu’il sera l’heure. » « Va t’en. J’en ai assez de toi. Va t’en. Va juste mourir… va te cacher pour crever. »

Rafael ne se rappelait pas d’avoir vu son père et sa mère ensemble. Il se rappelait bien sûr de les avoir vu s’embrasser, mais bien vite après, Evie de Thébaïde avait griffé son mari dans un rire hystérique, et avait une fois de plus disparu. Caelesticius – dit Reagan – n’était pas marié avec la jeune princesse, il n’était rien pour elle, et elle n’était rien pour lui. Juste une erreur de passage, qui lui avait valut de gagner deux rejetons aux figures étranges, mélange parfait de Nicée et de Thébaïde. Les deux régions se rencontraient ; le choc était puissant.

La première approche de Reagan envers son fils fut la caresse de ses cheveux, comme une attention de tendresse toute paternelle, mais l’enfant se recula bien vite. Le contact physique était à proscrire. Il cessa donc bien rapidement, et eut à regret de voir que le jeune Rafael, bien différent de sa sœur, se montrait solitaire et taciturne. Céleste, à l’inverse, était une vraie petite reine. Elle se plaisait à s’endormir sur le torse de son père, qui même s’il sentait parfois l’odeur du tabac froid, ne la dérangeait pas le moins du monde, au grand regret du tombeur de ses dames. Il disait souvent de sa petite fille qu’elle était la seule femme qu’il n’avait jamais aimée, en dehors de sa mère, encore que cette dernière ne fut pas des meilleures et des plus attendrissantes et aimantes.

Reagan, à l’encontre de tous, se montrait être un père idéale et présent. Si Rafael lui donnait du fil à retordre, Céleste avait le caractère doux des gens bons, et elle se montrait serviable. Rafael, lui, n’était pas mal éduqué, mais avait du mal à communiquer, et bien rapidement il s’enferma dans un certain mutisme. Très indépendant – à l’inverse de sa sœur qui avait un besoin essentiel d’être accompagné et surveillé – il apprit vite à lire, à compter, et à chasser. Dans le rôle du grand frère protecteur, Rafael prenait la place du père aimant, et se montrait bien vite agressif quand de jeunes garçons s’en approchaient, ou encore quand des jeunes filles se plaisaient à la moquer. Il se fit ennemie de Linda de Barcelone, qu’il trouvait à la fois vulgaire et autoritaire, sans pour autant avoir la force à la hauteur de sa prétention.

La vie allait. Reagan fit le tour du monde avec ses enfants, une fois. Il voulait leur faire découvrir ce que son père lui avait fait, de son temps, découvrir également. Comme un échange muet entre les générations. Pendant que Masael se perdait au Pérou et que Kirill montait de ses propres mains la baraque qui accueillerait sa grande famille, Reagan, lui, ne se formalisait pas d’habitat quelconque mais marchait, main dans la main, avec la jeune Céleste et le petit Rafael. Il partit quand les deux avaient quatre ans, après leur avoir fait connaître tous les loups qu'ils cotoieraient, plus tard.

Les deux lui ressemblaient. Rafael avait certes les cheveux noirs d’encre des Thébaïde, il gardait pourtant les yeux ambre des Nicée, et Céleste, en plus des yeux, avait les mèches claires de son père. Le petit trio avançait facilement sur terre, et firent en deux ans, le tour de tous les pays où il était possible de passer. Reagan passa outre les pays arabes en guerre, ne voulant pas montrer la dur réalité aux jeunes enfants.Céleste apprit à lire durant sa quatrième année. Si elle commença par les comptes de Disney (Reagan avait horreur des histoires de Perrault et des frères Grimm, où les loups n’étaient que carnage), et son frère lisait avec légèreté les Fables de La Fontaine en vieux français. En l’espace de trois ans, Céleste revint avec une garde robe digne des plus grandes reines, elle qui aimait la soie et le lin fin, et si ses robes étaient à froufrous, elle préférait par-dessus tout la toile fine égyptienne, des anciennes reines aux diadèmes d’or. Rafael se consacra à la lecture, et dévora les plus grands. A dix ans, le jeune homme adorait par-dessus tout l’absurde, et se prit d’affection pour Lewis Caroll. À l’inverse, il détesta les écrivains auteur, tels que Flaubert et Maupassant, mais se mit à aimer bien vite la douceur de Verlaine, le sentiment de Musset, et le noir de Baudelaire.

Quand les deux enfants eurent onze ans, Reagan posa le pied sur une terre neutre, au milieu de l’Europe, au pied de l’Oural. C’est à ce moment là que choisis de réapparaître la belle et sombre Evie de Thébaïde. Sans lui laisser le choix, elle prit Céleste et prétexta qu’elle devait faire son « éducation ». Rafael ne fut pas blessé de revoir la mère, ne lui tint pas même compte de son absence. Il fut juste blesser de n’être rien à ses yeux, tellement qu’Evie ne salua même pas son fils. L’ignora. Totalement. Reagan et Rafael vécurent deux ans ensemble, et ces deux ans les rapprochèrent. Si Rafael était autiste sur les bords, il parlait de mieux en mieux avec Reagan, et se faisait comprendre mieux qu’à l’origine. Reagan, de son côté, se faisait compréhensif, et patient. Tous deux attendaient le retour de la petite princesse Céleste de Nicée, et c’est deux ans plus tard, jour pour jour, qu’elle revint. Evie de Thébaïde ne changeait pas. Petite dans un corps d’adolescent, face au massif Reagan, guerrier de son temps. Masael était alors à la maison, avec Loki ce jour là. Une petite fête vite interrompue par les Thébaïde. Evie, sa sœur, et ses frères. Une réunion incongrue. Céleste était alors mal habillé, et regardait le monde sans le comprendre. En voyant ça, Reagan avait attrapé l’enfant et l’avait serré contre lui, les yeux mouillés, mais jamais sans pleurés. Rafael avait regardé ces hommes, ses oncles. Beaux dans leur habit de nuit. Inquiétant. Il s’était dit qu’il leur ressemblait, par de nombreux côtés. Ça lui avait juste fait peur.

« Que lui as-tu fait, putain ? » « Moi ? Rien. Je l’ai baladé, voilà tout. Elle a apprit le monde, Caelesticius. Le monde comme tu ne lui feras jamais connaître. » « Et qu’a-t-elle vu ?! » « Elle a vu la vraie face du monde, les immondices, l’horreur. » « Pourquoi ? » « Pourquoi ? Tu ne voudrais tout de même pas qu’une Thébaïde soit cruche ! Mon seth, réveille toi ! Le monde n’est pas rose ! Pas même pour les princesses ! » « Bien sûr qu’il pourrait l’être, mais tu as tout gâché ! Tu gâches toujours tout ! » « Je ne te permets pas, Nicée. Sans moi, tu n’aurais jamais eut cet enfant. » « Sans moi, tu ne l’aurais jamais eut – non plus ! »

Rafael avait regardé le spectacle, sans un mot. Evie était partit en furie ce jour là, furieuse contre Reagan de ne pas comprendre « leur » éducation, du bien foncé de leur pensée. Rafael était juste resté là, pendant que son père était allé nettoyer sa sœur, la laver soigneusement. Elle avait treize ans, les yeux vides de sentiment d’avoir trop vu, trop appris. Dégoûtée aussi. Reagan en prit soin, et Rafael resta dehors, devant les hommes qui étaient restés là. Reagan ne s’en souciait pas. Masael et Loki veillaient, comme deux molosses à l’entrée d’un temple alors interdit. Mais ils n’auraient pas eut le dessus. Pas contre Hugolin et Izaak de Thébaïde, les Charybde et Scylla du monde des loups. Ou une métaphore toute droite sortie du cerveau du jeune prince.

« Regarde Hugo’, il a nos cheveux. » « Oui, mais pas nos yeux. » « C’est car son père est un Nicée. » « C’est vrai. » « Céleste nous ressemble encore moins. » « Evie est folle. Faire de cette pauvre fille notre héritière, quand on en a un… » « Si seulement David avait gardé son rejeton. » « Jude ? Trop faible. Regarde le, lui. N’est-il pas beau à regarder ? » « Oui, tu as raison. Mais il a l’air doux, trop lointain. » « Il lui manque de la hargne, de la colère. » « Il lui manque cette touche essentielle. » « Il lui manque la haine. »

Izaak et Hugolin avaient tendu leur main, sous le regard de Masael et Loki, mais n’avaient rien fait. Ils étaient partit, comme ça, l’avaient laissé là. Une touche de Thébaïde dans son regard. Rafael resta sans voix, plusieurs temps comme ça.

Quelque part, le ventro-médiane du cortex préfrontal venait d’être touché, profond.
Rafael de Nicée, de Thébaïde, était né.

Rafael rentra. La vie était difficile les premiers temps. Reagan passait le plus claire de son temps à essayer de rendre à Céleste son ancienne beauté, touchante et belle à la fois, mais la jeune fille restait prostrée. Sous le regard des autres, Rafael était montré du doigt. On se riait bien de lui, de ce qu'il était, de son nom. Fils de chien, bâtard. Exilé. Ça sentait la haine à plein nez, et le dédain des plus purs dégoûtaient le garçon qui était pourtant – et hélas – l'héritier de deux grandes familles. Le dernier héritier. Un bon partit, mais le regard ambre et les cheveux noirs rappelaient la figure même de Seth. Dans les mains de Moëris, Rafael avait reçu la même bénédiction du dieu loup que les autres, mais il avait été imprégné par cette force là. Inconnue et connue de tous à la fois. Céleste, elle, restait marquée par la famille Nicée et leurs beaux cheveux châtain clair. Seul Rafael restait la figure même de Seth, dans toute sa violence silencieuse.

Ils avaient quatorze ans, quand Céleste sortit la première fois. Elle fut bien accueillie par les femelles, les jeunes enfants. Elle apprit rapidement à connaître la petite meute autour d'eux, et si Céleste s'intégra, au fur et à mesure, Rafael se sentait de plus en plus exilé. Comme ses aïeux. Il se sentait plus Thébaïde que Nicée, et dans le regard de son père, l'amour y était, oui, mais Reagan voyait aussi les prémices de la race. De l'autre race. Pas de la sienne, pas de son caractère. La seule chose qu'il y avait de commun entre Reagan et Rafael, c'était leur regard, leur profondeur, cette beauté de la pupille. Rien de plus.

Céleste eut ses premières peines de coeur, et Rafael, lui, grandit calmement. C'est qu'ils n'ont pas une vie très mouvementée. Pas encore, tout du moins. Mais ça ne devrait tarder. Après tout, n'entament-ils pas leur dix-huitième année?

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